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PoetósferaLa BibliotecaEugène Labiche

Eugène Labiche · Modernismo

Le Rouge-gorge

francés

I

Il s’en vint, secouant du bec sa robe grise ;

Et sans effroi,

Sans façon, je le vis, à ma grande surprise,

Entrer chez moi.

C’était un rouge-gorge, un charmant rouge-gorge

Comme à foison,

Le froid, ce vieux brigand des forêts, en égorge

Chaque saison.

« — Tu viens mal à propos, lui dis-je, mais n’importe,

Cher étranger,

Je souffre trop pour voir souffrir. Tiens, je t’apporte

De quoi manger.

« Aimes-tu le maïs ?… Non. Préfères-tu l’orge

Ou bien le mil ?

Que peut-on vous servir, monsieur le rouge-gorge,

Que vous faut-il ? »

Mais lui, de tous côtés promenant son bec rose

D’un air coquet,

Souriait sans répondre et cherchait quelque chose

Qui lui manquait.

Puis, comme il me trouvait par trop mélancolique,

Le polisson

Se mit à fredonner un morceau de musique

De sa façon.

II

L’oiseau tourna vers moi sa mine effarouchée,

Et l’animal

Me regarda d’un air de tristesse fâchée,

Qui me fit mal.

« — Oh ! ne te moque pas de moi ! semblaient me dire

Ses yeux en pleurs ;

N’est-ce pas que tu mens, et que tu voulais rire

De mes douleurs ?

« Non elle n’est pas morte ! ou, toi, tu n’es qu’un lâche

De la savoir

Et d’y survivre !… Non ! elle est là… qui se cache,

Je veux la voir. »

Et pour mieux s’assurer qu’elle n’était pas morte,

Il s’en alla

Fouiller sous la toilette et derrière la porte,

Deçà, delà,

Derrière les rideaux du lit, dans la ruelle,

Sous l’édredon…

Il criait, il pleurait : « Ah ! méchante, ah ! cruelle,

Réponds-moi donc !… »

Il grimpait sur le lit, fripant la couverture

Et l’oreiller.

Enfin, pris d’un vertige étrange, de nature

À m’effrayer,

Il se mit à voler les ailes étendues,

L’œil effaré,

Cognant son front, poussant des plaintes éperdues,

Désespéré.

III

S’arrêta : je le vis trembler de chaque membre,

Comme un roseau,

Chercher de tous côtés un lieu de préférence

Pour s’y coucher ;

Se laisser choir, avec un grand air de souffrance,

Sur le plancher ;

Et là, dardant sur moi le feu de ses prunelles

D’un jaune d’or,

Pousser des petits cris plaintifs, battre des ailes,

Et rester mort !

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Por su autor
Eugène Labiche
Dónde vive
La Biblioteca

Expediente

Autor
Eugène Labiche
Título
Le Rouge-gorge
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-le-rouge-gorge--eugene-labiche-e15155
Cita recomendada
Eugène Labiche, «Le Rouge-gorge», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-le-rouge-gorge--eugene-labiche-e15155.html

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