CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaThalès Bernard

Thalès Bernard · Romanticismo

Le Prince Maximilien

francés

Un jour le prince, jeune encore,

Près de Zyrle s’en va chasser ;

L’impatience le dévore,

Lorsqu’il voit un daim roux passer.

Il pique aussitôt sa monture :

Dans les roches le daim s’enfuit,

Et, frappant du poing son armure,

Au galop le César le suit.

Pourtant la montagne est trop rude,

Le prince quitte son coursier,

Et, perdu dans la solitude,

Longe la crête d’un glacier ;

Le daim roux, franchissant les pentes,

Parfois sautille à petits pas.

Sachant que les roches géantes,

Certes, ne le trahiront pas.

Le César passe les bruyères ;

Voici les pins aux rameaux noirs,

Leur duvet recouvre les pierres ;

Ici, ni hameaux ni manoirs.

Un air glacé souffle et murmure,

Le César ferme son manteau :

Descends, prince, car la nature

Sourit sur le lointain côteau.

Ici le vent froid et le givre

Dans les yeux font perler des pleurs ;

Ah ! si l’homme est heureux de vivre,

C’est là-bas, où l’on voit des fleurs.

Suivant en vain la bête agile,

Le prince, qui se voit nargué,

Veut chercher un meilleur asile,

Car la course l’a fatigué.

Un moment encore il s’arrête :

Il regarde à l’entour de lui ;

Les sapins sont beaux sur sa tête,

Au ciel leurs troncs servent d’appui.

« Ô nature aux aspects sublimes !

Trop grande pour notre néant,

Pour admirer sans peur tes cimes,

Il faudrait le cœur d’un géant ! »

Et le prince alors veut descendre,

Un morne abîme est sous ses pieds :

Sonne du cor, on va t’entendre,

Appelle chasseurs et limiers !

Devant lui la roche se dresse,

À son côté gronde un torrent,

De toutes parts la mort le presse ;

Mais ranime ton cœur mourant :

Voici ta suite qui fourmille

De çà, de là, dans les rochers ;

On voit luire entre la charmille

Les longues lances des archers.

Mais Dieu même n’y peut rien faire !

D’eux, par un gouffre séparé,

Le César regarde la terre,

Son œil est sec, son cœur navré.

En sa pensée il se recueille :

« L’homme est le jouet de la mort,

Car la vie, ainsi qu’une feuille

Tombe au premier souffle du nord. »

Mais, pour en finir comme un homme,

Ses regrets, il les sait cacher ;

Lorsqu’on possède Vienne et Rome,

Il faut s’en aller sans broncher.

La foule s’afflige, au contraire,

Les larmes répondent aux cris,

Et les sanglots qu’elle profère

Font hurler tous les chiens surpris.

Deux jours entier le chagrin dure,

Le prince est toujours en danger ;

Ô Mort ! plus longue est ta blessure,

Plus tout nous semble mensonger !

La faim avide le tourmente,

Oh ! qu’il donnerait son duché

Pour le pain à pâte gluante

Là-bas par la meute léché !

Enfin, voyant venir son heure,

Il appelle tous ses valets :

« Amis, puisqu’il faut que je meure,

Mes beaux joyaux, partagez-les.

« Mon corps blanc sera pour les aigles ;

Mais il me faut un prêtre ici,

Car je veux mourir dans les règles,

Et du Christ obtenir merci. »

Déjà l’assistance est partie,

Elle revient lui ramenant

Un prêtre qui porte l’hostie

Sur un calice rayonnant :

« Mon fils, que ton âme soit forte ;

Bientôt la mort va te saisir,

Mais tu peux, du roc qui te porte,

Communier par le désir. »

Aussitôt, en face du prince

On dresse à la hâte un autel ;

Il n’a plus duché ni province,

Et pourtant son cœur est au ciel.

Du regard dévorant l’hostie,

S’il ne peut prendre d’aliments,

Il sent son âme anéantie

Se ranimer à tous moments.

On distingue sur son visage

Un avant-goût d’éternité ;

Il est maître de l’héritage

Trop tôt par Adam convoité.

À genoux, en cercle, la foule

Répond à ses accents pieux,

Et des lèvres de tous découle

Un chant qui monte jusqu’aux cieux.

La nature en silence assiste

À ce spectacle solennel,

Et les chiens, sans chercher la piste,

Font la garde autour de l’autel.

Dans les sapins le vent sommeille,

Sur les pics se tient le chamois,

Et la croassante corneille

Ne dit plus rien au fond des bois.

Soudain, franchissant la ravine,

Au prince un homme est apparu :

« Rends grâce à la bonté divine

Qui par ma main t’a secouru ! »

Il lui fait descendre la pente,

Franchir le gouffre sans trembler,

Et les valets, bouche béante,

N’osent s’approcher ni parler.

Seul, le prêtre, au César qui rêve,

Dit : « Ô mon fils ! songez-y bien,

Dieu frappe celui qu’il élève,

Mais lui rend bientôt son soutien.

» De la mort vous tombiez victime :

Ce n’est pas un être mortel

Qui vous a fait franchir l’abîme,

Je l’ai vu planer sur l’autel. »

Le prince rassemble sa troupe,

Car il a besoin de repos,

Et, prenant le saint prêtre en croupe :

« Ta province est libre d’impôts ;

» Mais de plus je veux que l’on creuse

Un sentier sur le roc ardu

Où mon âme, trois fois heureuse,

Vit l’ange du ciel descendu ;

» Et que chacun puisse à sa guise,

Aux flancs de l’abîme courir,

Et, d’un pied dédaigneux maîtrise,

La roche où j’ai failli mourir.

Au bas du granit qui surplombe

Je veux qu’on appelle un sculpteur,

Et qu’il y grave une colombe

Avec l’image du Sauveur. »

Au bout de trente jours l’aurore

Y brillait sur un Crucifix ;

Maintenant il existe encore,

Le vieillard en parle à ses fils.

Pour le voir il faudrait, agile,

Monter à cinq cents pieds du sol ;

Y croire est chose plus facile,

C’est à Zyrle, dans le Tyrol.

Sigue explorando

Por su autor
Thalès Bernard · 5 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← Le petit pâtre (Bernard)Militza →

Expediente

Autor
Thalès Bernard
Título
Le Prince Maximilien
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-le-prince-maximilien--thales-bernard-a97c63
Cita recomendada
Thalès Bernard, «Le Prince Maximilien», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-le-prince-maximilien--thales-bernard-a97c63.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.