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Paul Verlaine · Modernismo

Le Monument de Marceline Desbordes-Valmore — 05

francés

Telle autre gloire est, j’ose dire, plus fameuse,

Dont l’éclat éblouit mieux, certes, qu’il ne luit ;

La sienne fait plus de musique que de bruit,

Bien que de pleurs brûlants écumeuse et fumeuse ;

Mais la bonté du cœur, mais l’âme haute et pure,

Tempèrent ce torrent de douleur et d’amour,

Et, se mêlant à la douceur de la nature,

À sa souffrance aussi, de nuit comme de jour,

Promènent sous le ciel tout pluie et tout soleil,

À chaque instant, avec à peine des nuances,

Un large fleuve harmonieux de confiances

Vives et de désespoirs lents, — et non pareil,

Il chante, l’ample fleuve au capricieux cours,

L’hymne infini de toute la tendresse humaine

Où la fille, et l’amante, et la mère ont leurs tours,

Où le poète aussi, dans l’horreur qui nous mène,

Vient mêler son sanglot qui finit en prière

Universelle, et la beauté même d’un art

Issu du sang lui-même et de la vie entière,

Rires, larmes, désirs, et tout ! comme au hasard !

Car elle fut artiste et sous la fougue ardente

Dont bat et bat son vers vibrant comme son cœur

On perçoit que l’on doit admirer l’imprudente

Main au prudent doigté tout vigueur et langueur.

Les villes, ainsi que les peuples, ont la gloire

Qu’elles valent, et toi, Douai, tu méritas

Celle-ci, pays calme où vécut de l’histoire

Tumultueuse en masse, et formidable au tas,

Cité d’églises, de beffrois et de campagnes

Pleins de « jeunes Albertines », mais, encore,

« Où s’assirent longtemps les ferventes Espagnes ».

Tel l’œuvre et tel le cœur, fleurs et pleurs, flûte et cor !

— En harmonie avec la femme et le génie,

Il est juste, il est temps, pour l’honneur de ses vers,

Non, ils sont ton honneur même et ta fleur bénie,

Sa patrie, ô Douai, « doux point de l’univers ».

Il n’est que temps, il n’est que grand temps, et que juste

Ville, son doux souci dans ce cruel Paris,

De dresser quelque part sa ressemblance auguste

Dans quelqu’un de tes coins qu’elle a le plus chéris,

Afin que les cloches encor de Notre-Dame

Bercent du moins son ombre à l’ombre des rameaux

Qui furent familiers aux haltes de cette âme

Infatigable et qui lui chuchotaient les mots

De ses poëmes dont nous célébrons la fête,

Intellectuelle et cordiale, et, ô toi,

Ô grande Marceline, ô sublime poète

Et femme exquise, accueille cet acte de foi !

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Autor
Paul Verlaine (1844–1896) · Wikidata Q755
Título
Le Monument de Marceline Desbordes-Valmore — 05
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-le-monument-de-marceline-desbordes-valmore-05--paul-verlaine-fef1b6
Cita recomendada
Paul Verlaine, «Le Monument de Marceline Desbordes-Valmore — 05», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-le-monument-de-marceline-desbordes-valmore-05--paul-verlaine-fef1b6.html

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