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PoetósferaLa BibliotecaSiméon Pécontal

Siméon Pécontal · Romanticismo

Le Drack

francés

Un jeune enfant, à la vesprée,

S’en allait jouant dans le val ;

Sur la pelouse diaprée

Un guerrier survient à cheval.

— Où vas-tu si tard dans la plaine,

Tout seul ainsi, petit enfant ?

Viens au bois pour reprendre haleine,

— Non ; ma mère me le défend.

— Tu n’en diras rien. — Oh ! ma mère

Sait ce que je fais sans le voir.

— Quel est son métier ? — Lavandière ;

Entendez d’ici son lavoir.

— Mais ne crains-tu pas, mon bel ange,

Le loup qui rôde par les champs ?

— Beau cavalier, le loup ne mange

Que les petits qui sont méchants.

— Cependant, si tu veux m’en croire,

Il ne faut pas trop s’y fier :

On dit que quand la nuit est noire…

— Que dit-on, seigneur cavalier ?

— Qu’il est plus sûr d’aller ensemble,

Avec moi ne crains aucun mal ;

Tu dois être las, il me semble :

Veux-tu monter sur mon cheval ?

— J’en ai peur : il a l’œil si rouge !

Il est noir, noir comme la nuit !

Et puis, voyez ! toujours il bouge,

Et ses pieds ne font aucun bruit !

— C’est que, sur le sol qu’il effleure,

Il a peine à se contenir :

Il peut aller, en moins d’une heure,

Au bout du monde et revenir.

— Alors, oh ! que de belles choses

On pourrait voir en un moment !

— Plus qu’au printemps il n’est de roses

Et d’étoiles au firmament !

Ce sont les fleurs les plus étranges,

Et des fruits d’un goût sans pareil ;

Des orangers tout plein d’oranges,

Dans des champs tout pleins de soleil.

On voit tout ce qui peut surprendre ;

Des hommes de toutes couleurs ;

Des oiseaux qui se laissent prendre

Avec la main comme des fleurs.

Ici, dans des forêts sauvages,

Paissent des troupeaux d’éléphants ;

Là, les perles, sur les rivages,

Servent de jouet aux enfants,

On voit les monts, on voit les plaines

Où l’or se trouve par monceaux ;

La mer, ou nagent des baleines

Aussi grandes que des vaisseaux !

Eh bien ! ce merveilleux spectacle,

L’univers ! va s’offrir à toi,

En un moment et par miracle,

Si tu veux venir avec moi.

Et l’enfant, que le charme enivre,

Près du cavalier vient s’asseoir :

— Vous dites, si je veux vous suivre,

Que je peux revenir ce soir ?

— Oui, ce soir même, enfant ; mais songe

Qu’il est déjà tard ; tu m’entends.

Partons : vois l’ombre qui s’allonge !

Bientôt il ne serait plus temps.

Et son œil, plein d’inquiétude,

Suit du val le sentier battu ;

Rien ne trouble la solitude,

Mais l’écho du lavoir s’est tu !

L’enfant alors : — Pour que je monte,

Approchez-vous de l’escalier

Que cette croix ici surmonte.

La voyez-vous, beau cavalier ?

Le cheval recule et se cabre…

— Comme il a frémi tout à coup

Votre cheval ! tirez le sabre,

Peut-être qu’il a vu le loup !

— Il l’a vu, sans doute ; et je tremble,

Que deviendrais-tu là, tout seul ?

Viens, cher enfant ; allons ensemble

Derrière cet épais tilleul.

Et l’enfant, tendant sa main blanche,

Suit le cheval, cède à l’attrait…

Le cavalier vers lui se penche,

Le jette en croupe et disparaît.

Un long cri traversa la plaine !…

La mère accourt ; soins superflus :

Pour l’aller voir à la fontaine,

Son pauvre enfant ne revint plus.

s. pécontal.

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Expediente

Autor
Siméon Pécontal
Título
Le Drack
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-le-drack--simeon-pecontal-9390ba
Cita recomendada
Siméon Pécontal, «Le Drack», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-le-drack--simeon-pecontal-9390ba.html

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