CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaAlbert Glatigny

Albert Glatigny · Romanticismo

Le Compliment à Molière

francés

Qu’on se remue ! Allons, mettez

En l’air toute la friperie !

Çà, que la maison soit fleurie

De la cave au grenier. Ôtez

Les housses des fauteuils ! Qu’on ouvre

À deux battants ! Que l’on découvre

Les lustres ivres de clartés :

Gaiement.

Ce soir, messieurs, c’est fête au Louvre !

Çà, du zèle ! qu’à son miroir

Sourie encore Célimène.

Et vous, là-haut, qu’on se démène !

Qu’Alceste au fond de son tiroir

Rentre ses chagrins ! Que l’on aime !

Nous chantons ce soir un poëme

Qui devra sentir son terroir

De vieille Gaule et de Bohême !

Des fleurs partout ! Malgré l’hiver

Nous saurons bien en faire éclore.

Il nous en faut, encore ! encore !

Avec des musiques dans l’air,

Avec des chansons amoureuses !

Et toi, Danse, il faut que tu creuses

De ton pied prompt comme l’éclair

Le sol des Tempés bienheureuses !

Dépêchons-nous ! Que notre main

Enroule de folles guirlandes ;

Près des ifs, que le pin des Landes

Jette son ombre au vert chemin

Cher à la Muse vagabonde ;

Surtout que la lumière abonde !

Croissez, rose, laurier, jasmin,

En frais bouquets pour tout le monde !

Quelle animation inusitée ! Holà !

Jusqu’au souffleur qui souffle en habit de gala.

Que veut dire… ?

Que veut dire… ? Pardon !

Que veut dire… ? Pardon ! Ne vous gênez pas. Faites.

C’est la fête bénie entre toutes les fêtes

Où la Muse sacrée aime à nous convier.

Consultez l’almanach : c’est le Quinze-Janvier !

Le Quinze-Janvier ?

Le Quinze-Janvier ? Oui. C’est le jour où Molière

(La Comédie alors n’était qu’une écolière

En quête de son maître et battant les buissons)

Descendit des cieux clairs pour dicter ses leçons

Au monde émerveillé qui les récite encore,

Et les récitera tant qu’on verra l’aurore

Enflammer les coteaux et rire à l’univers !

C’est notre fête à nous, humbles diseurs de vers

Que sa parole enivre et, vibrante, transporte

Dans l’Idéal, ouvrant à deux battants sa porte !

C’est fort bien, mais pourquoi ce bruit ? Ne pourrait-on

Accomplir ce devoir avec plus de bon ton,

Sans machiniste vous envoyant dans les jambes

Des vases de carton ? Pourquoi ces dithyrambes ?

Ne vous pourriez-vous pas réunir gravement

Et bien peser les mots de votre compliment ?…

Comme à l’Académie ? Oui, cher Monsieur, peut-être :

S’il s’agissait d’un autre, alors on pourrait mettre

Une cravate blanche à sa joie et des gants.

À son enthousiasme, en termes élégants

Arrondir une belle et noble périphrase ;

Ma foi, non ! Aujourd’hui le feu qui nous embrase

Veut flamber librement et sort bien de nos cœurs !

Certes il est des fronts hautains, sacrés, vainqueurs

Qu’un lustre universel et superbe environne,

À qui nous présentons en tremblant leur couronne,

Mais ceux-là ne sont pas Molière ! Voyez-vous,

Molière, ce n’est pas un grand homme pour nous,

C’est bien mieux que cela, vraiment ! c’est notre père !

C’est celui dont la voix forte nous crie : Espère !

C’est notre conseiller et notre gardien !

Le Poëte, tous l’ont, mais le Comédien,

Celui qui partagea notre vie, et, tout jeune,

Au bel âge où l’on chante, où l’on aime, où l’on jeûne,

Courut par les chemins en s’enivrant du luth

Éolien, ce cœur généreux qui voulut

Consacrer par sa mort héroïque les planches

Où la Muse ferma ses yeux de ses mains blanches ;

Celui-là, ce Molière est à nous, à nous seuls !

Ô morts dont tous les ans nous levons les linceuls.

Racine et toi, Corneille, oh ! certes ! avec joie

Notre troupe devant vos marbres se déploie,

Et votre souvenir plus qu’à tous nous est cher ;

Mais votre chair n’est pas mêlée à notre chair,

Mais quelque chose en vous toujours nous intimide,

Et Molière, le rire aux lèvres, l’œil humide,

Doux, écartant la pourpre aux reflets triomphants,

Nous ouvre ses deux bras et nous dit : Mes enfants !

Eh bien, tout justement, pour cet anniversaire

Que, certe ! il est utile et même nécessaire

De célébrer, j’avais préparé ce discours…

Prenez-en connaissance…

Il tire de sa poche un manuscrit monstrueux.

Prenez-en connaissance… Il n’est pas des plus courts.

Voyons :

Lisant

Voyons : « Réflexions sur la philosophie

De Molière, son temps, ses mœurs… »

De Molière, son temps, ses mœurs… » Je clarifie

Les systèmes divers établis, et j’extrais

Une leçon nouvelle…

Une leçon nouvelle… Ô peintre aux vastes traits,

Toi qui riais d’un rire et si franc et si large,

Prévoyais-tu qu’un jour on écrirait en marge

De ton œuvre tous ces commentaires savants,

Où phases de la lune, éclipses, cours des vents

Et révolutions d’empires sont prédites,

Où l’on voit qu’en songeant à Purgon tu médites

Sur la pluralité des Mondes !

Sur la pluralité des Mondes ! Mais pourtant

Faut-il comprendre encor les choses qu’on entend !

Mais on les comprend ! D’eux-mêmes

Ces prodigieux poëmes

Se commentent sans effort.

Pourquoi vouloir à nos masques

Charmants, vivants et fantasques

Attacher un texte mort ?

Chercheurs de petite bête,

Ne vous creusez pas la tête

Pour expliquer la clarté !

La science est inutile

Pour découvrir un reptile

Auprès d’Elmire abrité.

Ô Toinette provoquante,

Quelle raison éloquente

Dans tes propos au gros sel !

Ah ! le meilleur commentaire

De cette œuvre salutaire,

C’est le rire universel.

Lorsque nous voyons Alceste

Chercher un endroit agreste

Bien isolé, dans lequel

S’apaisent les brigandages,

Que nous font les bavardages

Des ânes et de Schlegel !

Cependant la critique…

Cependant la critique… Il avait du génie

Et son cœur était bon, et la sainte ironie

Sur sa lèvre jouait, mais vierge de tout fiel,

Voilà tout ce qu’on peut dire d’essentiel !

Quant au reste, pathos pur et simple ! Mais l’heure

Nous presse, et nous avons fait dans notre demeure

Venir, pour célébrer Molière acteur errant,

Un des nôtres, Destin, l’amoureux transparent

Dont Scarron a chanté les folles aventures.

Allons, apparaissez, vivantes créatures,

Célie, Agnès, Damis, tous des bouquets aux mains,

Devant ce pâle buste aux regards surhumains,

Et redemandons-lui le secret du beau rire,

De l’amour, des vingt ans et du joyeux délire !

J’applaudis, bien que j’eusse, il est vrai, souhaité

Voir un peu plus de pompe et de solennité.

Ô notre père aimé ! nous voici tous. Accueille

Avec ton bon sourire épanoui ces fils

De ton cœur, frissonnant pour l’ombre de la feuille

Du vert laurier, derniers descendants de Thespis !

Molière, c’est ton nom divin qui nous rallie !

Quand nous avons rêvé d’assurer les vieux jours

De ceux-là qui s’en vont, pour l’amour de Thalie,

Colporter ses chansons par villes et par bourgs ;

Quand nous avons voulu réunir en famille

Tous les comédiens épars, nous avons pris

Ton nom, comme celui qui par-dessus tous brille,

Ô Maître vénéré, des plus humbles compris !

Toi qui mourus pour nous, près de nous, ô Molière !

Nous ne te ferons pas de banal compliment :

Nous voulons, d’une voix émue et familière,

Te dire : Prends nos cœurs offerts spontanément.

Et nous serons heureux, pauvre groupe éphémère

Dont rien ne restera quand nous nous en irons,

Si nous sentons, changeant en miel l’absinthe amère,

Ta bénédiction descendre sur nos fronts.

Sigue explorando

Por su autor
Albert Glatigny · 4 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← Glatigny AlbertLes Vignes folles →

Expediente

Autor
Albert Glatigny
Título
Le Compliment à Molière
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-le-compliment-a-moliere--albert-glatigny-22e90a
Cita recomendada
Albert Glatigny, «Le Compliment à Molière», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-le-compliment-a-moliere--albert-glatigny-22e90a.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.