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Pierre Dupont · Romanticismo

Le Chant des transportés

francés

Pendant que sous la mer profonde

Les cachalots et le requin,

Ces écumeurs géants de l’onde,

Libres, dévorent le fretin,

Nous autres, cloués à la rive

Où la bourrasque a rejeté

Notre barque un instant rétive,

Nous pleurons notre liberté.

Et cependant, ô sainte République !

Quoique aujourd’hui de ton pain noir nourri,

Chacun de nous pour ta gloire eût péri

Et mourrait encor sans réplique.

Nous le jurons par l’Atlantique,

Par nos fers et par Saint-Merry !

Les goëlands à l’aile grise,

Les hirondelles de la mer,

À leurs petits, aux jours de brise,

Apprennent le chemin de l’air ;

Nos enfants ont perdu leur guide,

Peut-être n’ont-ils plus d’abri,

Et la mère à leur bouche avide

Ne fait mordre qu’un sein tari.

Et cependant, ô sainte République !

Quoique aujourd’hui de ton pain noir nourri,

Chacun de nous pour ta gloire eût péri

Et mourrait encor sans réplique.

Nous le jurons par l’Atlantique,

Par nos fers et par Saint-Merry !

Sous les yeux du fort, sur la grève

Quand nous errons le long du jour,

Nous berçant dans quelque doux rêve

Ou de République ou d’amour,

La vague des plages lointaines

Apporte à notre simple écueil

Râles de morts et bruits de chaînes.

La démocratie est en deuil !

Et cependant, ô sainte République !

Quoique aujourd’hui de ton pain noir nourri,

Chacun de nous pour ta gloire eut péri

Et mourrait encor sans réplique.

Nous le jurons par l’Atlantique,

Par nos fers et par Saint-Merry !

Glaive rouge de la Hongrie,

Quel gant de fer t’aurait brisé ?

Un homme, traître à sa patrie,

Aux pieds du Czar t’a déposé.

Au sultan demandez asile,

Kossuth et Bem au bras puissant :

Georgey, dans sa villa tranquille,

Boit et mange le prix du sang.

Et cependant, ô sainte République !

Quoique aujourd’hui de ton pain noir nourri,

Chacun de nous pour ta gloire eût péri

Et mourrait encor sans réplique.

Nous le jurons par l’Atlantique,

Par nos fers et par Saint-Merry !

Les obus ont forcé Venise,

Le sage Manin est banni ;

Pardonnez-nous Rome soumise,

Ô Garibaldi, Mazzini !

Quand Jésus a dit à saint Pierre :

L’épée au fourreau doit dormir,

Pourquoi voyons-nous son vicaire

Et ses cardinaux la rougir ?

Et cependant, ô sainte République !

Quoique aujourd’hui de ton pain noir nourri,

Chacun de nous pour ta gloire eût péri

Et mourrait encor sans réplique.

Nous le jurons par l’Atlantique,

Par nos fers et par Saint-Merry !

Il nous vient du pays de Bade,

De Doullens ou de Saint-Michel,

Tantôt des bruits de fusillade,

Tantôt des plaintes vers le ciel.

Chez le Turc et sur la Tamise

On cherche l’hospitalité :

Où donc est la terre promise,

Dieu d’amour et de liberté ?

Et cependant, ô sainte République !

Quoique aujourd’hui de ton pain noir nourri,

Chacun de nous pour ta gloire eût péri

Et mourrait encor sans réplique.

Nous le jurons par l’Atlantique,

Par nos fers et par Saint-Merry !

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Expediente

Autor
Pierre Dupont
Título
Le Chant des transportés
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-le-chant-des-transportes--pierre-dupont-660ced
Cita recomendada
Pierre Dupont, «Le Chant des transportés», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-le-chant-des-transportes--pierre-dupont-660ced.html

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