Dans la plaine tourbillonne
Une horde aux burnous blancs,
En tête de la colonne
Allons reprendre nos rangs.
Voyez, le soleil levant
Nous jette un regard oblique.
Ho !
Du bataillon d’Afrique !
V’lan !
Gais zéphirs, en avant !
Celui qui laisse la rive
Où Dieu plaça son berceau,
Le cœur tout malade, arrive
Sous ce ciel malsain et chaud ;
Nous, qui nous moquons du vent
Qui lui porte la colique.
Ho ! etc.
Chaque joue est sillonnée,
Soit en long, soit en travers,
La troupe indisciplinée
Ne connaît pas de revers ;
Car, dans notre corps savant,
Qui dit soldat, dit pratique.
Ho ! etc.
Chef de la tribu perfide,
Qu’Ab-el-Kader soudoya,
Monte ton coursier numide
Si tu crains la razzia,
Surtout, fais passer devant
Ta sultane et ta barrique.
Ho ! etc.
Nous venons, sans plus d’entraves,
Pour régler d’anciens écots ;
Vous allez danser, mes braves,
La danse des moricauds ;
C’est nous qui, dorénavant,
Vous fournirons la musique.
Ho ! etc,
Mais déjà de la bataille
On fait résonner les cors,
Notre drapeau de mitraille
Est criblé comme nos corps ;
La mort souffla bien souvent
Sous cette sainte relique.
Ho ! etc.
Sous ces climats délétères,
Jetés par un coup du sort,
Exilés peu volontaires,
Nous rencontrerons la mort,
Comme un souvenir vivant
Du vieux de la République.
Ho ! etc.
De deux vaillants frères d’armes
Le lien est-il brisé,
L’un d’eux versera des larmes,
Ce regret est vite usé,
L’autre lègue au survivant
Son souvenir et sa chique.
Ho ! etc.
Notre campagne est finie,
J’aperçois le fier cheval,
Qui, dans les flots d’harmonie,
Roule notre général ;
Allons traduire, en buvant,
Sa harangue pathétique.
Ho ! etc.