La nuit, pour rafraîchir la nature embrasée,
De ses cheveux d’ébène exprimant la rosée,
Pose au sommet des monts ses pieds silencieux.
Le mystère des nuits exalte les cœurs chastes ;
Ils y sentent s’ouvrir comme un embrassement
Qui, dans l’éternité de ses caresses vastes,
Comble tous les désirs, dompte chaque tourment.
Le parfum de la nuit enivre le cœur tendre ;
La fleur qu’on ne voit pas a des baumes plus forts ;
Tout sens est confondu : l’odorat croit entendre ;
Aux inutiles yeux, tous les contours sont morts.
L’opacité des nuits attire le cœur morne ;
Il y sent l’appeler l’affinité du deuil ;
Et le regard se roule aux épaisseurs sans borne
Des ombres, mieux qu’aux cieux où toujours veille un œil !
Le silence des nuits panse l’âme blessée ;
Des philtres sont penchés des calices émus
Et, vers les abandons de l’amour délaissée,
D’invisibles baisers lentement se sont mus.
Le calme de la nuit rassure le cœur triste ;
Il y sent déferler comme une charité
Pour tout ce grand orgueil qui, tout le jour, persiste ;
Mais qui n’ose fléchir que dans l’obscurité.
Le charme de la nuit éclaire l’âme sombre ;
Elle y voit mieux en elle au déclin des clartés ;
Elle y sent mieux en soi s’éveiller la pénombre
Où sommeillaient encor les saintes vérités,
La bonté de la nuit caresse l’âme veuve ;
L’isolement de tout la reconnaît pour sœur
Et, comme un hyménée, à la tendresse neuve,
Des ténèbres émane et sort de la noirceur.
Pleurez dans ce repli de la nuit qui soupire,
Vous que la pudeur fière a voués à l’œil sec,
Vous que nul bras ami ne soutient ou n’attire,
Pour l’aveu des secrets… pleurez ! pleurez avec
Avec l’étoile d’or que sa douceur argente,
Mais qui veut bien, là-bas, laisser ce coin obscur,
Afin que l’œil tari, d’y sangloter s’enchante
Dans un pan du manteau qui le cache à l’azur !