CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaLeconte de Lisle

Leconte de Lisle · Modernismo

L’Apollonide (livret du drame musical, Leconte de Lisle et Franz Servais) — Texte entier

francés

Voyez ! Voyez ! Voyez ! le jeune archer ! le jeune Archer !

Roi du monde changeant ! Voyez ! Voyez !

Beau, fier, chevelu d’or

Voyez ! Voyez !

Beau, fier, chevelu d’or et cuirassé d’argent !

Voyez ! Voyez ! Voyez ! Voyez ! Voyez ! Voyez !

Pousse son char splendide à travers les nuées !

Le quadrige hennit ! Le quadrige hennit !

l’éclair sort de l’essieu

Voyez ! l’éclair sort de l’essieu

(joyeusement)

Éâ ! Éâ ! Éâ ! Éâ !

Et la haute Pythô s’illumine d’un Dieu !

Éâ ! Éâ ! Éâ ! Éâ ! Ah !

Gloire à toi ! Gloire à toi ! Gloire à toi !

Gloire, gloire, gloire à toi !

cher Dieu qui fécondes

Les bois, les fleurs, les moissons blondes,

Et les immensités profondes,

D’où jaillit ton char immortel !

Gloire à toi ! Gloire à toi ! Gloire à toi !

Gloire à toi ! Gloire à toi !

Ô sacrificateurs du divin Latoïde,

Purifiez vos mains dans l’Onde Kastalide.

Allez et sur l’autel encor silencieux,

Brûlez en un feu clair l’encens délicieux.

Protège-nous, archer sublime,

Et descends sur l’auguste cime, et descends

Où la myrrhe et l’encens parfument ton autel.

Protège-nous, archer sublime,

Et descends sur l’auguste cime,

Où la myrrhe et l’encens parfument ton autel.

Pour moi, mêlant le myrthe aux laines violettes,

Il détache ses bandelettes.

Je vais suspendre ici les saintes bandelettes

Il les baise religieusement et les suspend à un myrhte.

Joyeusement

Et j’en écarterai les ailes de l’oiseau ;

Car ce temple sacré

avec religiosité, contemplant le temple.

Ô Laurier des jardins célestes

qu’arrose l’aube aux belles mains,

Désir des Dieux et des humains

Charmeur puissant des jours funestes !

des murs, du faîte et du parvis,

dissipe l’impure poussière,

Et laisse éclater la lumière

éblouissante Aux yeux ravis !

Eaux vives, jamais épuisées,

Qui coulez immortellement

Sur la pente du mont charmant

parmi les lys lourds de rosées !

Épanchez vos coupes d’azur sur le seuil de l’antre Pythique.

Et puisse mon jour fatidique

Couler comme vous, chaste et pur !

Mais, une ombre soudaine et de confus murmures

Viennent des pics neigeux ou sortent des ramures.

Ce sont les oiseaux, je les vois !

Hors de lui.

Ils passent au ciel clair sur le temple et les bois !

Faisant le geste de chasser les oiseaux avec le bras.

Éâ ! Éâ ! Éâ ! Éâ !

Fuis, grand aigle aux fauves prunelles,

Augural messager des Dieux,

qui tiens les foudres éternelles.

Éâ

Fuis, ô Cygne mélodieux !

Dont l’aurore empourpre les ailes !

Et vous, colombes et ramiers,

Retourez aux nids familiers,

Dans les forêts sombres et fraîches.

Éá ! Éá !

Ô doux oiseaux, vous m’êtes chers,

Mais docile au Dieu que je sers,

Je vous percerais de mes flèches !

Éá ! Éá !

Protège-nous, archer sublime,

Et descends sur l’auguste cime !

Que ce bois de lauriers et de myrthes épais

respire, ô chères sœurs, l’innocence et la paix !

L’innocence et la paix !

Et que son ombre est douce… où de fines lumières

glissent par gouttes d’or, des feuilles printanières

Et cette eau qui jaillit du rocher ruisselant,

Qu’elle est pure ! Q’elle est pure !

Qu’elle est pure !

Qu’elle est pure ! Voyez ! ce réseau de guirlandes

qui sur le seuil tombe du fronton blanc.

Ô maison vénérable ! ô pieuses offrandes !

Femmes, ce temple est beau comme ceux d’Athènâ !

Loxias le protège et de ses mains l’orna !

IÔN, (hors de la scène.)

Ô jeune homme debout sur le seuil solitaire

Est-il permis d’entrer au divin sanctuaire !

vous entendrez parler la pâle prophétesse.

LES FEMMES, avec humilité et une soumission respectueuse.

Du fond de la scène.

Voici notre Reine, étranger !

UN DERNIER GROUPE

Tu peux l’interroger !

Si j’en crois sa beauté que nulle autre n’égale,

Cette femme sans doute est de race royale !

Mais d’où naissent les pleurs qui coulent de ses yeux ?

Ô douleurs ! Ô remords ! noirs attentats des Dieux !

IÔN

IÔN

Quel est ton nom ?avec impatience

Quel est ton nom ?Quelle est ta race

Quel est ton nom Quelle est ta race ?avec vénération

Quel est ton nom ? Quelle est ta racerespectée ?

KRÉOUSA, fièrement et sans daigner regarder son interlocuteur.

KRÉOUSA, atterrée

Est-il vrai que le Dieu, le Roi des flots sans frein

D’un seul coup de son trident d’airain,

Dans Makrâ qui s’entrouve ait englouti ton père ?

Makrâ ! ne parle pas de cet impur repaire.

IÔN

Un crime fut commis sans y laisser (presque parlé)

Un crime fut commis sans y laisser de trace !

IÔN, s’approche doucement de KRÉOUSA

Ayant conquis pour nous l’île aux vertes olives

Qu’un orageux détroit sépare de nos rives

(solennel)

Il gravit la montagne et nous venons tous deux

Consulter de Pythô l’oracle hasardeux.

IÔN, (vivement)

Quoi tu n’as point d’enfant !

KRÉOUSA, tourne lentement la tête et fixe le temple d’Apollôn.

Mais toi, cher étranger, quel pays est le tien ?

Que ta mère est heureuse, hélas !

Que ta mère est heureuse, hélas ! Reine, j’ignore

Mes parents, mon pays…

Mes parents, mon pays… Ô Dieux !

Mes parents, mon pays… Ô Dieux !(à part)

Mes parents, mon pays… Ô Dieux ! Si jeune encore,

Tu n’as jamais connu ta mère ?…

Tu n’as jamais connu ta mère ?… Non, jamais !

(avec une grande candeur)

Dans les langes de lin où, dit-on, je dormais,

Ce temple m’a reçu comme un oiseau sans ailes

(avec enthousiasme)

Et le Dieu m’a nourri de ses mains immortelles.

Il tend ses mains ravies vers le temple.

Je sais une autre femme, hélas, qui pleure aussi

L’enfant qu’elle a perdu jadis. Je veux ici

Dans Pythô, demander pour elle… j’ose à peine,

Par pudeur, révéler…

Par pudeur, révéler… Il faut parler, ô Reine

Cette femme, outrageant Pallas et la vertu

Des vierges…

Des vierges…(solennel)

Des vierges… eut un fils d’Apollôn.

Des vierges… eut un fils d’Apollôn. Que dis-tu ?

Une mortelle… un Dieu !

Une mortelle… un Dieu !(avec enthousiasme)

Une mortelle… un Dieu ! Certe Apollôn lui-même !

Que pouvons-nous, hélas, contre un Dieu qui nous aime !

Dans l’antre de Makrâ, cet enfant vit le jour

(gémissant)

Et des bras maternels disparut sans retour.

Est-il mort ?

Est-il mort ? Je ne sais s’il vit. Ô chère image

(tendant ses mains vers IÔN)

Il te ressemblerait… il aurait le même âge.

(IÔN l’arrête du geste)

Un bruit strident d’airain arrive jusqu’à nous ;

Chère Reine, voici Xouthos ton noble époux !

Il vient impatient de l’oracle infaillible

Et le Dieu va parler sur le trépied terrible !

Salut, rocher célèbre, antre mystérieux :

Oracle Pythien, cher aux hommes pieux !

(solennel)

Salut ô Loxias ! dans ta haute demeure !

Salut ô Loxias ! dans ta haute demeure

Femme ! voici le jour et l’heure

Où nous retournerons, heureux et triomphants

Ou privés à jamais d’espérance et d’enfants !

Protège-nous, archer sublime !

Protège-nous, archer sublime !

Et descends sur l’auguste cime,

Et descends

Où la myrrhe et l’encens parfument ton autel !

Jeune homme, mène-nous à ton Dieu redoutable.

Que Loxias t’exauce, Étranger vénérable,

Je ne puis t’obéir, il ne m’est point permis

D’abandonner le seuil dont le soin m’est commis.

D’autres sont là, veillant auprès des saintes flammes ;

Mais entre seul… le temple est interdit aux femmes.

Prends ces rameaux de laurier verdoyant,

Reine, et demande au Dieu qu’il nous soit bienveillant !

Il gravit quelques marches puis se retournant

Puissent les destinées

Accorder des enfants à nos vieilles années !

Pour vous mes compagnons, guerriers de la Hellas

Restez et suppliez Artémis et Pallas !

avec un sentiment profond

Apollôn ! Apollôn !

Apollôn ! Apollôn ! très doux

Apollôn ! Apollôn ! ne l’as-tu pas aimée

Cette vierge tremblante entre tes bras divins.

Qui, mère sans enfants, et d’ennuis consumée

Gémit, Gémit en proie aux noirs chagrins ?

Apollôn ! Apollôn !

Apollôn ! Apollôn ! Elle se relève lentement.

Rends-lui ce fils

Rends-lui ce fils conçu dans un rêve enchanté !

Elle termine cette strophe en pleine extase.

Dont tes célestes yeux doraient la blonde tête.

Reflet charmant de ta beauté

Ou du moins si la mort, dans la pâle prairie,

A couché cet enfant sur les funèbres fleurs.

Parle, parle, afin que sa mère, à cette ombre chérie

sans traîner (entrecoupé)

Élève une humble tombe et la baigne de pleurs,

Sur le doux sol de la patrie !

Sur le doux sol de la patrie ! Parle ! Parle !

Sors… celui que tes yeux… auront

vu le premier sera ton fils !

Ô mon fils, mon cherfils

Ô mon fils, mon cher fils ! Loxias a parlé.

Viens dans mes bras, enfant si longtemps appelé !

Les Dieux ont-ils troublé tes yeux et ta raison ?Quoi !

Ce jeune homme est son fils ? Que dit-il ?

Ce jeune homme est son fils ? Que dit-il ? à XOUTHOS

Ce jeune homme est son fils ? Que dit-il ? Ton fils ?

Les Dieux ont-ils troublé tes yeux et ta raison ?Quoi !

ce jeune homme est son fils ? Que dit-il ?

Ce jeune homme est son fils ? Que dit-il ? à IÔN

Ce jeune homme est son fils ? Que dit-il ? son fils ?

Qui te l’a révélé ? Parle

Qui te l’a révélé ? Parle C’est la voix sainte

Du Dieu qui t’a nourri dans cette auguste enceinte !

Elle m’a répondu : Sors… celui que tes yeux…

Auront vu le premier… sera ton fils.

Auront vu le premier… sera ton fils.Grands Dieux !

À combien de douleurs m’avez-vous condamnée

Es-tu ma mère, ô Reine, ô fille d’Érekhthée ?

plus vivement avec une impatience croissante.

Es-tu mamère, ô Reine, ô fille d’Érekhthée ?

De l’amour d’un fils je suis déshéritée ;

Nous n’avons jamais eu d’enfants. Tu ne m’es rien !

Nous n’avons jamais eu d’enfants.

Par Apollôn et Zeus Ouranien,

Voici mon fils l’héritier de ma gloire !

Qui suis-je, ô Loxias, et que me faut-il croire ?

avec solennité

À l’ombre de ces murs sacrés,

Toi qui fleurissais plein de grâce,

Beau jeune homme aux cheveux dorés,

Reconnais ton père et ta race !

Le sceptre au poing, les tempes couronnées,

Tu jugeras les foules inclinées

Ou sur ton char aux lourds moyeux d’airain

Chef courageux de la cité guerrière,

Tu pousseras à travers la carrière,

Ton noir quadrige impatient du frein

Je n’ai jamais versé, fidèle aux saintes règles

Que le sang des corbeaux voraces et des aigles ;

Et l’épée et la lance et les coups furieux

Tu verseras le noble sang des hommes

Et sur ton front croîtra le vert laurier.

Il germe ici plus beau, verdoyant dans l’aurore

Aussi doux qu’une Lyre, il chante au vent sonore

Et la muse divine avec ses belles mains

Ne la pose jamais sur des fronts inhumains

Notre Pallas, toujours

Devant sa lance glorieuse,

Dispersera les barbares tremblants.

Et tu verras passer dans la tempête

Se rapprochant mystérieusement d’IÔN

Gorgô, le monstre immortel ! Gorgô, le monstre immortel !

Gorgô dont la tête a pour cheveux des reptiles sanglants !

Gorgô ! Gorgô !

(rires)

Gorgô ! Gorgô ! Ah ! ah ! ah !

IÔN

Ah ! la myrrhe et l’encens

Ah ! la myrrhe et l’encens Vers les claires nuées

Les roses parfumant les tresses dénouées…

Les songes doux charmeur de mon léger sommeil

Et le chant des oiseaux dans le matin vermeil !

Au destin sacré qui t’entraîne

Enfant, tu résistes en vain,

Ne sens-tu pas le sang divin

De tes aïeux gonfler ta veine ?

GUERRIERS et SACRIFICATEURS

Sur ton front que la vie en fleur parfume encor,

Reçois cette couronne au triple cercle d’or.

Il est donc vrai je suis ton fils… moi sans patrie

Et sans nom… Ô mon père !

Et sans nom… Ô mon père ! Et moi, je suis trahie !

Xouthos avait un fils

Xouthos avait un fils avec désespoir

Xouthos avait un fils et j’ai perdu le mien !

en s’éloignant

Triomphe, Ô Dieu cruel Il ne me reste rien !

Hâtons-nous, compagnons, fleurs de la sainte Attique,

Couronnés de lauriers et de myrthes joyeux

Portons dans Athènâ la parole Pythique !

Portons dans Athènâ la parole Pythique !

Couronnés de lauriers et de myrthes joyeux.

Toi, reste cher enfant, que me gardaient les dieux,

En ce jour, le meilleur de ma vie éphémère,

Appelle tout ce peuple au festin solennel.

Ô vieillard, serviteur de l’antique maison

de mes pères Les Dieux ont troublé ma raison

Et d’un âpre chagrin mon âme est tourmentée !

Viens… approche…

Viens… approche… Entends-moi, sage ami d’Érekhthée

je n’ai plus d’espérance et les Dieux ont rendu

Au père clandestin un fils… longtemps perdu,

Certes, dans Athènâ la rumeur est venue

Qu’un beau jeune homme né d’une mère inconnue,

Vieillard, mais non le mien !

Cette joie, ô ma fille, hélas, te fut ravie

De voir ainsi renaître et refleurir ta vie

Nous savons tes douleurs… tu n’as pas eu d’enfant !

Je te le dis, la honte en vain me le défend

Ô cruel souvenir d’une ivresse éphémère

Par le crime d’un Dieu dès longtemps je suis mère !

Ô fille d’Érekhthée Ô Reine, que dis-tu ?

Non ! ton cœur a gardé l’infaillible vertu.

Tais-toi

Tais-toi Mais, où ce fils a-t-il vu la lumière ?

Quel est ce dieu fatal et sourd à ta prière ?

Parle et bien que cruel, Ô Reine, pour tous deux

Confie à mon amour ce secret douloureux !

De ses ceintures longtemps closes

L’aube faisait pleuvoir ses roses

Au ciel étincelant et frais

Le vent chantait sur la colline !

Les lys que la rosée incline

Parfumaient d’une odeur divine

L’air léger que je respirais !

J’allais, foulant les herbes douces,

Éveillant l’oiseau dans les mousses

Avec mes rires ingénus !

J’entrelaçais en bandelette

L’hyacinthe et la violette.

Dans l’eau vive qui les reflète,

Je baignais mes pieds blancs et nus.

(solennel)

Et tu vins, Roi des Piérides,

Ceint du fatidique laurier.

Pareil au chasseur meurtrier.

Qui poursuit les biches timides…

Apollôn ravisseur impur

Tu m’emportas dans l’antre obscur

Suspendue à tes mains splendides !

Ô douleur !

Et c’est là dans ce funeste lieu

Que j’enfantai ce fils né de l’amour d’un dieu !

Il souriait naissant à peine

Qu’il était beau joyeux !

fièrement

La splendeur paternelle éclatait dans ses yeux !

Et j’oubliais ma honte en baisant son visage !

Mais une nuit… dans la grotte sauvage.

il me fut enlevé Par les bêtes des bois

sans doute,

sans doute,avec une douleur profonde

sans doute,Et je l’ai vu pour la dernière fois !

Par l’immortel et l’homme à la fois outragée,

Reine, rassure-toi car tu seras

Reine, rassure-toi car tu serass’animant peu à peu.

Reine, rassure-toi car tu seras vengée

vivement, s’animant peu à peu.

L’âge a courbé ma tête et rompu ma vigueur,

Mais la neige des ans n’a point glacé mon cœur !

indigné

Quoi ! je verrais d’une âme lâche et vile

Cet étranger siégeant sceptre en main, dans ta ville,

Insulter à ton fils qui n’a point de tombeau

Et mêler à ta race antique un sang nouveau ?

(résolument)

J’irai dans cette tente où le festin s’apprête

Et là, d’une main sûre et dévouant ma tête

Il tire une hache de sa ceinture.

J’abattrai…

J’abattrai… Vois l’anneau que Pallas a donné

à mon illustre aïeul, Le sang empoissonné

d’un monstre est contenu dans cet or… Qu’il s’en mêle

une goutte au vin pur dont la coupe étincelle,

Qu’elle effleure sa lèvre et l’éclair dans les cieux

est moins prompt Que la mort qui fermera ses yeux.

Iô Paiân ! Iô Paiân !

Voici l’heure fatale où commence la fête…

CHŒUR

Ta volonté, ma fille, sera faite…

Il va tomber touché dans son fragile orgueil.

Aussi bien sa fortune insultait à mon deuil

(vivement)

Par les Dieux ! la vengeance est certes légitime

Toute entière au souvenir et à l’amour de son enfant

Ô mon enfant, reçois cette jeune victime

Digne de toi, sans doute, Innocente qu’elle est !

(solennel)

Et qu’un Dieu me foudroie ensuite s’il lui plaît !

La Reine se livre tout entière à la joie de la vengeance.

La scène s’obscurcit continuellement jusqu’à la fin.

Pourtant… ce meurtre est lâche et mon cœur en murmure

(avec effroi)

Il mettra sur mon nom une longue souillure !

Cet éphèbe si beau dans sa jeunesse en fleur

A-t-il causé ma honte et voulu ma douleur ?

Et dès que je l’ai vu sur les marches sacrées

Du temple couronné de ses boucles dorées

L’arc en main souriant dans la lumière et tel

Que m’apparut jadis l’éclatant Immortel

Que m’apparut jadis l’éclatant Immortel

Un invincible attrait ne m’a-t-il point charmée ?

Mon fils ! j’ai cru revoir ta tête bien aimée !

L’émotion de la Reine est arrivée à son comble : la

scène est toute assombrie.

Ah ! que n’est-il ce fils doux et cher à mes yeux.

CHŒUR, (dans la tente)

Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je fait ? (avec effroi)

Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je fait ? Le sang prodigieux

de Gorgô Va glacer sa jeune âme trahie

Vieillard ! Vieillard !

Vieillard ! Vieillard !(cri désespéré)

Vieillard ! Vieillard ! Ah ! trop vite obéie !

Enfant ! crains de toucher à l’horrible liqueur.

Courons ! Courons !

Mes yeux s’obscurcissent ! mon cœur s’éteint

Cher Apollôn

(avec défi)

Je ne veux plus qu’il meure !

Maîtresse, déjà l’ombre est plus haute Elle effleure

les sommets qu’un dernier rayon d’or éblouit :

Les astres vont briller dans la divine nuit

Et des souffles glacés tombent du lourd feuillage.

Viens

KRÉOUSA immobile… en extase.

LES SUIVANTES

Iô Païân ! Iô Païân !

Iô Païân ! Iô Païân !

Iô Iô Paiân ! Iô Paiân !

Iô ! Paiân !

Iô Paiân ! Iô Paiân ! Iô ! Iô ! Iô !

Iô Paiân ! Iô Paián ! Iô Pain !

La fleur de l’aubépine aux fronts,

Cher jeune homme, nous accourrons

Du sommet des monts solitaires,

Des bois pleins de mystères,

Des bois pleins de mystères,

Où bondissent nos pieds errants !

Du bord des lacs et des torrents

Ou boivent les grands cerfs nocturnes

Qui brament Aux cieux taciturnes !

D’où viennent ce silence et ce front soucieux ?

Pourquoi cette ombre, Iôn, qui passe dans tes yeux ?

Regrettes-tu ce temple où fleurit ta jeunesse

Songe à ton père, au trône, au peuple qui s’empresse.

IÔN, (comme dans un rêve.)

et l’imprécation de l’opprimé qui pleure

Épouvante les rois dans leur riche demeure !

Trois nymphes oréades s’approchent d’IÔN et lui chantent leurs adieux. — les autres nymphes dansantes miment la séparation par des attitudes éplorées.

NYMPHES ORÉADES

Sous le feuillage des forêts

Qui frémit et que le matin dore

ne suivront plus dans l’air sonore.

le vol des sauvages ramiers

Et jamais plus par les halliers

que parfume l’odeur des sèves,

vers midi pour charmer tes rêves,

joyeuses nous ne danserons

la fleur de l’aubépine aux fronts.

Lève ton front pensif et parle,

Ô cher jeune homme, ce Dieu t’aime

il convient que ta bouche le nomme !

Tout mon cœur est rempli d’un noir pressentiment.

Je ne sais, mais

Je ne sais, mais violemment

Je ne sais, mais quelqu’un me hait assurément

Nourri par Loxias dans la maison divine

où toi même ignorais ta royale origine

Il sied qu’entrelaçant ce lierre à tes cheveux

Tu mêles à nos voix sa louange et tes vœux !

IÔN, interrompant brusquement les danses et les chants.

Pardonne ô Loxias ! ce trouble qui t’offense !

Mêlons pour Zeus et Phoibos

Le miel attique, au vin parfumé de Byblos

Et versons, versons à pleins bords leur écume empourprée,

Et versons, versons à pleins bordsÉâ ! Leur écume empourprée,

Et nous, amis, mêlons Pour Zeus, Pallas et Phoïbos

Mêlons le miel attique au vin parfumé de Byblos !

Et versons à pleins bords leur écume empourprée

Et versons, versons à pleins bords, Éâ ! leur écume empourprée,

Éâ ! mêlons, amis ! mêlons Pour Zeus, Pallas et Phoïbos

Ô cher prince, Voici la coupe préparée ;

reçois-la

reçois-la (se rapprochant encore)

reçois-la de ma main, au nom de tes aïeux.

(de plus en plus humble et servile)

Ma chevelure est blanche, enfant, je suis très vieux,

Et je mourrai content si tu daignes permettre

que je serve le fils du Roi Xouthos… mon maître !

Donne, Il m’est doux, vieillard, d’honorer tes longs jours,

Que Pallas, bienveillante, en prolonge le cours !

(il prend la coupe des mains du Vieillard) (il se lève)

(avec une ferveur croissante il adresse au Dieu ses supplications)

Apaise de mon cœur l’inquiétude amère,

Pendant ce temps l’orgie s’est calmée ; les convives suivent avec intérêt les moindres mouvements d’IÔN. — L’anxiété du Vieillard est à son comble.

Ne m’abandonnepas, ô céleste Immortel !

Ne m’abandonne pas, ô céleste Immortel !

(avec une exaltation de plus en plus grande)

Cher Apollôn, saint temple et fatidique autel,

avec une douceur infinie

Soyez-moi bienveillant

Soyez-moi bienveillant avec une douceur infinie

Soyez-moi bienveillant et rendez-moi ma mère !

Iô ! Paiân !

Iô ! Paiân ! Le jour s’accentue.

Iô ! Paiân ! Iô ! Paiân !

IÔN, s’est retourné, et voyant le jour naissant, met subitement un genou en terre comme s’il faisait sa prière au Dieu. — Tout le monde

l’imite. IÔN reste en méditation.

Doux oiseaux ! colombes fidèles,

Qui veniez, au matin,

Qui veniez, au matin, de vos battements d’ailes,

effleurer mon front endormi,

Adieu ! n’espérez pas qu’un temps si cher renaisse,

Ô compagnes de ma jeunesse,

Vous ne verrezplus votre ami !

Dieux ! voyez celle-ci l’aile ouverte… Qu’a-t-elle ?

Regardez…

(épouvantés)

Elle a bu cette liqueur mortelle

Et ne respire plus

Et ne respire plus Ô terreur ! Trahison !

Trahison détestable ! La coupe est pleine de poison !

IÔN, au comble de l’émotion,

QUELQUES CONVIVES

Éâ ! Éâ ! Éâ !

Un Dieu t’a préservé de la mort !

Soit… je livre au fer

le peu de jours qui me restait à vivre…

IÔN, très ému, impatient

s’animant davantage, voyant ses pressentiments réalisés.

Mais quelqu’autre, sans doute a pour ce vil forfait

Armé tes vieilles mains lâchement homicides

Non ! j’ai voulu venger les vaillants Éreckhtides

sur le fils de Xouthos le tyran !

sur le fils de Xouthos le tyran ! (comme s’il défiait Apollôn)

sur le fils de Xouthos le tyran ! Nul n’a su

ma haine et mon dessein. Moi seul ai tout conçu !

À mort ! à mort ! à mort !

À mort ! à mort ! à mort ! Le misérable esclave :

Et qu’on l’entraîne !

Le sang de Gorgô ! Dieux ! l’anneau de la Reine !

Dieux ! Le sang de Gorgô ! Dieux ! l’anneau de la Reine !

Laissez là ce vieillard, il n’a fait qu’obéir.

C’est Kréousa, ce n’est pas lui qu’il faut punir !

IÔN, hors de lui

CONVIVES

Se rit des sceptres d’or et des fronts insolents

CONVIVES

Elle les foule aux pieds comme la fange et l’herbe

3 SACRIFICATEURS, à IÔN

À mort ! À mort ! À mort ! À mort ! À mort ! À mort !

À mort ! À mort ! À mort !

Et jamais plus par les halliers

Que parfume l’odeur des sèves

Vers midi, pour charmer tes rêves,

Joyeuses, nous ne danserons,

La fleur de l’aubépine aux fronts.

À mort ! À mort ! À mort ! À mort !

Je dors… sans doute… et rêve…

Je dors… sans doute… et rêve… Est-il bien vrai, mes yeux,

Femmes, sont-ils ouverts à la clarté des cieux ?

Touchez mes belles mains… parlez… Si je sommeille,

Vos chères voix seront douces à mon oreille.

KRÉOUSA, se réveillant en sursaut, vivement agitée.

KRÉOUSA, se réveillant en sursaut, vivement agitée.

Que n’ai-je les ailes rapides

Des grands aigles ouraniens !

Je t’emporterais par les nues

Jusques aux rives inconnues

Où l’homme Où l’homme et les Dieux sont meilleurs ;

Où le temps qui charme nos peines

Te verserait à coupes pleines

le doux oubli de tes douleurs

KRÉOUSA

Rien ne peut m’arracher à cet embrassement

Mortel !

CHŒURS, (voix dans le lointain)

À mort ! à mort ! à mort ! à mort !

FEMMES DE KRÉOUSA, hors d’elles

KRÉOUSA, se levant et tombant à genou.

Loxias Apollôn ! Dieu cruel, dieu du jour,

J’ai vécu de ta haine et meurs de ton amour !

LES FEMMES, qui veillaient au fond de la tente, accourent vers KRÉOUSA

Cours vers l’inviolable autel,

Que ce Dieu qui te hait te défende lui-même

Que ce Dieu qui te hait te défende lui-même

Et te sauve du coup mortel !

KRÉOUSA, se relève lentement comme transfigurée

Et toi qu’abrita la première

Le bouclier d’or de Pallas,

Qui resplendis parmi les hommes

Du nom sacré dont tu te nommes,

Athènâ Athènâ salut ! Je t’aimais,

Berceau des aïeux, ville sainte !

Que les vents te portent ma plainte,

Que les vents te portent ma plainte,

Je t’ai quittée et pour jamais

LES FEMMES DE KRÉOUSA, se précipitent vers la Reine.

PEUPLE, HOMMES, FEMMES et ENFANTS

En face de l’homme et des dieux !

À mort ! À mort ! À mort ! À mort !

PEUPLE

Entoure de tes bras l’image tutélaire

D’Apollôn le divin archer,

Sans outrager sa gloire

Sans outrager sa gloire Les bras suppliants elle s’avance.

Sans outrager sa gloire et braver sa colère.

Nul ne pourra t’en arracher

LES SACRIFICATEURS, (du dehors)

Loxias me défend contre toi, meurtrier,

Et l’autel que j’embrasse est mon sûr bouclier,

vivement

N’approche pas, va… crains ton Dieu !

SACRIFICATEURS, (à IÔN)

Tu n’étais plus à lui (avec ironie)

Tu n’étais plus à lui mais à Xouthos ton père.

IÔN, (humblement)

Des aïeux, au mépris de leur race, en outrage

À leur sang.

IÔN, (calme)

Xouthos les a sauvés et conquis.

Xouthos les a sauvés et conquis.(pompeux)

Xouthos les a sauvés et conquis. Il est Roi

D’Athènâ par l’épée et Pallas.

KRÉOUSA, (hors d’elle)

Il faut que son crime s’expie. Quitte l’autel…

KRÉOUSA

Ose souiller de sang l’image de ton dieu !

avec solennité

Je ne quitterai point le sacré sanctuaire

avec ferveur et amour

J’embrasse tes genoux, ô Loxias !

Elle reste prosternée au pied de la statue

IÔN

Traînons-la hors du temple ! Allons ! Dieux ! Arrière !

Enfant ! laisse l’épée ; exauce sa prière

Ne souille point le temple et l’autel respecté !

Vous, sacrificateurs, obéissez, sortez.

Quitte Pythô, mon fils, innocent, les mains pures

De toute violence et sous d’heureux augures…

Pardonne oublie, et pars vers l’illustre Athènâ…

Reçois cette corbeille où l’on t’abandonna

Les yeux à peine ouverts au jour qui nous éclaire,

où, sur le seuil sacré du temple tutélaire,

Je te trouvai, pleurant dans ton humide berceau,

Faible, charmant et nu comme un petit oiseau !

IÔN

Pour plaire à Loxias, j’élevai ton enfance.

Tu vécus, tu grandis aupres de ses autels…

sombre, mystérieux

Mais sa pensée auguste est cachée aux mortels

Je me tais.

Je me tais. Cependant, ô mon cher fils, espère

Et cherche avec amour celle qui fut ta mère.

Divinatrice, en qui parle l’esprit d’un dieu,

Je te salue et te révère.

LA PYTHONISSE

IÔN, avec une impatience croissante.

Ouvrage de ses mains, témoin de ses douleurs,

Ah ! le sais-tu le doux nom de ma mère ?

Récit

Je n’ose dénouer tes fragiles liens…

ce nom, tu l’as gardé peut être ?

Je brûle de l’entendre… et tremble de connaître

ce cher secret que tu contiens.

KRÉOUSA, comme en rêvant et regardant d’un tout autre côté

Et ses cheveux formaient vos franges.

IÔN

Deux serpents aux écailles d’or.

IÔN

KRÉOUSA, (avec une tendresse infinie)

(avec une exaltation croissante)

Ô mon fils, Ô mon fils, Ô mon fils sur ton front charmant.

IÔN

Ma mère ! Mon enfant ! Oh! viens que je te voies,

Ma mère ! Mon enfant ! Oh ! viens que je te voie,

Que je te serre enfin contre mon cœur charmé !

KRÉOUSA

IÔN

Par les dieux, par l’Aither vaste et resplendissant

Après tant de longs jours j’ai retrouvé mon sang !

Tu vois ta mère… C’est ta mère qui t’embrasse !

Elle se jette de nouveau dans ses bras.

IÔN

KRÉOUSA

(avec une joie et une exaltation croissante)

Éclatez, ô transports de mon cœur triomphant

Apollôn ! Apollôn m’a rendu mon enfant !

Elle contemple IÔN avec admiration.

IÔN, se rapprochant doucement de Kréousa.

Qui resplendis dans l’ombre où je me consumais…

Rien… Rien… Rien ne pourra plus nous séparer jamais !

Éâ ! Éâ !

FEMMES, au dehors

FEMMES

avec joie

Après les sombres temps voici les temps joyeux :

J’ai retrouvé mon fils !

FEMMES

KRÉOUSA

FEMMES

KRÉOUSA

Allez !

Allez ! Ah ! Que Xouthos aussi se hâte et vienne !

Quelle félicité, Père, sera la tienne !

KRÉOUSA

IÔN

Sache enfin ce secret terrible et… glorieux…

(avec la plus grande solennité)

C’est un plus noble sang, oui ! c’est le sang des Dieux

C’est un plus noble sang, oui ! c’est le sang des Dieux

Qui coule dans ta veine, ô mon enfant que j’aime

Et ton père immortel est Apollôn lui-même !

CHŒUR INVISIBLE

parlé

Vois, mère, le trépied fatidique se dore

D’un étrange rayonnement !

CHŒUR INVISIBLE

CHŒUR

Monte d’un invisible feu.

CHŒUR

D’où vient cet air subtil et frais que je respire

Va-t-il nous apparaître un Dieu.

CHŒUR

Qu’êtes-vous, ô formes sublimes ?

Spectres ou déesses, Parlez !

Montez-vous des sombres abîmes ?

Venez-vous des cieux étoilés ?

Le feu divin de vos prunelles

Pénètre mon cœur transporté ;

Que vous êtes grandes et belles

Salut, pleines de majesté.

Apollonide Iôn ! Apollonide Iôn !

Apollonide Iôn !nos lèvres immortelles

Diront ta jeune gloire aux siècles à venir

Il s’avance un peu vers le fond de la scène.

Salut rayon tombé de la lumière antique ;

Aïeul des rois futurs, éphèbe aimé des Dieux !

Poursuis, enfant sacré, tes destins glorieux

Et délaissant ton nid, loin du rocher pythique,

Jeune aigle envole-toi vers de plus larges cieux !

Sigue explorando

Por su autor
Leconte de Lisle · 22 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← La Tristesse du diableLe Cœur de Hialmar →

Expediente

Autor
Leconte de Lisle (1818–1894) · Wikidata Q309704
Título
L’Apollonide (livret du drame musical, Leconte de Lisle et Franz Servais) — Texte entier
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-lapollonide-livret-du-drame-musical-leconte-de-l--leconte-de-lisle-be0abf
Cita recomendada
Leconte de Lisle, «L’Apollonide (livret du drame musical, Leconte de Lisle et Franz Servais) — Texte entier», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-lapollonide-livret-du-drame-musical-leconte-de-l--leconte-de-lisle-be0abf.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.