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PoetósferaLa BibliotecaIsaac de Benserade

Isaac de Benserade · Barroco

L’Agriculture

francés

Douce Felicité, ne quitons point ces lieux.

Douce & charmante Paix, où peut-on eſtre mieux ?

Ny les travaux ny les peines,

N’habitent plus dans ces bois,

Les Bergers ſont comme des Rois,

Les Bergeres comme des Reines.

J’y veux eſtre touſjours,

J’y veux eſtre touſjours, Et moy touſjours auſsy.

Amour eſt le ſeul mal dont on ſe plaint icy.

Les vents les plus mutins ſont changez en zephirs.

Les maux les plus cruels ſont changez en plaiſirs.

Icy quand un cœur ſoupire,

Un autre cœur luy répond,

Et c’eſt là tout le bruit que font

Les Echos qui n’oſent tout dire.

J’y veux eſtre touſjours, etc.

Voicy la Gloire, & la Fleur du Hameau,

Nul n’a la Teſte & plus belle & mieux faite ;

Nul ne fait mieux redouter ſa Houlette,

Nul ne ſçait mieux comme on garde un Troupeau.

Et quoy qu’il ſoit dans l’âge où nous ſentons

Pour le plaiſir une attache ſi forte,

Ne croyez pas que ſon plaiſir l’emporte,

Il en revient touſjours à ſes Moutons.

À ſon labeur il paſſe tout d’un coup,

Et n’ira pas dormir ſur la fougere,

Ny s’oublier aupres d’une Bergere,

Juſques au point d’en oublier le Loup.

Ce n’eſt pas tant un Berger qu’un Heros,

Dont l’Ame grande applique ſes penſées

Au ſoin de voir ſes brebis engraiſſées,

En leur laiſſant la laine ſur le dos.

Quelle Bergere, quels yeux

À faire mourir les Dieux !

Auſsy comme eux on l’adore,

Elle eſt de leur propre ſang ;

Mais ſa perſonne eſt encore

Bien au deſſus de ſon rang :

De jeunes Lis, & des Roſes

Tout nouvellement écloſes

Forment ſon teint delicat ;

Enfin les plus belles choſes

Prés d’elle n’ont point d’éclat.

C’eſt une douceur extréme,

Et pour en dire icy le mal comme le bien,

Il eſt vray tout le monde l’aime,

Mais apres ſon Devoir ſes Moutons, & ſon Chien,

Je penſe qu’elle n’aime rien.

Que cette Bergere eſt belle,

A-t’elle pas un defaut ?

Un Berger qui ſoit digne d’elle

N’eſt-ce pas tout ce qui luy faut ?

À quiconque poura tant faire

Que de la ranger ſous ſa loy,

La bonne affaire,

L’heureux employ !

Gardez-vous de ces Lis, gardez-vous de ces Roſes,

Qui ne s’en gardera ne ſçauroit faire pis,

Ha ! quelle eſt dangereuſe en gardant ſes Brebis,

Elle a des yeux brillans qui diſent mille choſes,

Mais ils en donnent à garder

À qui plus qu’il ne faut oſe les regarder.

Non ſans doute il n’eſt point de Bergere plus belle,

Pour elle cependant qui s’oſe declarer

La preſſe n’eſt pas grande à ſoupirer pour elle,

Quoy qu’elle ſoit ſi propre à faire ſoupirer.

Elle a dans ſes beaux yeux une douce langueur,

Et bien qu’en apparence aucun n’en ſoit la cauſe,

Pour peu qu’il fût permis de foüiller dans ſon cœur,

On ne laiſſeroit pas d’y trouver quelque choſe.

Mais pourquoy là deſſus s’eſtendre davantage ?

Suffit qu’on ne ſçauroit en dire trop de bien,

Et je ne penſe pas que dans tout le village,

Il ſe rencontre un cœur mieux placé que le ſien.

Deja cette Beauté fait craindre ſa puiſſance,

Et pour nous mettre en butte à d’extrémes dangers :

Elle entre juſtement dans l’âge où l’on commence

À diſtinguer les Loups d’avecque les Bergers.

Je porte peu d’enuie

Aux Bergers dont la vie

Eſt plaine de douceur,

Ma fortune eſt meilleure

Si je trouve mon Heure

Où j’ay perdu mon cœur.

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Expediente

Autor
Isaac de Benserade
Título
L’Agriculture
Lengua
francés
Época
Barroco
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-lagriculture--isaac-de-benserade-7dd22e
Cita recomendada
Isaac de Benserade, «L’Agriculture», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-lagriculture--isaac-de-benserade-7dd22e.html

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