Ah, que sais-je ?… Je veux… Rudel… Je vous adore !
— Non, détourne de moi ce regard de langueur !
Ce vitrail ouvert là, sur la mer, me fait peur.
MÉLISSINDE court au vitrail, le ferme brusquement et s’y adosse.
Eh bien, il est fermé !… Là, je t’ai, je te garde.
Fermé, te dis-je, et plus jamais on n’y regarde !
Ignorons ! N’est-on pas très bien dans ce palais ?
Elle descend vers lui
Il y a des parfums dans l’air, respirons-les !
De ce palais jamais, jamais plus tu ne bouges.
Tu vois, on a jonché de chaudes roses rouges
Le sol fleurdelisé ce malin de lys froids.
— Le vitrail est fermé, te dis-je, plus d’effrois ! —
J’ai renié la pâle fleur des songeries
Pour la fleur amoureuse ; il faut que tu souries !
Va, nous ne saurons rien, et comment saurions-nous ?
Nous n’interrogerons personne. À mes genoux
Tu vivras. Rien n’est vrai d’ailleurs que notre étreinte.
Quel remords aurions-nous, et quel sujet de crainte ?
Qui donc nous a parlé d’une nef, d’un Rudel ?
Personne ! Rien, sinon notre amour n’est réel !
Derrière ce vitrail, la rive d’or s’échancre
D’un golfe bleu, tout bleu, sans une nef à l’ancre !
Un jour, dans bien longtemps, quand nous le rouvrirons,
Ce vitrail, de nos peurs absurdes nous rirons,
Car nous ne verrons rien ! Et quelle est cette histoire,
D’une voile qu’on doit hisser d’étoffe noire ?
C’est un conte, Bertrand ! — Le vitrail est fermé ! —
Ne pense à rien, ne pense à rien, mon bien-aimé !