Un amant qui revient est-il jamais coupable ?
Ô toi qui m’animas de cette pure flamme,
De ce séjour de paix où repose ton âme,
Jette sur mes travaux un regard bienfaisant… . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Un père généreux, agrandissant mon être,
M’apprit, dès le berceau, ce que je pouvais être…
Pourquoi vous effrayer ? Non, je me sens tranquille,
Je n’ai plus dans mon sein cette flamme inutile,
Cet amour dévorant qui me suivait partout.
Au contraire, je sens un frisson, une glace,
Un poids qui cependant me gêne et m’embarrasse ;
Je ne sais… mais je crois que je souffre beaucoup !…
Je lui disais : là haut, là-bas, partout, ici,
N’est-il point là ?… je le vois. — Oui !
Que me disiez-vous donc ? Non, non, ce n’est pas lui !
Ce n’est pas lui, ce n’est rien… je frissonne.
Il n’est point là… cependant je le vois !
Je le vois là ! (elle chancelle.)
Non ! non, ma force m’abandonne.
Adieu, Phaon ! je meurs pour toi !
Déjà plus d’une femme en sa fière vertu
Pour l’honneur de son sexe, ardente, a combattu.
Et d’où naîtrait en nous une crainte servile ?
Ce feu qui nous dévore, est-il donc inutile ?
Les hommes vainement raisonnent sur nos goûts,
Ils ne peuvent juger ce qui se passe en nous.
Qu’ils dirigent l’État, que leur bras le protège,
Nous leur abandonnons ce noble privilège,
Nous leur abandonnons le prix de la valeur ;
Mais les arts sont à nous, ainsi que le bonheur !
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Laissez-nous plus de droits et vous en perdrez moins !
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Cessez, cessez enfin d’applaudir lâchement
À l’art pernicieux de faire un vers méchant ;
L’esprit n’est pas en vers tout ce que l’on souhaite :
Il faut être honnête homme avant d’être poète.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L’art de blesser n’est pas un art si difficile ;
N’est-on pas tous les jours piqué par un reptile ?
Qui veut toujours frapper doit atteindre souvent ;
La haine a ses hasards ainsi que le talent.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Il est si doux d’aimer et d’admirer ensemble !
Objet sacré de mon amour,
Toi que j’aime avant ta naissance,
Ô cher enfant, qui dans ce jour
M’as fait sentir ton existence.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les mères ont un Dieu pour elles,
Déjà quel courage divin
Passe en mes veines maternelles !
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Entends ma voix, ô Dieu puissant ;
De ce courage accrois la somme,
Je t’implore pour un enfant,
Mais cet enfant doit être un homme.
De Virgile pour nous recueillez l’héritage,
Redites-nous toujours ses champêtres leçons ;
À la ville, il est doux de chanter les moutons
Qui nous ennuieraient au village.
Ne me donnez pas un refus ;
Ce livre, ami, qui nous rassemble,
Nous fera retrouver ensemble,
Même quand nous ne serons plus !
Au cinquième arrivé, le corps, l’esprit s’affaisse ;
Chaque jour, chaque instant voit briser un lien ;
On pense, on parle encor, mais la toile se baisse,
Le spectacle finit, et l’homme n’est plus rien.
À l’Amour il faut toujours plaire ;
On plaît toujours à l’Amitié.