Vive la mort ! je me confie
À ses lois, ses soins vigilants ;
Dans ces préceptes consolants
J’ai puisé ma philosophie.
Elle a pour calomniateurs
Trop de gens d’un esprit vulgaire ;
Mais ceux que la raison éclaire
Sont parmi ses adorateurs.
Nos poëtes et nos sculpteurs
En font une horrible matrone ;
Mais elle est secourable et bonne.
En dépit de ses détracteurs.
Vive la mort ! Elle n’oublie,
Du moins pendant quelques instants,
Que l’insensé qui l’injurie ;
Dès qu’un infortuné la prie,
Et lui dit : « Je suis prêt, j’attends, »
Sa douce voix jamais rebelle,
Répond à celui qui l’appelle :
« Reconnais la fille du temps,
« Et réjouis-toi de me suivre ;
« Laissons à ceux qui veulent vivre
« Le tourment des fiévreux plaisirs,
« Les noirs chagrins, les vains désirs :
« Moi, de tous maux je te délivre. »
Plus d’un moraliste fameux,
D’accord avec l’expérience,
Nous répète que l’existence
Est un sentier dur, épineux,
Court, mais rapide et tortueux.
À chaque pas est une ortie,
À peine y voit-on quelques fleurs.
Additionnons sans erreurs
Les biens et les maux de la vie ;
La colonne la mieux remplie
Est toujours celle des douleurs.
La mort vient-elle alors, ses charmes
Savent bientôt sécher nos larmes ;
Nous l’acceptons comme un bienfait,
Elle nous apporte, en effet,
Le bonheur de la délivrance ;
Plus d’angoisse, plus de souffrance ;
La mort, c’est le repos parfait.
Elle nous donne, dit l’adage,
Un asile contre l’orage ;
Elle est l’absence de tout soin,
L’extinction de tout besoin,
De tout ennui, de toute peine ;
Du moment qu’elle nous entraîne,
Notre labeur est terminé.
Parlons-nous d’un infortuné
Que le malheur semblait poursuivre,
Un synonyme vient s’offrir.
Dire : il a cessé de souffrir,
C’est dire : il a cessé de vivre.
Nous avons, hélas ! sous les yeux,
De nos douleurs la triste chaîne,
Le cortège des maux hideux,
Attachés à l’espèce humaine :
Dans les folles ambitions,
Que d’espérances mensongères !
Dans nos tendres affections,
Que d’affreuses déceptions !
Au milieu de tant de misères,
Est-il, pour repousser la mort,
Un but qui mérite un effort ?
De ces vérités l’âme empreinte,
Le sage arrive à ce sommeil,
Qui n’a ni songe ni réveil,
Sans proférer aucune plainte.
Ainsi donc ce champ de repos,
Ce cimetière dont l’enceinte
Renferme une égalité sainte,
Loin de jeter à tout propos,
Le trouble, l’effroi dans la vie,
Doit plutôt exciter l’envie ;
Car ce néant des passions,
Ce calme, si cher au vieil âge,
Apporte, au terme du voyage,
De douces consolations.
Sur cette éternité divine,
Dont on nous promet le secours,
Sur le sort que Dieu nous destine,
Un voile est fixé pour toujours :
Ainsi n’espérons rien surprendre,
Nous avons des sens imparfaits,
Ne nous occupons que des faits
Que Dieu nous permet de comprendre.
Le philosophe a beau prétendre
Vouloir sur ce point discuter,
Il ne nous apprend qu’à douter.
C’est encor le fameux que sais-je
Qui redouble notre embarras ;
Quand je ne serai plus, serai-je ?
Qu’étais-je avant de n’être pas ?
Pauvres humains, que de peut-être !
L’un nous affirme qu’en mourant
Nous retournons dans le néant
Où nous étions avant de naître ;
L’autre, prompt à se réjouir,
Voit dans un céleste avenir
Mille félicités suprêmes
Qui ne doivent jamais finir.
Laissons ces doctes discourir,
Et croyons qu’en fait de systèmes,
Le plus sage est de s’abstenir.
Sur un point facile à connaître,
Concentrons plutôt notre esprit :
Voyez ce brin d’herbe paraître,
Il fructifie et se flétrit.
C’est la même loi pour chaque être,
Tout s’anime et bientôt périt.
Un peu d’humus ou de poussière
Doit remplacer nos plus beaux jours ;
Telle est la destinée entière
De notre espoir, de nos amours,
Toute existence est éphémère.
Homme, accepte la loi du temps,
Point de regret, point de chimère.
Si tu rêves des jours exempts
De toute peine douloureuse,
Si tu t’es fait d’un si beau sort
L’idéal d’une vie heureuse,
Cet idéal est dans la mort.
« La mort, c’est le repos parfait. »
« Est-il, pour repousser la mort,
» Un but qui mérite un effort ? »
« Le trouble, l’effroi dans la vie. »
« Pourquoi contre la mort tant de cris superflus ?
» Je suis, elle n’est pas ; elle est, je ne suis plus. »
« Apporte au terme du voyage
» De douces consolations. »
« Sur le sort que Dieu nous destine
» Un voile est fixé pour toujours. »
« L’un nous affirme qu’en mourant
» Nous retournons dans le néant
» Où nous étions avant de naître. »
« Voit dans un céleste avenir
Mille félicités suprêmes
Qui ne doivent jamais finir. »