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Pierre Dupont · Romanticismo

La Mère Jeanne

francés

Dans la vie on ne reste guères

À l’âge riant des amours,

Les ans vont comme les rivières,

Et rien n’en peut barrer le cours.

Je ne suis plus la fille fraîche

Que l’on appelait Jeanneton ;

Le soleil a rougi la pêche,

Le rosier n’est plus en bouton.

Je suis la mère Jeanne

Et j’aime tous mes nourrissons,

Mon cochon, mon taureau, mon âne,

Vaches, poulets, filles, garçons,

Dindons, et j’aime leurs chansons,

Comme, étant jeune paysanne,

J’aimais la voix de mes pinsons.

Quand j’étais encore jeunette,

Une autre ne posait pas mieux

Le papillon de sa cornette

Et le chignon de ses cheveux ;

Maintenant c’est une autre affaire,

Il s’agit bien de coqueter ;

Du jour qu’on est mère et fermière,

On a d’autres chiens à fouetter :

Je suis la mère Jeanne

Et j’aime tous mes nourrissons,

Mon cochon, mon taureau, mon âne,

Vaches, poulets, filles, garçons,

Dindons, et j’aime leurs chansons,

Comme étant jeune paysanne,

J’aimais la voix de mes pinsons.

C’est la moisson, c’est la vendange,

Les semailles, la fenaison :

C’est la lessive, et tout ça mange,

Tout ça boit plus que de raison.

Il faut qu’à tout je remédie,

Le bétail est ensorcelé,

Les enfants ont la maladie,

Cette nuit la vache a vêlé :

Je suis la mère Jeanne

Et j’aime tous mes nourrissons,

Mon cochon, mon taureau, mon âne,

Vaches, poulets, filles, garçons,

Dindons, et j’aime leurs chansons,

Comme étant jeune paysanne,

J’aimais la voix de mes pinsons.

Venez, poules à crête rouge,

Et mon beau coq tambour-major !

J’aime que tout ce monde bouge,

Je vois remuer mon trésor :

Ces marcassins, ce veau qui tette,

Ces cannetons qui vont nageant,

Cet agneau qui bêle à tue-tête,

C’est pour moi le bruit de l’argent :

Je suis la mère Jeanne

Et j’aime tous mes nourrissons,

Mon cochon, mon taureau, mon âne,

Vaches, poulets, filles, garçons.

Dindons, et j’aime leurs chansons,

Comme étant jeune paysanne,

J’aimais la voix de mes pinsons

C’est qu’il en faut dans un ménage

De l’argent blanc, de l’or vaillant ;

On n’en gagne pour son usage

Qu’en bien veillant et travaillant ;

Par-dessus, votre homme se grise,

Et trébuche en rentrant au nid ;

On se bat, mais après la crise,

On s’embrasse et tout est fini :

Je suis la mère Jeanne

Et j’aime tous mes nourrissons,

Mon cochon, mon taureau, mon âne

Vaches, poulets, filles, garçons,

Dindons, et j’aime leurs chansons,

Comme étant jeune paysanne,

J’aimais la voix de mes pinsons.

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Autor
Pierre Dupont
Título
La Mère Jeanne
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-la-mere-jeanne--pierre-dupont-b6edca
Cita recomendada
Pierre Dupont, «La Mère Jeanne», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-la-mere-jeanne--pierre-dupont-b6edca.html

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