CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaAlfred de Musset

Alfred de Musset · Romanticismo

La Coupe et les Lèvres — Acte Premier

francés

.mw-parser-output .personnage{font-weight:bold;font-variant:small-caps}LE CHŒUR

FRANK

Tout nous vient de l’orgueil, même la patience.

L’orgueil, c’est la pudeur des femmes, la constance

Du soldat dans le rang, du martyr sur la croix.

L’orgueil, c’est la vertu, l’honneur et le génie ;

C’est ce qui reste encore d’un peu beau dans la vie,

La probité du pauvre et la grandeur des rois.

Je voudrais bien savoir, nous tous tant que nous sommes,

Et moi tout le premier, à quoi nous sommes bons.

Voyez-vous ce ciel pâle, au delà de ces monts ?

Là, du soir au matin, fument autour des hommes

Ces vastes alambics qu’on nomme les cités.

Intrigues, passions, périls et voluptés,

Toute la vie est là, — tout en sort, tout y rentre.

Tout se disperse ailleurs, et là tout se concentre.

L’homme y presse ses jours pour en boire le vin,

Comme le vigneron presse et tord son raisin.

LE CHŒUR

Et les pleurs et les chants sont les voix éternelles

De ces filles de Dieu qui s’appellent entre elles.

FRANK

Et je vais le porter :Malheur aux nouveau-nés !

Maudit soit le travail ! maudite l’espérance !

Malheur au coin de terre où germe la semence,

Où tombe la sueur de deux bras décharnés !

Maudits soient les liens du sang et de la vie !

Maudite la famille et la société !

Malheur à la maison, malheur à la cité,

Et malédiction sur la mère patrie !

UN AUTRE CHŒUR, sortant d’une maison.

Pour blasphémer un Dieu qui ne t’aperçoit pas.

Travailles-tu pour vivre, et pour t’aider toi-même ?

Ne te souviens-tu pas que l’ange du blasphème

Est de tous les déchus le plus audacieux,

Et qu’avant de maudire il est tombé des cieux ?

TOUS LES CHASSEURS

FRANK.

Sa maison est à lui, — c’est le toit de son père,

C’est son toit, — c’est son bien, — le tombeau solitaire

Des rêves de ses jours, des larmes de ses nuits ;

Le feu doit y rester, si c’est lui qui l’a mis.

LE CHOEUR.

C’était mon patrimoine, et c’est assez longtemps

Pour aimer son fumier, que d’y dormir vingt ans.

Je le brûle, et je pars ; — c’est moi, c’est mon fantôme

Que je disperse aux vents avec ce toit de chaume.

— Maintenant, vents du nord, vous n’avez qu’à souffler ;

Depuis assez longtemps, dans les nuits de tempête,

Vous venez ébranler ma porte et m’appeler.

Frères, je viens à vous, — je vous livre ma tête.

Je pars, — et désormais que Dieu montre à mes pas

Leur route, — ou le hasard, si Dieu n’existe pas !

Il sort en courant.

LA JEUNE FILLE

FRANK, assis sur l’herbe.

Il est deux routes dans la vie :

L’une solitaire et fleurie,

Qui descend sa pente chérie

Sans se plaindre et sans soupirer.

Le passant la remarque à peine,

Comme le ruisseau de la plaine,

Que le sable de la fontaine

Ne fait pas même murmurer.

L’autre, comme un torrent sans digue,

Dans une éternelle fatigue,

Sous les pieds de l’enfant prodigue

Roule la pierre d’Ixion.

L’une est bornée et l’autre immense ;

L’une meurt où l’autre commence ;

La première est la patience,

La seconde est l’ambition.

FRANK, rêvant.

PourquoPourquoi le Dieu qui me créa

Fit-il, en m’animant, tomber sur ma poitrine

PourquoL’étincelle divine

PourquoQui me consumera ?

Pourquoi suis-je le feu qu’un salamandre habite ?

Pourquoi sens-je mon cœur se plaindre et s’étonner,

Ne pouvant contenir ce rayon qui s’agite,

Et qui, venu du ciel, y voudrait retourner !

LA VOIX

Tous deux sans espérance, et dans la solitude,

Enfants, vous vous aimiez, et bientôt l’habitude

Tous les jours, malgré toi, t’enseigna ce chemin :

Car l’habitude est tout au pauvre cœur humain.

FRANK

BELCOLORE

Sigue explorando

Por su autor
Alfred de Musset · 38 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← Jamais, Rondeau, Sonnet, AdieuLa Coupe et les Lèvres — Dédicace →

Expediente

Autor
Alfred de Musset (1810–1857) · Wikidata Q179680
Título
La Coupe et les Lèvres — Acte Premier
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-la-coupe-et-les-levres-acte-premier--alfred-de-musset-7cac23
Cita recomendada
Alfred de Musset, «La Coupe et les Lèvres — Acte Premier», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-la-coupe-et-les-levres-acte-premier--alfred-de-musset-7cac23.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.