CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaAuguste Barbier

Auguste Barbier · Modernismo

La Charge de Wengrow

francés

O sublime Pologne ! ô tombeau plein de vie !

Comme un marbre sanglant en vain la tyrannie

Pèse sur toi, ton corps est toujours agité,

Et tes tressaillemens au monde font connaître

Que jamais de sa face on ne fait disparaître

Un peuple ami du ciel et de la liberté!...

Elle s’était levée, et sur la sombre arène

Elle avait reparu, non l’œil rouge de haine

Et le poignet armé d’un sabre, d’une faux,

Mais calme, sans défense, et, dans son saint délire,

Avec des chants pieux essayant le martyre,

Pour toucher de pitié le cœur de ses bourreaux.

Le cœur de ses bourreaux ! Il fut plus insensible

Que le rocher muet sur sa base impassible,

Plus froid que le glaçon et plus dur que l’acier.

Et, quand vers lui monta sa clameur lamentable,

Il n’y fut répondu que par l’acte effroyable

Du knout injurieux et du plomb meurtrier.

Puis vint le recruteur, pourvoyeur homicide

Des légions du tsar et dont la main livide

S’abattit nuitamment sur la fleur du pays :

On voulait dépouiller le sol de sa parure,

Et, des bourgeons faisant pleuvoir la neige pure,

Aux arbres pour longtemps ôter l’espoir des fruits.

Alors il fallut bien revenir à la poudre.

Remanier le glaive et rebraver la foudre,

Et, mourir pour mourir, en Pologne il était

Mieux encor de tomber libre et fier sous les balles

Que de finir ses jours loin des terres natales,

Aux rangs de l’étranger comme un soldat valet.

Alors tout homme ayant le feu de la jeunesse

Dans les veines quitta ses proches en détresse,

Et jaloux d’accomplir le grand, le saint devoir.

Le bâton à la main ou la faux sur l’épaule,

Se jeta dans les bois pour y jouer le rôle

De sanglant partisan au corps du désespoir.

Alors les plus beaux faits que l’histoire enregistre

Reparurent soudain sur ce terrain sinistre,

Et l’on vit, comme aux jours du vieux Léonidas,

Deux cents nobles enfans au salut d’une armée

Se dévouer, et tous de la gueule enflammée

Des canons dévorans recevoir le trépas.

Gloire, gloire à ces morts!... Mais quelle barbarie!

Ah ! comme je voudrais que ma chère patrie

Arrêtât pour toujours ce duel assassin,

Et, couvrant la victime avec sa forte égide,

Au nom du bien public et de sa loi rigide.

Contraignît le voleur à rendre son larcin !

Oh! comme je voudrais que la fière Angleterre

A la France s’unît par un accord sincère.

Et que la libre voix de son haut parlement

Dît au tsar : « C’est assez d’oppressives alarmes;

Un prince de nos jours ne peut vivre de larmes

Et de sang se gorger impitoyablement ! »

Oh ! comme je voudrais que la grande Allemagne,

Touchée, émue enfin des cris de sa compagne,

Ne fût plus à sa vie un obstacle fatal !

L’Allemagne, bon Dieu! complice du partage,

Que je la voudrais voir rougir du brigandage,

Se laver du forfait et réparer le mal !

« Vains souhaits! dira-t-on, vains rêves de poète

Qui désire en son cœur que cesse la tempête,

Et que l’azur du ciel resplendisse à son tour ! »

Vains rêves!... Et pourtant, après un long orage,

D’épouvantables nuits, des siècles d’esclavage,

L’Italie aux abois n’eut-elle pas son jour?

Espérons donc au sien que la Pologne incline,

Espérons, car l’espoir est de vertu divine,

Et croire à la justice, à son jour, son appui,

C’est penser que le mal n’est point maître du monde,

Et que, si long, si dur que soit son règne immonde,

Enfant de Dieu, le bien est plus puissant que lui !

Sigue explorando

Por su autor
Auguste Barbier · 58 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← La Bonne tactiqueLa Lyre d’airain →

Expediente

Autor
Auguste Barbier
Título
La Charge de Wengrow
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-la-charge-de-wengrow--auguste-barbier-46d8e0
Cita recomendada
Auguste Barbier, «La Charge de Wengrow», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-la-charge-de-wengrow--auguste-barbier-46d8e0.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.