Je rôtis, je brûle,
Dans mon sang circule
Un feu dévorant :
Je sens une flamme
Qui fait de mon âme
Un tison ardent.
Serait-il prudent
Pour une simple femme
De prendre un amant ?
Couronnez ma flamme.
De prendre un amant,
Un amant,
Si brûlant !
Au feu !
Au feu !
A l’incendie !
A moi !
A moi !
Secourez-moi !
Craignez,
Craignez
La tragédie
D’un noir trépas
Que vous n’attendez pas.
Quel feu !
Quel feu !
Quel incendie !
Pourquoi,
Pourquoi
Tout cet émoi ?
Cessez,
Cessez
La tragédie
D’un noir trépas
Auquel je ne crois pas.
Je suis perdue, écoutez la sonnette :
Ce sont les maîtres de ces lieux.
On y va !… Malheureux ! dans cette humble cachette
Dérobez-vous à tous les yeux.
On y va ! C’est bien noir, je crains le mal de tête !
Songez que si l’on trouve un homme ! un homme ici,
C’est la mort pour tous deux, la mort !
C’est la mort pour tous deux, la mort ! Ah ! sapristi !
Je rôtis, je brûle,
Dans mon sang circule
Un feu dévorant.
Je sens une flamme
Qui fait de mon âme
Un tison ardent.
Quel événement
Pour une simple femme !
Encore un amant !
Couronnez ma flamme.
Encore un amant,
Tendre ardent
Et brûlant.
L’amour vous appelle,
Cédez à l’amour !
Le guerrier, ma belle,
Doit vaincre toujours !
Femme ou citadelle,
Il n’est de rebelle
Au vrai troubadour !…
Quand l’amour m’appelle,
J’ai peur de l’amour !
Le cœur d’une belle
Hésite toujours !
Il faut que près d’elle
Se montre fidèle
Le vrai troubadour !
Couronnez, ma tigresse,
Les vœux d’un tendre amant.
Croire à votre tendresse
N’est-il pas imprudent ?
Je suis le plus constant
De tout le régiment ;
Croyez au dévoûment
Du plus brûlant amant.
Je ne crois pas à votre flamme,
Vous trompez une faible femme ;
Je ne crois pas vraiment
A votre sentiment.
L’amour nous appelle, etc.
Quand l’amour m’appelle, etc.
Superbe créature !
Je chéris tes appas,
La voix de la nature
Me conduit sur tes pas.
Sans succès il m’assure
Qu’il chérit mes appas !
Ce n’est pas la nature
Qui l’a mis sur mes pas.
Ce militaire m’attriste,
Son aveuglement
Me trouble vraiment,
Comme homme et comme fumiste ;
Puis-je poliment
Répondre à son doux compliment ?
De mon hommage, adorable bouchère,
Ah ! ne rougissez pas !
Du sapeur on connait le noble caractère.
Voyez mon embarras,
Monsieur n’insistez pas.
Cette main, cette main si jolie,
Je la tiens, je la liens (ter.) sur mon cœur.
Près de vous, près de vous je m’oublie ;
Lâchez ma main, sapeur.
Tudieu ! quelle vigueur !
Cupidon m’inspire,
Ce petit blagueur
Prend pour tout séduire
L’aspect d’un sapeur !
Cupidon m’inspire,
Suis-je assez blagueur,
Je viens de séduire
Les yeux d’un sapeur !
De la trompette
J’entends,
Les accents éclatants
Et je m’enfuis seulette
Au rendez-vous
Bien doux
Qu’amour loin des jaloux
Me demande en cachette
On ne pourra me voir
Grâce à l’ombre du soir.
Pourtant il fait bien noir,
Et je suis inquiète ;
Mais malgré ma frayeur,
D’espoir et de bonheur,
Je sens battre mon cœur
Au son de la trompette.
Et cependant,
Est-ce prudent,
Pendant la nuit,
D’aller sans bruit (bis.)
Sur les remparts, (bis.)
Loin des regards ?
Pour y chercher (bis.)
Un mari…
Un mari…
Qui peut-être dira nenni !
La, la, la, la, la,
De la trompette
J’entends
Les accents éclatants !
Et je m’en vais seulette
Au rendez-vous
Bien doux
Qu’amour loin des jaloux
Me demande en cachette
La garnison
De Charenton
Passe à Bicêtre,
La garnison
De Charenton
Passe le pont !
Cric, crac,
Cric, crac,
Giberne et sac !
Boutons de guêtre !
Paille au bivouac !
Cric, crac !
Y avait trois chevaliers
Qui s’en allaient en guerre ;
Un à cheval, l’autr’ à pied,
Le troisième par terre ;
C’était le brigadier
Qui portait la soupière ;
Qu’est-ce que nous ferons
D’un si bel escadron ? (bis.)
Cric, crac,
Giberne et sac
Paille au bivouac
Cric, crac !
Mais le premier répondit :
J’annoncerai l’affaire ;
Puis-le deuxième reprit :
Moi je reste en arrière ;
Alors le troisième dit :
Je garde la soupière ;
Ils étaient trois lurons
Dans ce bel escadron
Cric, crac,
Giberne et sac
Paille au bivouac,
Cric, crac !
O mon Dieu ! quel spectacle horrible !
Quel combat odieux !
Le sapeur, le fumiste et cet enfant terrible
Vont-ils s’égorger à mes yeux ?
Mademoiselle Dorothée !
Oui, c’est moi qui suis suffoquée
De ce duel féroce et de vos cris affreux !
Mademoiselle Dorothée !
Pourquoi se montrer irritée ?
C’est une pile méritée
Que je donne à ce singe affreux !
Je vous bannis pour jamais tous les deux !
Quelle injustice !
Quelle malice !
Pour ses attraits,
Quand je souffrais,
Que j’patissais,
Pour récompense
D’ma patience,
Me voir banni
Sans m dir’ merci,
C’ n’est pas joli !
Quelle injustice !
Quelle malice !
Pour ses attraits,
Quand je brûlais,
Que j’ me battais,
Pour récompense
De ma vaillance,
Me voir banni
Sans m’ dir’ merci,
C’ n’est pas joli !
Qu’on déguerpisse !
Que ça finisse !
Pour mes attraits,
Je vous laissais
Soupirer, mais,
Pour récompense
De ma clémence,
S’ conduire ainsi,
Se battre ici,
C’ n’est pas joli !…
Entendez-vous, c’est la retraite.
Il me faut rentrer au quartier.
Il me faut opérer ma retraite.
Pour toi, je serai sans quartier.
C’est le tambour,
Partez la nuit est belle ;
Non, plus d’amour !
Là bas, le devoir vous appelle,
Le devoir doit avoir son tour.
C’est le tambour !
Partons, la nuit est belle ;
Mon cher amour,
Loin d’ici le devoir m’appelle,
Le devoir doit avoir son tour.
C’est le tambour !
Partons, la nuit est belle ;
Mon cher amour,
Je te serai toujours fidèle,
Bientôt, je serai de retour !
Un instant ! entre nous, il faut qu’on se prononce ;
Allons, la belle, choisissez.
Oui, choisissez,
Mademoiselle, choisissez.
Ce fumiste est très-laid, cela se voit assez,
Et c’est moi…
Et c’est moi… Non, c’est moi…
Non, c’est moi…
Non, c’est moi… Non, c’est moi !…
Moi que vous chérissez.
J’aime Brindamour,
Le joli trompette ;
Lui seul pour toujours
A fait ma conquête ;
Tous deux vous viendrez
A mon mariage,
Et suivant l’usage
Vous y danserez.
Eh quoi ! plus d’amour ;
Elle aime un trompette !
Lui seul pour toujours
A fait ma conquête.
Eh ! quoi Brindamour
Ce fichu trompette !
J’aurai donc fait four,
Mille clarinette !…
Brindamour !
Brindamour !
La retraite s’est fait entendre,
Ne nous faisons pas attendre !
C’est assez,
Partez !…
Allons, fumiste, sans rancune !
Sapeur, devenons bons amis.
Cette blonde aujourd’hui d’ici nous a proscrits…
Nous nous retrouverons un jour près d’une brune.
En attendant,
Prenons notre malheur gaîment…
C’est le tambour !
Partons, la nuit est belle ;
Adieu l’amour !
Là-bas, le devoir nous appelle,
C’est le tambour !