Tout de bon, tu vas donc épouser la Donzelle ;
Je ne demande pas si tu la trouves belle ;
Ce serait, mon Ami, te faire un sot discours,
Puisqu’il n’est, ce dit-on, point de laides amours.
Au lieu de me jeter un jour par la fenêtre,
Je souffris que l’on mit à mon col ce chevestre ;
C’est où je tiens encor ; d’où je puis de mon mal
En qualité d’expert dresser procès-verbal…
La femme que j’ai prise est une des meilleures,
Mais toutefois elle a de si mauvaises heures…
Elle est mélancolique et hait tout passe-temps ;
Si parfois elle rit, c’est signe de beau temps ;
Son humeur est fâcheuse et contraire à la mienne,
Mais néanmoins le mal que je lui veux m’avienne…
Tout ainsi qu’un prêcheur, s’il entend le métier,
Sur trois mots de saint Luc fait un sermon entier,
Elle, sur un ruban, sur un linge, une écuelle,
Un mouchoir égaré, bâtit une querelle,
Qui commence au matin et n’achève qu’au soir ;
Mais, si je n’ai payé ce qu’on nomme devoir,
J’ai tué, j’ai volé, j’ai profané le temple.
Or plus elle est pudique, et plus en est gourmande,
Prête à le demander si l’on ne lui demande ;
La Bigote en est là qu’à toute heure elle en veut,
Tellement qu’avec elle on est Jean qui ne peut.
Le malheur de tout temps me suit en toutes choses ;
Je blesserais un homme en lui jetant des roses…
À d’autres tout succède, ils n’ont point de rivaux,
Un lutin fait leur lit et panse leurs chevaux…
J’étais vraiment plus propre à vivre dans un cloître…
Je suis blanc comme un cygne et proche du trépas ;
Mais que j’aille à la cour ? — et que je n’irai pas ! —
Vendre ma liberté pour un méchant dîner,
Et de plus n’oser fuir, me voulût-on berner ;
Cela n’est bon qu’à ceux qui font plus pour leur pance
Qu’un chien de basteleur quand son maître le tance.
Je ne m’habille plus de peur de travailler…
Et ce qui m’a rendu tardif à la besogne,
C’est que je vois qu’un sot sur mes vers taille et rogne…
Toutes fois je l’excuse, il a droit d’en médire,
Pour ce que sans s’y voir il ne saurait les lire.
Ne travailleront-ils qu’après la comédie,
Qu’ils traitent de haut style et non pas de moyen ;
Représentant Renault au lieu d’un citoyen.
S’il rit, c’est un hasard, et ne rit qu’à demi,
C’est avec un baiser qu’il trahit son ami ;
Plus amateur de bien que Midas ni Tantale,
Je vous le garanty Harpie originale…
Après ses oraisons, est-il hors de l’Église,
À son proche voisin il trame une surprise,
Il cajole sa femme et la prie en bigot
De faire le péché qui fait un homme sot ;
Encor qu’il soit tenu plus chaste qu’Hypolyte
Il est aussi paillard, et plus, qu’un chien d’Ermite.
Surtout habile à prendre et le temps et le lieu
Propres à demander la pièce du milieu.
Elle, qui le croit saint, afin de lui complaire
Et croyant mériter, le laisse humblement faire.
Des vieux rimeurs c’est toi qui redores les tombes.
Tes mains, avec amour, en sculptent le portail ;
La Reine Marguerite y tient son éventail,
L’œil rieur et penché sur un nid de colombes.
Sous ton fer, Marius, comme au temps des Valois,
Dentelles et fils d’or croisent leurs arabesques.
Ainsi brodait le Djin les boucliers mauresques,
Ainsi l’Elfe estampait les étendards gaulois.
Le Doreur tient son art de la fée ou du gnome.
Des toisons du Maroc il ciselle la peau,
Cellini de notre âge, à son humble escabeau
Des gloires d’un grand siècle il rajeunit le dôme.
Architecte ignoré, — de la foule du moins, —
Comme les ouvriers faiseurs de mosaïques,
Comme nos vieux maçons, bâtisseurs héroïques,
Qui feuillageaient la nef dans la voûte et les joints,
Il creuse avec l’outil l’ogive, l’arc, le cercle.
On dirait qu’un Génie aux doigts de papillon
De ce brillant labour lui trace le sillon ;
Et le livre flambloie orné de son couvercle.
Nos Poëtes, — les saints de gloires et d’amours, —
Ces reliques d’un temps que dédaignent les masses,
À notre nouveau culte auront de lui des châsses
Reluisantes d’onyx, de pourpre et de velours.
Le vieil amour que j’ai pour nos poudreux chefs-d’œuvre
Te doit grâce et louange, Artiste au burin d’or.
Embaume ces débris ; sauve-nous ce trésor
Qui veut des soins d’apôtre et non pas de manœuvre.
Sous ton fer, Marius, comme au temps des Valois,
Dentelles et fils d’or croisent leurs arabesques.
Ainsi brodait le Djin les boucliers mauresques,
Ainsi l’Elfe estampait les étendards gaulois.