Il accourt, il approche, il arrive !
Ah ! que ma joie est vive !
Il accourt, il approche, il arrive,
Merci, mon Dieu, merci !
Il accourt, il approche, il arrive,
M’apprend cette missive !
Il approche, il accourt, il arrive,
Mais qui donc vient ici ?
Il accourt, il approche, il arrive,
M’apprend cette missive.
Il accourt, il approche, il arrive,
M’apprend ce billet-ci,
Après ça, qu’il arrive,
Quel bonheur !
Merci, mon Dieu, merci.
Mon père, expliquez-moi cette circulaire !
La chose est bien claire
Sur l’honneur !
Vous voilà joyeux,
Si j’en crois vos yeux ;
Vous voilà joyeux,
Tout est pour le mieux.
Que l’on prépare, vite, vite,
Tout ici pour le recevoir :
Mais quel est l’homme de mérite,
Mon père, que nous allons voir ?
Oui ! oui ! oui ! oui ! oui !
Qui ? qui ? qui ? qui ? qui ?
Mais lui ! le signor Fagotto !
Qui, Fagotto ? qui, Fagotto ?
Le grand, l’illustre maestro,
Qui nous arrive incognito.
Il accourt, il approche, etc.
Je veux que ma fille
Par ses talents brille,
Qu’à son professeur
Elle fasse honneur.
Il faut qu’une fille
Par ses talents brille,
Qu’à son professeur
Elle fasse honneur.
Je n’aime pas que l’on m’écoute,
Cela, me gêne en travaillant.
Oui, cela vous gêne sans doute
Qu’on vous écoute en travaillant,
Mais je m’amuse en vous écoutant !
Mon cher papa, ne vous déplaise
Seule on est bien mieux à son aise
Oui, seule on travaille à son aille…
Allons, il faut que je vous donne
Votre leçon.
A vos conseils je m’abandonne.
Quoi ! tout de bon.
Ne suis-je pas votre écolière ?
Ah ! si j’osais…
Je sais bien de quel ton, ma chère,
Je chanterais !
Dans votre voix, plus de tendresse.
A mon maitre il faut obéir.
D’où vous vient cet air de tristesse ?
Hélas ! je ne saurais mentir,
Sachez le dessein de mon père,
A Caramello l’antiquaire,
Sans plus tarder, il veut m’unir.
A cette cruelle disgrâce,
Rien n’est égal.
Faudra-t-il donc céder la place
A ce rival ?
Il prétend vous prendre pour femme.
Ah ! si J’osais !
A lui, je sais bien quelle gamme
Je chanterais.
Ah ! prenez garde, car sans doute,
De sa chambre, mon père écoute.
Je n’entends rien !
Je n’entends rien ! Nous chantions bas.
Pour que vous ne vous coupiez pas.
Do, si, la, do, si, la, la.
Do, si, la.
Ah ! c’est très-bien,
Je n’ai plus rien
A dire.
Je me retire,
Je suis à deux pas,
Ne vous gênez pas.
Solfions bien
Pour qu’il n’ait rien
A dire,
Ah ! quel martyre,
Mais causons plus bas,
Qu’il n’entende pas.
A la beauté dont mon âme est ravie,
Rien ne saurait se comparer.
Plutôt cent fois perdre la vie
Que de cesser de l’adorer.
Que parlez-vous de l’adorer ?
Je viens d’entendre : l’adorer.
Nous solfions !
Nous solfions ! Oui, je solfie.
La, do, ré
La, do, ré !
Ah ! mais, avec vos ré, ré, fa ré,
Je vous trouve l’air effaré.
C’est que c’est l’air…
C’est que c’est l’air… Ré, ré, fa, ré.
Ah ! c’est très-bien, etc.
Solfions bien, etc.
Quand j’achète fruit ou légume
Et gibier de poil et de plume,
Je reste longtemps à choisir !
L’homme est moins facile à connaitre,
Et vous prétendiez peut-être
Que l’on vous prit sans réfléchir ?
Vous êtes trop bête,
Voyez cette tête,
Quoi, ce monsieur-là
Croit qu’on l’aimera.
Modérez, de grâce,
Ces folles ardeurs,
Voyez-vous en face
Et cherchez ailleurs.
Il n’est pas besoin, pour me plaire,
D’être un homme extraordinaire,
D’esprit et de talents pétri ;
Mais j’exige, au moins, et pour cause,
Qu’on en ait suffisante dose,
Et même pour faire un mari :
Vous êtes trop bête, etc., etc.
Compositor mouzicien,
Dans l’art de sarmer les oreilles,
Véritable mazicien,
Mes opéras sont des merveilles.
Regardez-moi bien,
Ça ne coûte rien.
Touchez mon casque et mon manteau,
Je souis le signor Fagotto,
Je souis l’illustre Fagotto.
Dans la musique imitative,
Je suis surtout
D’une force superlative
J’imite tout,
Tout, tout, tout, tout.
Peins-je une scène d’intérieur ?
C’est là que je souis supérieur.
Vi dire tout ce que z’imite,
Le coq, le çien et le matou !
Je vous fais çanter la marmite,
Z’imire la cuisson du çou !
Z’imite même l’acazou.
Compositor mousicien, etc.
D’un opéra que j’ai conçu,
Je vous apporte un aperçu,
Œuvre admirable et saisissante ;
En voici les rôles entiers.
Le dernier acte représente
L’école des arts et métiers.
On les entend tous à la fois :
C’est l’un qui scie un cent de bois.
Un autre, la varlope en main,
Accompagne ainsi son refrain.
Un feu d’artifice au final
Couronne ce bruit infernal.
On entend les fusées,
Les voyez-vous lancées ?
Et les soleils en feu,
Écoutez-les un peu.
C’est ravissant,
Eblouissant,
Assourdissant,
Etourdissant.
Compositor mouzicien, etc.
Nous voilà seuls, vive le tête à tête,
Pour s’expliquer en liberté.
Quand jé té vis, charmante déité,
Ze me souis dit : Ah ! mon affaire est faite !
Si j’étais simple soubrette,
Vous ne m’en diriez pas tant.
Si vraiment,
Tout autant.
Quoi ! vraiment, je pourrais vous plaire ?
Même si j’étais cuisinière.
Cuisinière !
Tant de grâce,
Teint vermeil,
Qui dépasse
Le soleil,
L’étincelle
De tes yeux
Éteint celle
De mes feux.
Cuisinière,
Cordon bleu,
Je suis fière
D’être au feu !
Qui rissole ?
C’est le four ;
Qui console ?
C’est l’amour.
En musique.
En ragoûts,
Ze m’explique
Tous les goûts ;
Dis, quel homme
N’aime les
Pois qu’on nomme
Flazeolets ?
Vos paroles
Valent mes
Casseroles,
Je le sais !
Par cet homme,
Mon cœur pris
Se sent comme
Sur le gril.
Ah ! tiens, femme sensible,
Tu viens de m’embraser.
M’éteindre est impossible,
Je voudrais t’épouser.
En musique, on commence andante,
Et pouis, s’echauffant un poco.
On souit une marche croissante
Qui vous mène à l’allegretto
Que couronne alors le presto !
Presto ! presto !
Prestissimo !….
Chanter la musique,
Non, rien n’est plus doux,
Art divin, magique,
Qui nous çarme tous.
Çantons-la toujours,
Çantons mes amours.
Chanter la cuisine,
Non, rien n’est plus doux,
Science divine
Que nous aimons tous.
Chantons-la toujours,
Chantons mes amours.
Oïa ! Oïa !
Esbroufalaïa !
Poluflamboïos !
Télétalassos !
Pamegredossa !
Télétalassa !
La nymphe aux yeux glauques
Apprit ces vers légers
Aux bergers,
Qui, de leurs voix rauques,..
Ont depuis chaque été
Répété…
Oïa ! oïa !
Ah ! que c’est beau ! bravo ! bravo !
Voilà du rare et du nouveau.
Mais, c’est affreux !
Mais, c’est affreux ! Perds-tu les sens ?
Des accents
De mil huit cents ans.
Bravo ! bravo !
C’est du nouveau.
C’est du Pindare.
C’est du barbare.
Que dites-vous ?
Que dites-vous ? Mon sentiment,
Ze me fice bien du classique
Sur les instruments de mousique.
Voici mon avis, carrément.
Les instruments à corde,
Sont pis qu’ ceux à tuyau,
Basses, lyr’s, tétracordes,
Tout ça, c’est du boyau.
La harpe des d’moiselles,
Le violon charmant,
Pour moi, c’est des ficelles,
Voilà mon sentiment.
Rien de mieux, de plus beau
Qu’ les instruments en peau,
Et boum ! et boum ! et boum !
En musique,
Et boum ! et boum ! et plan !
Rataplan.
Rien comme effet physique,
N’est plus beau
Qu’ les instruments en peau.
Et boum ! et boum ! et boum !
Et ran ! plan ! plan !
Voilà de la musique !
Et boum ! et boum ! boum !
Et ran ! plan ! plan !
Qui n’ reste pas en plan.
L’instrument à vent ronfle,
Souffler n’est pas zouer ;
Il vous rend laid, vous gonfle,
Il faut le sécouer.
Il serait bon, peut-être,
S’il n’était constamment
Altéré comme son maître,
Voilà mon sentiment.
Rien de mieux, de plus beau
Qu’ les instruments en peau, etc.
Messieurs, par un ensemble,
Pour finir bruyamment,
Il faudrait, ce me semble,
Vous joindre à nous gaiment.
La nature si sage,
En nous donnant deux mains
Vous offre à cet usage
Deux instruments romains.
Ah ! bravo !
Ah ! brava !
Quand baisse le rideau
Rien n’est plus mélodique
Que le bruit d’un bravo !
Rien ne vaut,
En musique,
Cet écho sympathique :
Brava ! brava ! brava !
Le nouveau ni l’antique
N’ont rien qui vaille ça :.
Ah ! brava !