Par un soir de grand deuil, de tous les bords de l’île,
Vers l’église on les vit s’avancer à la file ;
Chacune elles avaient leur chapelet en main,
Lentement égrené par le triste chemin ;
Jusqu’à terre à longs plis pendait leur cape noire,
Mais leur coiffe brillait blanche comme l’ivoire.
Et c’était en Léon et dans l’Île-de-Batz,
L’île des grands récifs et des sombres trépas,
Où les sillons des champs sont creusés par les femmes,
Tandis que leurs maris vont sillonner les lames :
Au tomber de la nuit, dans ce funèbre lieu,
Ces femmes allaient donc vers la maison de Dieu.
II
« Pleurez, veuves ! de pleurs inondez cette argile !
Nos pères et nos fils ne viendront plus dans l’île :
« Dans la couche éternelle, on ne voit pas chez nous
Les femmes reposer auprès de leurs époux ;
« Mais pour garder leurs noms, apprenez-nous, ô veuves,
S’il n’est plus dans ce champ bénit de places neuves. »
IV