CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaGuy de Maupassant

Guy de Maupassant · Modernismo

Histoire du vieux temps

francés

UN VALET, annonçant.

Et toujours tant de buts, tant d’amours à poursuivre !

Nous autres, il nous faut de la gaieté pour vivre ;

La tristesse nous tue, elle s’attache à nous

Comme la mousse à l’arbre épuisé. Voyez-vous,

Contre ce mal terrible il faut bien se défendre.

Et puis, tantôt, d’Armont est venu me surprendre

Nous avons remué la cendre des vieux jours,

Parlé des vieux amis et des vieilles amours ;

Et, depuis ce moment, comme une ombre incertaine,

Je revois s’agiter ma jeunesse lointaine.

Aussi je suis venu, tout triste et tout blessé,

M’asseoir auprès de vous, et parler du passé.

la marquise.

Avec plus d’un mari ; car une belle dame,

Un soir que nous causions, m’a raconté, tout bas,

Que tous les cœurs sauraient au seul bruit de vos pas.

Si l’on ne m’a menti, vous avez été page,

Grand coureur de ruelle et faiseur de tapage ;

Et vous avez dormi quatre mois en prison

Pour un certain manant pendu dans sa maison,

Lequel avait, dit-on, femme jeune et jolie.

La femme d’un manant, comte, quelle folie !

Quatre mois en prison pour cela ! C’eût été

Dame de haute race et de grande beauté,

Soit… — Voyons, trouvez-moi quelque galante histoire

De grande dame ; amour romanesque, et l’armoire

Classique où le mari, dans ses retours subits,

Surprend l’amant transi parmi les vieux habits.

le comte

Quand je vins à la Cour j’étais sentimental ;

J’ouvris bientôt les yeux ; le réveil fut brutal

Par exemple. J’aimai, j’aimai la toute belle

Comtesse de Paulé. Je la croyais fidèle.

Je la surpris, un soir, aux bras d’un autre amant ;

J’en eus le cœur brisé, marquise, et sottement

Je la pleurai deux mois ! Mais la Cour et la Ville

Ont bien ri. Cette engeance est envieuse et vile,

Siffle les malheureux, applaudit au succès ;

J’étais trompé, j’avais donc perdu mon procès.

Pourtant, bientôt après, j’eus une autre maîtresse ;

Mais nous logions encore à deux dans sa tendresse.

L’autre était un poète. Il lui tournait des vers,

L’appelait fleur, étoile, astre de l’univers,

Et je ne sais quels noms. Je provoquai le drôle ;

C’était un bel esprit, il resta dans son rôle ;

Trop lâche pour se battre, il fit un plat sonnet…

Et l’on en rit encor, me traitant de benêt.

La leçon, cette fois, mit un terme à mes doutes,

Je cessai d’en voir une, et je les aimai toutes.

Or je pris pour devise un dicton très ancien :

« Bien fol est qui s’y fie » — et je m’en trouvai bien.

la marquise.

Entre nous, que la femme est une enfant gâtée.

On l’a trop adulée, et surtout trop chantée.

Ses flatteurs attitrés, les faiseurs de sonnets,

Lui versant tout le jour, comme des robinets,

Compliments distillés au suc de poésie,

En ont fait un enfant gonflé de fantaisie.

Aime-t-elle du moins ? Point du tout ; il lui faut,

Non l’amour de vingt ans, et dont le seul défaut

Est d’aimer saintement, comme on aime à cet âge,

Mais un roué ; celui qu’on regarde au passage

Avec étonnement et presque avec respect,

Toute femme s’émeut et tremble à son aspect,

Parce qu’il est, mérite assurément fort rare,

Le premier séducteur de France et de Navarre !

Non qu’il soit jeune, non qu’il soit beau, non qu’il ait

De grandes qualités… rien ; mais cet homme plait

Parce qu’il a vécu. Voilà la chose étrange ;

Et c’est ainsi pourtant que l’on séduit cet ange !

Mais quand un autre vient demander, par hasard,

De quel tribut payer l’aumône d’un regard,

Elle lui rit au nez et demande la lune !

Et, vous le savez bien, je ne parle pas d’une,

Mais de beaucoup.

la marquise

L’âge, de ces douceurs, avait tari la source ;

On était moins ingambe et l’on jeûnait souvent.

Quand un parfum de chasse apporté par le vent

Le frappe, un éclair brille en sa vieille prunelle.

Il aperçoit, dormant et la tête sous l’aile,

Quelques jeunes poulets perchés sur un vieux mur.

Mais renard est bien lourd et le chemin peu sûr,

Et malgré son envie, et sa faim, et son jeûne :

« Ils sont trop verts, dit-il, et bons… pour un plus jeune. »

le comte.

la marquise.

Tout au fond de mon cœur, un très vieux souvenir ;

Et je suis prêt à vous le raconter, marquise.

Mais j’exige de vous une égale franchise,

Caprice pour caprice, et récit pour récit ;

Et vous commencerez.

la marquise.

Un regard échangé qu’il oublia bien vite.

Il s’était dit : « Elle est mignonne, la petite. »

Et cela lui sortit du cœur ; mais Dieu défend

De se jouer ainsi de l’amour d’une enfant !

Ah ! vous trouvez la femme insensible ; elle saute

De caprice en caprice ; allez, c’est votre faute.

Elle pourrait aimer, mais vous l’en empêchez ;

Le premier amour qui lui vient, vous l’arrachez !

Pauvre fille ! j’étais bien folle et bien crédule ;

Mais vous allez trouver cela fort ridicule,

Vous qui raillez l’amour… Longtemps je l’attendis !…

Comme il ne revint pas, j’épousai le marquis.

Mais je confesse que j’aurais préféré l’autre !

J’ai mis mon cœur à nu, découvrez-moi le vôtre

Maintenant.

le comte, souriant.

Et moi leur chef, en tout peut-être une centaine,

Cachés dans les buissons qui contournaient la plaine,

Protégeant la retraite et cédant peu à peu.

Nos hommes, à la fin, avaient cessé le feu ;

Et l’on se dispersait, selon notre coutume,

Quand un soldat soudain, un Bleu, qui, je le présume,

S’était, grâce aux buissons, avancé jusqu’à nous,

Sauta dans le chemin et me tira deux coups

De pistolet. J’ouvris la tête de ce drôle ;

Mais j’avais, pour ma part, deux balles dans l’épaule.

Tout mon monde était loin. En prudent général,

J’enfonçai l’éperon aux flancs de mon cheval.

Alors, à travers champs, et la tête éperdue,

Comme un fou qui s’enfuit, j’allai, bride abattue ;

Tant qu’enfin, harassé, brisé, n’en pouvant plus,

Je tombai, tout en sang, au revers d’un talus.

Mais bientôt, prés de moi, je vis une lumière

Et j’entendis des voix. — C’était une chaumière

Où je heurtai, criant : « Ouvrez, au nom du roi ! »

Et puis, à bout de force et tout midi de froid,

Je m’affaissai, soudain, en travers de la porte.

Suis-je resté longtemps étendu de la sorte ?

Je ne sais ; mais, alors que je repris mes sens,

J’étais dans un bon lit bien chaud ; de braves gens,

Attendant mon réveil avec inquiétude,

S’empressaient, m’entouraient, pleins de sollicitude ;

Et je vis, au milieu de ces lourdauds Bretons,

Comme un oiseau des bois couvé par des dindons,

Une enfant de seize ans ! ah ! marquise, marquise,

Quelle tête ingénue et quelle grâce exquise !

Comme elle était jolie avec ses cheveux blonds

Sous son petit bonnet, si soyeux et si longs,

Qu’une reine pour eux eût donné sa richesse !

Puis elle avait des pieds et des mains de duchesse ;

Si bien que je doutai très fort de la vertu

De sa grosse maman ; j’aurais pour un fétu

Vendu mes droits d’auteur, à la place du père.

Dieu ! Qu’elle était jolie avec sa mine austère

Et pudique ! Et durant quatre nuits et trois jours

Elle ne quitta pas mon chevet ; et toujours

Je la voyais auprès de moi, tantôt assise,

Tantôt debout, lisant dans son livre d’église

Et priant, mais pour qui ? Pour moi, pauvre blessé ?

Ou pour un autre ? Puis, son petit pied pressé

Allait, venait, trottait lestement par la chambre ;

Et puis, de ses yeux clairs et dorés comme l’ambre,

Elle me regardait ; car elle avait un œil

Jaune comme celui de l’aigle, et plein d’orgueil ;

Et même j’éprouvai, quand je vous vis, marquise,

Pour la première fois, une grande surprise,

En retrouvant cet œil et ce regard pareil

Qu’on eût dit éclairé d’un rayon de soleil.

Elle était, sur ma foi, si fraîche et si jolie

Que, presque à mon insu, j’avais fait la folie

De me mettre à l’aimer. Mais voilà qu’un matin

J’entendis le canon gronder dans le lointain.

Mon hôte entra soudain ; tout pâle et hors d’haleine :

« Les Bleus ! les Bleus ! dit-il, ils vont cerner la plaine,

« Sauvez-vous ! » — Cependant j’étais bien faible encor,

Mais je me dépêchai, car le temps pressait fort.

Comme un cheval frissonne au bruit de la trompette,

La fièvre du combat me montait à la tête.

Mais elle, tout de noir vêtue, et comme en deuil,

Quelques larmes aux yeux, m’attendait sur le seuil.

Elle tint l’étrier quand je me mis en selle ;

En galant chevalier je me penchai vers elle,

Et déposai gaiement un baiser sur son front.

Elle se redressa comme sous un affront ;

Un fauve éclair jaillit de sa fière prunelle,

Et rougissant de honte : « Ah ! : Monsieur », me dit-elle.

Certes, elle n’était point ce que j’avais pensé ;

Elle avait trop grand air, et j’avais offensé

Gauchement, lourdement, la noble jeune fille

L’enfant de quelque ancienne et fidèle famille

Que de vieux serviteurs cachaient au milieu d’eux,

Quand le père, avec nous, luttait contre les Bleus.

Ah ! je fis tout d’abord contenance assez sotte ;

Mais j’étais, en ce temps, quelque peu Don Quichotte,

Et tous les vieux romans tournaient le cerveau.

Aussi, de mon cheval, descendant aussitôt

Je fléchis humblement un genou devant elle,

Et je lui dis : « Pardon, pardon, mademoiselle ;

Ce baiser, croyez-moi, car je ne mens jamais,

N’est point d’un libertin ou d’un étourdi, mais,

Si vous le voulez bien, sera de fiançailles.

Je reviendrai, si le permettent les batailles,

Chercher gage d’amour que je vous ai laissé. »

« Soit ! dit-elle en-riant. — Adieu ! mon fiancé. »

Elle me releva ; puis de sa main mignonne

M’envoyant un baiser : « Allez, on vous pardonne,

« Dit-elle, et revenez bientôt, bel inconnu ! »

Et je partis.

la marquise, tristement,

le comte

Il faut qu’il ait trouvé, dans sa course incertaine,

L’autre moitié de lui ; mais le hasard le mène ;

Le hasard est aveugle et seul conduit ses pas ;

Aussi, presque toujours, il ne la trouve pas.

Pourtant, quand d’aventure il la rencontre, il aime.

Et vous étiez, je crois, la moitié de moi-même

Que Dieu me destinait et que je cherchais, mais

Je ne vous trouvai pas, et je n’aimai jamais.

Puis voilà qu’aujourd’hui, nos routes terminées,

Le sort unit, trop tard, nos vieilles destinées.»

Trop tard, hélas, car vous n’êtes pas revenu !

le comte.

Rirait bien qui pourrait nous voir en ce moment !

Relevez-vous ; et pour finir ce vieux roman,

Souvenir du passé qui n’est plus de notre âge,

Tenez, comte, je vais vous rendre votre gage ;

Je ne suis plus fillette et j’ai le droit d’oser.

Elle l’embrasse sur le front. Puis, avec un sourire triste.

Mais il a bien vieilli, votre pauvre baiser.

Sigue explorando

Por su autor
Guy de Maupassant · 3 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← Au Bord de l’EauLecture commentée de « Nuit de Neige » de Guy de Maupassant →

Expediente

Autor
Guy de Maupassant
Título
Histoire du vieux temps
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-histoire-du-vieux-temps--guy-de-maupassant-a430bc
Cita recomendada
Guy de Maupassant, «Histoire du vieux temps», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-histoire-du-vieux-temps--guy-de-maupassant-a430bc.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.