CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaHenri Blaze de Bury

Henri Blaze de Bury · Modernismo

High Life, stances satiriques

francés

I

Souvent trop de naissance gêne,

Il n’est donné

Qu’à peu d’être Julie Angène

Ou Sévigné ;

Pour être Eléonore d’Esté,

Il faut beaucoup :

La dignité, le ton, le geste,

Et puis le goût !

Pour le goût, je sais qu’on s’en pique

Jusqu’au travers ;

On peint, on aime la musique,

On fait des vers ;

On a clartés sur toute chose ;

Grands et petits,

Tous les noms servent à la glose,

Au cliquetis ;

On tient pour œuvre obligatoire

D’aller s’asseoir,

Le dimanche, au Conservatoire

En velours noir.

Ce n’est pas que le sacrifice

N’ennuie un peu ;

Mais on va là comme à l’office,

Pour le bon Dieu !

Quant au diable, c’est autre histoire ;

A celui-là,

Tous les honneurs, toute la gloire,

Tout le gala !

C’est lui qu’on veut, qui vous attire,

Son art à lui

Au moins n’a rien de la satire,

Ni de l’ennui,

Il est aimable, il est bon prince ;

A tout moment,

Il vous prend la taille et la pince

D’un air charmant.

Beethoven et ses symphonies,

Gluck et Mozart,

Tous ces héros, tous ces génies,

Tout ce grand art,

Il faut au sérieux les prendre,

Les écouter,

Faire semblant de les comprendre,

Les respecter !

Car ils vous respectent eux-mêmes,

Et de si haut !

Ils ont tant ces grâces suprêmes

Du comme il faut,

En leur présence olympienne

Que force est bien

De se montrer patricienne

Dans son maintien !

Mais parlez-moi de ces théâtres

Un peu lointains

Où florissent les jeux folâtres

Et clandestins,

Où, quand le monde un soir vous livre

La liberté,

Vite on court s’amuser et vivre

De son côté !

L’époux allume son cigare,

Et sort à pied ;

Au clavier, où sa main s’égare,

Elle s’assied,

Joue un moment à l’aventure,

Puis tout d’un trait

Sonne, demande une voiture,

Et disparaît !

Dans son cachemire roulée,

Cachée à tous,

Elle vole, ardente, affolée,

Au rendez-vous.

Le spectacle est le point de mire,

L’attrait public ;

On va voir les Turcs, on va rire

A Chilpéric !

La Princesse de Trébizonde

Et les Brigands,

Où trouver des airs en ce monde

Plus élégans ?

C’est frais et pur comme la brise,

Et si badin,

On se croirait presque à Venise,

Dans ce jardin

Que hantent Jessica la brune

Et son amant,

Tandis que sur les fleurs la lune

Dort mollement,

Et que parmi les aubépines,

Et les jets d’eau,

Au grincement des mandolines,

Chante un rondeau !

Oh ! la musique honnête et douce,

L’heureux concert !

Des violettes plein la mousse,

Le ciel ouvert,

Un couple amoureux qui soupire

A l’unisson !

J’en sais qui préfèrent Shakspeare

Et sa chanson ;

Mais il faut être de son âge,

L’âge est si grand !

On est lancée, il faut qu’on nage

Dans le courant.

Eh bien ! non, on vous calomnie,

Non, vive Dieu !

Cette honteuse Polymnie

De mauvais lieu

Ne vous a point si fort séduites ;

Non ! tout cela

Ne vous plaît point tant que vous dites :

Le vice est là

Plus que le méchant goût encore,

Et c’est raison

De s’écrier, comme le More :

« Corruption ! »

Car cet art, sans qu’on en convienne

A haute voix,

Unit Clitandre à Célimène,

En tapinois ;

Il est bon diable et bon apôtre,

Fait des métiers

Que certes ne ferait pas l’autre

Si volontiers !

Il a des loges fort proprettes,

Qui, se grillant,

Cachent aux foules indiscrètes

Belle et galant ;

Et tandis qu’il mène sa fête,

Et nous rend sourds,

On est tout à son tête-à-tête,

A ses amours !

Amours d’un soir, délice extrême,

Rire effronté,

Qui trouve en son audace même

L’immunité !

Ainsi, plusieurs fois par semaine,

Voyez le jeu,

Ce beau spectacle vous ramène

Au même lieu.

Toujours la même drôlerie

Pour s’égayer,

La même loge, où seul varie

Le cavalier.

Mais celui-là disons qu’il change

Comme un vrai truc !

Avant-hier un agent de change,

Ce soir un duc,

Et demain, ô secret des choses

Et de l’amour !

Demain, le pître en maillots roses

Aura son tour !

II

Avez-vous vu, dans une illustre fresque,

Ce violoneux

De Hans Holbein, — un squelette grotesque,

Louche et cagneux ?

Debout à l’œuvre et raclant son vieux sistre,

La tête en eau,

Il exécute un rigodon sinistre

Sur son tonneau.

Tout à l’entour l’humanité s’agite

Éperdument,

Chacun se hâte, abandonnant son gîte,

Vers l’instrument.

Rustre, bourgeois, empereur, fille et dame,

Moine, valet,

Les voilà tous plongés de corps et d’âme

Dans ce ballet.

« Trémoussez-vous, cavaliers, à vos belles !

Changeons le pas ! »

Et la duchesse au commis des gabelles

Tend ses beaux bras !

Et la jeunesse au béquillard se livre,

Et la vertu

Laisse sa coiffe aux mains d’un lourdaud ivre,

Qui lui dit : Tu !

Et plus rapide en son entrain féroce,

Plus furibond,

Le rigodon butte contre une fosse,

Et roule au fond.

Criant, hurlant, à l’horrible débâcle,

S’ouvre l’enfer,

Sur son tonneau le ménétrier racle

Toujours son air.

Danse des morts, macabre sarabande,

Vos temps ont fui ;

Il semble encor pourtant qu’on vous entende

Presque aujourd’hui !

Le violoneux de la fresque de Bâle,

Si par hasard

C’était aussi cette muse banale,

Cet affreux art

Qui flétrit tout à son immonde haleine,

Gouverne tout,

Entremetteur, sur sa tonne d’or pleine

Toujours debout,

Réunissant dans une ligue indue,

Dans un tripot,

La grande dame et la fille perdue,

Qui parle argot !

Chassez, croisez, superbes perverties,

Fusionnez ;

Ne cachez plus vos belles sympathies,

Tourbillonnez !

Distinction, classes et rang, vieux rêve

Mystifiant ;

Il n’est ici rien que des filles d’Eve

Communiant !

Le violoneux sur son tonneau fait rage,

Trémoussez-vous,

Dansez, Willis, chantez avant l’orage,

Le ciel est doux ;

Au bois déjà poussent les anémones ;

Multipliez,

O blanches sœurs, échangez vos couronnes

Et vos colliers,

Enlacez-vous dans la même guirlande,

Vivez, tout fuit,

Et c’est la loi que toujours on s’amende

Quand vient la nuit.

La nuit pour vous sera morne et livide,

Et je vous plains,

Nul idéal pour combler ce grand vide

Des cœurs éteints !

Lourde en ces temps pèsera l’atmosphère,

J’en jurerais,

Nul souvenir du bien qu’on a pu faire,

Ennuis, regrets !

Car vous n’aurez à ces heures maussades,

Sous l’œil de Dieu,

Que l’écho sourd des lointaines cascades,

Et c’est trop peu !

HENRI BLAZE DE BURY.

Sigue explorando

Por su autor
Henri Blaze de Bury · 12 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← Franz CoppolaIturiel →

Expediente

Autor
Henri Blaze de Bury
Título
High Life, stances satiriques
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-high-life-stances-satiriques--henri-blaze-de-bury-b83973
Cita recomendada
Henri Blaze de Bury, «High Life, stances satiriques», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-high-life-stances-satiriques--henri-blaze-de-bury-b83973.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.