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Henri de Latouche · Romanticismo

H. de Latouche

francés

Fille des vieux rochers, onde claire et rapide,

Source qui n’as jamais, sur tes bords escarpés,

Vu les enfants des arts de leur gloire occupés,

Ni le peintre essayer les crayons historiques,

Ni le barde chercher sous quels gazons rustiques

Dorment les oppresseurs que la ronce a couverts,

Jamais ton nom français n’a brillé dans un vers !

Quoi ! jamais ? Dédaigneux de ton humble mémoire,

La lyre ou les pinceaux n’apprendront à la gloire

Quel nom te fut cherché dans les antres profonds,

Dans les flots écunieux, dans les gouffres sans fonds,

Ton nom mystérieux : la Creuse ?

Oh ! vers nos rives

Ramenez sans dédain vos traces fugitives,

Orgueilleux voyageurs qui, par d’âpres chemins,

Vous ouvrez l’Helvétie ou les tombeaux romains ;

Enchaînez votre amour sous le ciel bleu des Gaules.

Rome, j’ai vu le Tibre : et là-bas, sous des saules,

Du fleuve paternel que les bords sont plus beaux !

Heureux qui, vers le soir, errant sur nos coteaux,

Réveillera le vol de la plaintive orfraie.

Verra fuir l’écureuil sous la châtaigneraie,

La lune sur nos buis endormir sa blancheur.

Plus loin trembler dans l’eau les torches du pêcheur :

Puis, l’aube ranimant nos fleurs et nos ruines,

Les pâtres suspendus sur le flanc des collines ;

Remonter la rosée entre ces arbres noirs,

£t le milan qui plane au fond des vieux manoirs.

Ô génie inconnu ! poète que j’implore,

Pour trouver des accents que l’avenir honore,

De nos chastes vallons viens consulter les fleurs,

Famille aux doux parfums, peuple aux mille couleurs ;

Viens parcourir ces monts qui jamais sur les ondes

N’ont vu fuir en vaisseaux leurs forêts vagabondes…

Oh ! viens rendre à nos bords l’amour des pèlerins.

Là, la vieille romance a gardé ses refrains ;

Là, le fier laboureur redit encor la honte,

La fuite des Anglais que la Creuse raconte ;

Et quand, le front paré de grâce et de rougeur,

La jeune fille aura pour l’errant voyageur

Etendu son manteau sur nos âpres rivages,

Apaisé de son chien les aboîments sauvages,

Elle te redira les récits d’alentour,

Et les vieux fabliaux de terreur et d’amour.

Là, sous les hauts noyers, près de la chènevière,

Écoute des hameaux l’aïeule filandière :

« Ne passez point, mon fils, si le ciel n’est serein,

Près du pont de Glénis et des Piles d’airain ;

Car c’est là, voyez-vous, (jue de ce roc sauvage

S’élance le sorcier qui monte sur l’orage. »

Sous notre doux soleil, ému par ses rayons,

Viens du barde écossais surpasser les crayons.

Essayer de rapprendre aux pâtres des cabanes

Les noms des Lusignan, des Coucy, des Chabannes,

Vous, surtout, nom si cher au peuple des hameaux,

Jeanne d’Arc, dont le sang teignit ces nobles eaux.

Viens, viens frapper ces flots des éclairs de la lance,

Des accents du clairon peupler le vieux silence ;

Sur ces rocs si longtemps consacrés au repos,

Faire éclater la guerre et flotter les drapeaux.

On verra, des hauteurs de ce Rocher-qui-tremble,

Le vaincu, le vainqueur, lutter, tomber ensemble ;

Et quand des flots sanglants surgira le vainqueur,

Les échos rediront et France et Jacques Cœur.

Heureux, ô du talent puissance que j’envie !

Heureux qui peut, fidèle à son humble patrie,

Lui rendre en des écrits de l’oubli triomphants

Quelque lustre emprunté du nom de ses enfants !

V

Seul roi, seul habitant des foyers entr’ouverts,

Le lézard au soleil livrer ses anneaux verts.

Quand la fleur de Noël, au fond de nos vallées,

Frémira sous le dard des premières gelées,

Nous irons de l’automne entendre encor la voix ;

Fouler d’un pied rêveur la couronne des bois ;

Près des flots jaunissants, sur le roc séculaire,

Voir passer des corbeaux le vol triangulaire.

Observer quel orage emprunte leur essor.

Ou les jette un moment sur ces paillettes d’or

Qu’enflamme le matin sur la rive opposée ;

S’encliaînant d’arbre en arbre et blanchis de rosée,

Admirer ces trésors, ces fils mystérieux

Qu’aurait tissus la Vierge et qui tombent des cieux.

Là, sur cette contrée obscurément heureuse

Et du monde oubliés, nous dirons à la Creuse :

— Le bonheur était là, près du même rocher

D’où nous étions tous deux partis pour le chercher.

Source vierge, âme errante en ce vallon tranquille.

Ne va point à la mer, ne va point à la ville.

À la ville ? Tes flots voudraient-ils, dans leur cours,

Désaltérer l’esclave ou le tyran des cours ?

À la mer ? Quoi ! ton onde et si douce et si claire

Apprendrait à mugir et deviendrait amère ?

Qui, toi, porter la crainte aux pâles matelots !

Enferme en nos déserts tes destins et tes flots :

Reste avec deux amis ; longtemps leur paix profonde

Verra tes bords en fleurs et le ciel dans ton onde.

Et peut-être, enchaînant des destins éternels.

Ton cours réfléchira deux tombeaux fraternels.

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Por su autor
Henri de Latouche
Dónde vive
La Biblioteca

Expediente

Autor
Henri de Latouche
Título
H. de Latouche
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-h-de-latouche--henri-de-latouche-1ccc12
Cita recomendada
Henri de Latouche, «H. de Latouche», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-h-de-latouche--henri-de-latouche-1ccc12.html

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