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PoetósferaLa BibliotecaÉdouard Grenier

Édouard Grenier · Modernismo

Grenier Edouard

francés

Je connais sur la terre une bien douce chose

Au cœur blessé,

Un asile où, poudreux, le voyageur repose

Son pied lassé ;

Une source qui fuit de son bassin de mousse

À flots égaux,

Où la lèvre peut boire avec l’eau fraîche et douce

L’oubli des maux.

Je sais un doux parfum, un baume salutaire,

Rayon d’avril

Que l’ange même envie aux enfants de la terre,

Dans leur exil.

Eh bien ! le doux parfum, l’eau fraîche, le dictame,

L’asile sur

C’est pour un cœur souffrant une amitié de femme

Où tout est pur.

I

V

J’ai dit aux étoiles :

« Elle est votre sœur,

Et vos yeux sans voiles

Ont moins de douceur

Que dans sa prunelle

L’humide étincelle

Qui lui vient du cœur. »

J’ai dit à la rose :

« Fais-lui des emprunts !

Sa bouche mi-close

Et ses cheveux bruns

Ont si fraîche haleine

Qu’ils passent sans peine

Tes plus doux parfums. »

J’ai dit à la brise

Qui meurt dans les bois,

A l’eau qui se brise

Et chante parfois :

« Sa voix est plus pure

Que votre murmure.

Imitez sa voix ! »

J’ai dit à l’Aurore :

« Ton œil d’Orient

Pourrait être encore

Cent fois plus brillant,

Si tu savais prendre

L’éclat doux et tendre

De son front riant ! »

Le vent aime la fleur ; la fleur, le papillon ;

Le papillon, l’azur ; l’azur, le doux rayon

De l’étoile lointaine ;

L’étoile aime la mer, et la mer, le rocher

Qui reçoit ses baisers sans se laisser toucher

Par l’amour ou la haine.

Hélas ! c’est donc la loi des choses d’ici-bas ?

Et moi, j’adore aussi qui ne m’aimera pas ;

C’est une autre qui m’aime.

Et celle à qui j’aurais voulu donner mes jours

Cherchera loin de moi d’impossibles amours

Qui la fuiront de même.

O vent, fleur, papillon, azur, étoile, mer !

Vous qui souffrez aussi de ce tourment amer,

Puisque je vous ressemble,

Amis de l’infini, frères silencieux,

Venez, rapprochons-nous, aimons-nous sous les cieux,

Consolons-nous ensemble !

O glycine, pâle glycine !

Que j’aime tes rameaux tordus,

Tes fleurs où l’abeille butine,

Et tes longs festons suspendus !

Son feuillage léger décore

Notre vieille et simple maison :

Mais j’ai, pour la chérir encore,

Une autre secrète raison.

Dieu fit d’elle le pur emblème

De la loi du monde moral ;

Car mieux encor que l’homme même

Elle rend le bien pour le mal.

Qu’une main cruelle ou distraite

Brise un de ses rameaux en pleurs ;

Là même où la blessure est faite

Germeront des grappes de fleurs.

Homme ou poète, la glycine

Te donne une double leçon :

Imite sa douceur divine.

Malgré l’injustice sois bon !

Et si ton âme fut brisée

Par le sort ou par les méchants,

De ta douleur cicatrisée

Fais jaillir les fleurs de tes chants !

Je vois chaque matin, au lever de l’aurore,

Deux goélands jumeaux, qui planent dans les cieux.

Décrivant au-dessus de la vague sonore

La courbe de leur vol calme et silencieux.

Lentement dans l’éther que la lumière dore,

Ils glissent d’un essor pareil, insoucieux

De ces pauvres humains qui s’éveillent encore

Pour reprendre leur joug et tirer leurs essieux.

Mais eux, montant toujours plus haut dans la lumière,

Ils ont su conserver la liberté première,

Ils n’ont d’autres soucis que d’ouvrir l’aile aux vents ;

Leur solitude à deux est limpide et profonde ;

Ils s’aiment en planant loin des bruits de ce monde…

Comme je vous envie, ô pâles elkovans !

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Por su autor
Édouard Grenier · 2 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← 1876 — Helvétia

Expediente

Autor
Édouard Grenier
Título
Grenier Edouard
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-grenier-edouard--edouard-grenier-f9365d
Cita recomendada
Édouard Grenier, «Grenier Edouard», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-grenier-edouard--edouard-grenier-f9365d.html

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