Je connais sur la terre une bien douce chose
Au cœur blessé,
Un asile où, poudreux, le voyageur repose
Son pied lassé ;
Une source qui fuit de son bassin de mousse
À flots égaux,
Où la lèvre peut boire avec l’eau fraîche et douce
L’oubli des maux.
Je sais un doux parfum, un baume salutaire,
Rayon d’avril
Que l’ange même envie aux enfants de la terre,
Dans leur exil.
Eh bien ! le doux parfum, l’eau fraîche, le dictame,
L’asile sur
C’est pour un cœur souffrant une amitié de femme
Où tout est pur.
I
V
J’ai dit aux étoiles :
« Elle est votre sœur,
Et vos yeux sans voiles
Ont moins de douceur
Que dans sa prunelle
L’humide étincelle
Qui lui vient du cœur. »
J’ai dit à la rose :
« Fais-lui des emprunts !
Sa bouche mi-close
Et ses cheveux bruns
Ont si fraîche haleine
Qu’ils passent sans peine
Tes plus doux parfums. »
J’ai dit à la brise
Qui meurt dans les bois,
A l’eau qui se brise
Et chante parfois :
« Sa voix est plus pure
Que votre murmure.
Imitez sa voix ! »
J’ai dit à l’Aurore :
« Ton œil d’Orient
Pourrait être encore
Cent fois plus brillant,
Si tu savais prendre
L’éclat doux et tendre
De son front riant ! »
Le vent aime la fleur ; la fleur, le papillon ;
Le papillon, l’azur ; l’azur, le doux rayon
De l’étoile lointaine ;
L’étoile aime la mer, et la mer, le rocher
Qui reçoit ses baisers sans se laisser toucher
Par l’amour ou la haine.
Hélas ! c’est donc la loi des choses d’ici-bas ?
Et moi, j’adore aussi qui ne m’aimera pas ;
C’est une autre qui m’aime.
Et celle à qui j’aurais voulu donner mes jours
Cherchera loin de moi d’impossibles amours
Qui la fuiront de même.
O vent, fleur, papillon, azur, étoile, mer !
Vous qui souffrez aussi de ce tourment amer,
Puisque je vous ressemble,
Amis de l’infini, frères silencieux,
Venez, rapprochons-nous, aimons-nous sous les cieux,
Consolons-nous ensemble !
O glycine, pâle glycine !
Que j’aime tes rameaux tordus,
Tes fleurs où l’abeille butine,
Et tes longs festons suspendus !
Son feuillage léger décore
Notre vieille et simple maison :
Mais j’ai, pour la chérir encore,
Une autre secrète raison.
Dieu fit d’elle le pur emblème
De la loi du monde moral ;
Car mieux encor que l’homme même
Elle rend le bien pour le mal.
Qu’une main cruelle ou distraite
Brise un de ses rameaux en pleurs ;
Là même où la blessure est faite
Germeront des grappes de fleurs.
Homme ou poète, la glycine
Te donne une double leçon :
Imite sa douceur divine.
Malgré l’injustice sois bon !
Et si ton âme fut brisée
Par le sort ou par les méchants,
De ta douleur cicatrisée
Fais jaillir les fleurs de tes chants !
Je vois chaque matin, au lever de l’aurore,
Deux goélands jumeaux, qui planent dans les cieux.
Décrivant au-dessus de la vague sonore
La courbe de leur vol calme et silencieux.
Lentement dans l’éther que la lumière dore,
Ils glissent d’un essor pareil, insoucieux
De ces pauvres humains qui s’éveillent encore
Pour reprendre leur joug et tirer leurs essieux.
Mais eux, montant toujours plus haut dans la lumière,
Ils ont su conserver la liberté première,
Ils n’ont d’autres soucis que d’ouvrir l’aile aux vents ;
Leur solitude à deux est limpide et profonde ;
Ils s’aiment en planant loin des bruits de ce monde…
Comme je vous envie, ô pâles elkovans !