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PoetósferaLa BibliotecaGustave Le Vavasseur

Gustave Le Vavasseur · Modernismo

Fabliau (Le Vavasseur)

francés

Pierre était un bûcheron

Qui n’avait que sa cognée

Et tous les ans environ

Ajoutait à sa lignée.

Ni plus ni moins ignorant

Que sa femme Marguerite,

Il n’était ni gros ni grand

Ni travailleur émérite.

Il faisait mince fagot,

Il gagnait salaire mince

Et pour allaiter un prince

On n’eût pas choisi Margot ;

Aussi le père et la mère

Restaient sur leurs appétits

Pour donner, dans leur misère,

La becquée à leurs petits.

Comme ils buvaient de l’eau claire

Bien souvent à leurs repas,

La femme était débonnaire

Et l’homme ne jurait pas.

Ils s’aimaient sans propos fades

Et sans deviser d’amour,

Ils vivaient au jour le jour,

Ils n’étaient jamais malades,

Subissaient sans murmurer

Le mauvais temps et le pire,

Ne pensaient jamais à rire

Et ne savaient pas pleurer ;

Leurs enfants, d’esprit semblables

Et de corps peu différents,

Furent tous de pauvres diables

Comme leurs humbles parents.

Ils avaient la tête dure,

L’esprit lent et routinier,

Le cœur rempli de droiture

Et la foi du charbonnier.

Les filles étaient honnêtes ;

Sans argent et sans talents,

Elles n’eurent pour galants

Que leurs maris, bonnes bêtes

Et, sans hanter les savants,

Mirent simplement au monde

Quelques douzaines d’enfants

À la face rubiconde.

Au logis craignant d’avoir

À supporter trop de jeûnes,

À la chasse du pain noir

Les garçons partirent jeunes.

Ils quittèrent demi-nus

Leurs parents ; d’esprit farouche,

Ainsi qu’eux, ils firent souche

De bûcherons ingénus.

Lorsque Pierre et Marguerit

Moururent dans leur taudis,

Leur âme vola de suite

Aux portes du Paradis.

— Entrez, dit monsieur Saint-Pierre,

Entrez, entrez, bonnes gens,

Vous qui fûtes sur la terre

Si simplement indigents,

Qui, sans faire la grimace,

Avec intrépidité

De la rude pauvreté

Avez porté la besace.

Si dur que fut votre pain,

Vous l’avez mangé sans prendre

Celui de votre prochain,

Ni jalouser son pain tendre ;

Sans raisonnement subtil,

Sans chercher de route neuve,

Vous avez subit l’épreuve

Dans les sentiers de l’exil ;

Le ciel est votre royaume,

C’est pour vous qu’il est écrit

« Heureux les pauvres d’esprit ! »

Entrez, femme, entrez bonhomme.

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Autor
Gustave Le Vavasseur
Título
Fabliau (Le Vavasseur)
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-fabliau-le-vavasseur--gustave-le-vavasseur-8c5dce
Cita recomendada
Gustave Le Vavasseur, «Fabliau (Le Vavasseur)», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-fabliau-le-vavasseur--gustave-le-vavasseur-8c5dce.html

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