CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaIsaac de Benserade

Isaac de Benserade · Barroco

Fables d’Ésope en quatrains

francés

VEnez à la leçon, jeunesse vive
 & folle,

Éſope vous appelle à sa riante Écolle :

Les Bestes autrefois parloient mieux que 
les gens,

Et le siecle n’a point de si doctes régens

LE Cocq ſur un fumier gratoit, lors qu’à ſes yeux

Parut un Diamant : Hélas, dit-il, qu'en 
faire ?

Moy qui ne ſuis point Lapidaire,

Un grain d’orge me convient mieux.

UN Loup querelloit un Agneau

Qui ne sçavoit pas troubler l’eau ;

À tous coups l’injuste puissance

Opprime la foible innocence.

LE Rat, et la Grenoüille auprés d’un marécage

S’entretenoient en leur langage :

Le Milan fond sur eux,

Et les mange tous deux.

LE morceau dans la gueule un chien paſſoit à nage,

Et comme à travers l’onde il en eût veû 
l’image,

Pour elle il oublia le corps qu’il laiſſa
 choir.

Où ne nous réduit point l’avidité d’a
voir ?

LEs Animaux disoient, Tous d’un commun accord

Chassons, que les profits soient également nostres :

Mais le Lion prit tout, ne laissant rien aux autres.

Voilà comme on partage avecque le 
plus fort.

LE Cerf & la Brebis eûrent une querelle,

Mais parce que le Loup en eſtoit le témoin,

Elle avoûa la debte, & lors qu’il fut 
bien loin,

Quand on promet par force, on ne doit rien, dît-elle.

LA Gruë ayant tiré de la gorge du 
Loup

Un os de ſon long bec qui le preſſoit 
beaucoup :

Il n’a tenu qu’à moy de vous manger, 
Commere,

Luy dit le Loup ingrat, & c’eſt voſtre ſalaire.

TRansie, & demi-morte eſtoit une
 couleuvre :

Un homme auprés du feu la mit dans
 ſa maiſon,

Qu’en ſuite elle infecta de ſon ingrat
 poiſon.

Ah, quel prix pour une bonne
 œuvre !

L’Asne mauvais plaiſant railloit le
 Sanglier,

Qui d’abord en conceût un dépit effroyable :

Après il en eût honte, & tâcha d’oublier

Qu’il eût grincé les dents contre ce miſerable,

LE Rat de ville eſtoit dans la délicatesse ;

Le Rat des champs vivoit dans la ſimplicité ;

L’un avoit plus de politesse,

L’autre eſtoit plus en seûreté.

LA Corneille excroqua la paſture de l’Aigle,

L’Aigle en rit comme font les magna
nimes cœurs :

Aux petits appartient la fourbe, & dans
 la regle

Il vaut mieux que les Grands ſoient trompez que trompeurs.

LE Renard, du Corbeau loûa tant le
 ramage,

Et trouva que ſa voix avoit un ſon ſi beau,

Qu’enfin il fit chanter le malheureux
 Corbeau,

Qui de ſon bec ouvert laiſſa choir un fromage.

COntre un Lion caduc la rage ſe débonde

Des autres Animaux qui luy furent ſoumis.

C’eſt la plus grand’ pitié du monde

D’eſtre vieux, & d’avoir quantité d’ennemis.

COmperes & voisins assez mal
 aſſortis

À la tentation tous deux ils ſuccomberent,

Car l’Aigle du Renard enleva les petits,

Et le Renard mangea les Aiglons qui
 tombèrent.

L’Asne flatta ſon Maiſtre, & crût qu’il feroit bien

S’il pouvoit imiter les careſſes du chien ;

Il luy mit lourdement ſes pieds ſur chaque épaule :

La riſpoſte fut prompte, & faite à coups de gaule.

UN Lion prend un Rat, & ne luy 
fait point mal,

En des filets tendus ce Lion s’embaraſſe,

Ces filets ſont rongez par le foible Animal ;

Et le grand du petit reçoit la meſme grace.

L’Hirondelle aux Oiſeaux qui voulurent l’entendre

Dît : Taſchez d’empeſcher la ſemaille du 
Lin,

Elle vous eſt nuiſible, & le projet malin

D’en faire quelque jour des filets pour
 vous prendre.

LE Renard voulut faire à la Gruë un
 feſtin,

Le diſné fut fervi ſur une plate aſſiete,

Il mangea tout, chez luy comme ailleurs 
le plus fin,

Elle de ſon long bec attrapa quelque
 miette.

LE Renard chez la Gruë alla pareillement,

Un vaſe étroit, & long fut mis ſur nape blanche,

De la langue le bec ſe vengea pleinement.

Eſt-il pas naturel de prendre ſa revanche ?

UNe poutre pour Roy faiſoit peu
 de beſogne,

Les Grenoüilles tout haut en murmuroient déja,

Jupiter à la place y mit une Cicogne.

Ce fut encore pis, car elle les mangea.

UN Loup non ſans merveille entra
 chez un Sculpteur,

Il n’y va pas ſouvent une pareille beſte ;

Voyant une ſtatuë, il dit, La belle Teſte !

Mais pour de la cervelle au dedans,
 ſerviteur.

LE Chien dit au Larron qui le vouloit ſurprendre

Par l’apaſt d’un morceau de pain :

Il n’eſt pas queſtion de profit, ni de gain,

Et tu viens moins icy pour donner que
 pour prendre.

LEs Colombes en guerre avecque le
 Milan

Veulent que l’Épervier à leur teſte demeure :

Mais leur condition n’en devient pas
 meilleure,

Ayant un Adverſaire, & de plus un Tiran.

ÀLa Truye en travail le Loup diſoit, Madame,

Si vous voulez, je puis vous ſoulager beaucoup :

Elle qui reconnut l’intention du Loup,

Peſte ſoit de la Sage-femme.

N’Estes-vous pas injuſte autant qu’on le puiſſe eſtre ?

Vous m’aimiez autrefois, & vous m’eſtropiez,

Parce que je n’ay plus ni de dents, ni
 de piez :

Voilà ce qu’un vieux chien reprochoit
 à ſon Maiſtre.

LE vent faiſoit du bruit dans une
 foreſt noire ;

Les Lièvres eurent peur nul ne les pourſuivant :

Je croy, dit l’un d’entr’eux, que ce n’eſt
 que le vent,

Mais nous aurons toûjours de la peine
 à le croire.

OUvre à ta mere, ingrat, peux-tu la méconnoiſtre ?

Dit le Loup au Chevreau, ſe contraignant
 beaucoup :

À la voix, répond-il, vous pourriez fort
 bien l’eſtre,

Mais par la fente on voit que vous eſtes
 le Loup.

LE Mâtin ajourna la Brebis, ils plaiderent,

Malgré ſa bonne cauſe elle eût tort néanmoins :

Le Vautour & le Loup contre elle dépoſerent,

Quelle partie, & quels témoins !

LA coignée à la main, & d’une ame indignée

L’Homme ſuit le Reptile, après il s’en 
repent,

L’invite à revenir : Ma foy, dit le Serpent,

Je ne me fie à vous non plus qu’à la coi
gnée,

OSes-tu bien cacher tes plumes
 ſous les noſtres ?

Dirent les Paons au Geay rempli d’ambition :

Qui s’éleve au deſſus de ſa condition

Se trouve bien ſouvent plus bas que tous 
les autres.

UN Chariot tiré par ſix chevaux fougueux

Rouloit ſur un chemin aride, & ſablon
neux :

Une Mouche eſtoit là préſomptueuſe, & fiére,

Qui dit en bourdonnant, Que je fais de
 pouſſiére !

LA Mouche qui n’eſt pas orgueïlleuſe à demi

Diſoit par vanité, Je ſuis noble, legere,

Et j’ay des traits piquans. Pour moy, dit 
la Fourmi,

Je ne ſuis ſimplement que bonne ménagere.

LE Singe fut fait Roy des autres Animaux,

Parce que devant eux il faiſoit mille ſauts :

Il donna dans le piége ainſi qu’une au
tre Beſte,

Et le Renard luy dit, Sire, il faut de la teſte.

LA Grenouille ſuperbe en vain taſche à s’enfler

Pour atteindre le Bœuf, elle n’y peut
 aller,

Mais en ſimple Grenouïlle au Marais
 élevée

N ’eſt que dans ſon eſpece une groſſe
 crevée.

GUerre entre les Oiſeaux ſanglante, & meurtriere,

Dont pas un ne voulut avoir le démenti,

Mais la Chauve-Souris trahiſſant ſon
 parti,

N’oſa jamais depuis regarder la lumiere.

LA Colombe eſt en proye à l’Epervier ſubtil

Qui dans les mains d’un homme après
 luy-meſme tombe :

Hé que vous ay-je fait ? Pardonnez-
moy, dit-il ;

Hé que vous avoit fait, dit l’autre, la
 Colombe ?

LE Loup ſe voit trahi du Renard ſon Compere,

Qui mene le Berger juſques dans ſon
 repaire ;

Et comme à ce maſſacre il a contribué,

Il hérite du Loup, & puis il eſt tué.

UNe ſuſpenſion d’armes ſe fit jadis

Entre les Loups & les Brebis :

Bientoſt parmi les Loups grand tumulte 
s’éleve,

Comme ſi les Brebis avoient rompu la 
tréve.

LA Foreſt parut indignée

Contre le Bûcheron qui ſon bois deſoloit,

N’en ayant demandé qu’autant qu’il en 
faloit

Pour faire un manche à ſa coignée.

LEs plaiſirs coûtent cher, & qui les
 a tout purs !

De gros raiſins pendoient, ils eſtoient 
beaux à peindre,

Et le Renard n’y pouvant pas atteindre,

Ils ne ſont pas, dit-il, encore mûrs.

QUE tu me parois beau, dît le Loup
 au Limier,

Net, poli, gras, heureux, & ſans inquietude !

Mais qui te péle ainſi par le cou ? Mon colier :

Ton colier ? Fi des biens avec la ſervitude.

COntre le Ventre un jour les membres diſputerent :

En ſon preſſant beſoin nul ne le ſecourut ;

Tous las de Ie ſervir enfin ſe révolterent.,

Et tel à qui ce ventre appartenoit, mou
rut.

DONNE moy, dit le Singe en parlant
 au Renard,

La moitié de ta queuë : Il iroit trop du
 noſtre,

Dit-il, & j’aurois tort ſi je t’en faiſois
 part ;

Ce qui convient à l’un ne convient pas
 à l’autre.

L’Aſne vit le cheval traiſner une
 charuë

Que naguere il voyoit ſi pompeux & ſi fier

Sous un riche harnois éclater dans la ruë :

Des vanitez du monde il faut ſe défier.

LE Cerf dans un ruiſſeau ſe mirant 
autrefois

Trouvoit ſa jambe laide, & ſon bois admirable :

Mais comme les Chaſſeurs preſſoient ce
 miſerable,

Il fit cas de ſa jambe, & mépriſa ſon 
bois.

LE Serpent rongeoit la lime :

Elle diſoit cependant,

Quelle fureur vous anime

Vous qui paſſez pour prudent ?

UN Renard efflanqué voit du Blé
 dans un clos,

S’y gliſſe par un trou menu, leger, alaigre :

Quand ce vint pour ſortir, il ſe trouva 
trop gros ;

La Bellete luy dit, Seigneur, devenez
 maigre,

LE Paon dit à Junon, Par ton divin
 pouvoir,

Comme le Roſſignol que n’ay-je la voix belle ?

N’es-tu pas des Oiſeaux le plus beau, 
luy dit-elle ?

Crois-tu que dans le monde on puiſſe tout avoir ?

UN pauvre Loup eſtoit à la miſericorde

D’un homme à qui quelqu’un des Chaſſeurs demandoit,

L’as-tu veû ? Non, dit-il, & le montra du doigt.

Voilà comme la bouche avec le cœur s’accorde.

LE Merle à l’Oiſeleur qui tendoit ſes filets,

Demande, Que fais-tu ? Je baſtis une
 Ville.

L’Oiſeau s’y prend, & dit : Ha, que je
 m’y déplais !

Et pour des Habitans le fâcheux domicile !

TOus deux au fond d’un Puits taciturnes & mornes,

De s’aſſiſter l’un l’autre avoient pris le parti :

Pour ſortir le Renard ſe hauſſant ſur ſes cornes,

Fit les cornes au Bouc après qu’il fut ſorti.

LE Cheval eſt vaincu par le Cerf, & ſoudain

L’Homme qu’imprudemment à ſon aide il appelle,

Luy met, pour le venger, & la ſelle &
le frein ;

Il eût toûjours depuis & le frein, & la ſelle,

LE Coc craint du Lion & l’Aſne 
eſtoient enſemble,

Du Lion qui paſſoit l’Aſne ſoûtint le 
choc,

Le voilà du Lion le vainqueur, ce luy
 ſemble,

Le Lion le mangea dez qu’il fut loin 
du Coc.

LE Milan une fois voulut payer ſa
 feſte,

Tous les petits Oiſeaux par luy furent 
priez,

Et comme à bien diſner l’aſſiſtance eſtoit 
preſte,

Il ne fit qu’un repas de tous les conviez.

PRÉS du Lion mal ſain les Animaux ſe tiennent

Tous horſmis le Renard : Pour moy je 
n’y vais pas,

De ceux qui s’en vont là, dit-il, je voy
 les pas,

Et ne voy point les pas de ceux qui 
s’en reviennent.

LAsne eſtoit fort malade, & les Loups en cervelle

S’adreſſent à ſon fils : Hé bien, quelle
 nouvelle ?

S’en va-t-il point mourir, ou n’eſt-il 
point mort ? Non,

Vous ne le tenez pas encore, dit l’Aſnon.

UN Chat faiſoit le mort, & prit beaucoup de Rats,

Puis il s’enfarina pour déguiſer ſa mine :

Quand meſme tu ſerois le ſac à la farine,

Dit un des plus ruſez, je n’aprocherois
 pas.

LE Chevreau chanta pouïlle au Loup
 par la feneſtre :

Quoy vous sçavez déja, dit le Loup, comme il faut

Prendre ſon avantage ? Ha, mon mignon,
peut-eſtre

Parleriez vous plus bas ſi vous eſtiez
 moins haut.

LHomme aux yeux du Lion expo
ſe la Statuë

D’un homme qui terraſſe un Lion, & 
le tuë ;

Et comme il s’en prévaut, le Lion dit : Chez vous

Sont Peintres & Sculpteurs, il n’en eſt
 point chez nous.

PArdon, diſoit la Puce : un petit animal

Tel que moy ne ſçauroit faire qu’un
 petit mal.

Vaine excuſe, dit l’Homme, inutile défenſe !

À perſonne il ne faut faire la moindre
 offenſe.

LA Perdrix bien batuë eût un dépit
 extreſme

Que les Cocs peu galans la traitaſſent
 ainſi :

Depuis voyant qu’entr’eux ils en uſoient
 de meſme,

Patience, dit-elle, ils ſe battent auſſi.

ON connoiſt les amis dans les oo
caſions ;

Chere Fourmy, d’un grain ſoyez-moy 
liberale,

J’ay chanté tout l’eſté : Tant pis pour
 vous, Cigale,

Et moy j’ay tout l’eſté fait mes proviſions.

LA Corneille une fois dans la laine
 empeſtrée,

Voltigeoit ſur le dos de la Brebis outrée,

Qui Iuy dit : Tu n’en veux qu’à moy
 parmi nos champs,

Toujours méchante aux bons, toujours
 bonne aux méchans.

PLuralité de Teſtes importune.

Un Serpent en eût ſept, un autre n’en
 eût qu’une ;

Il paſſa : le premier eût de grands embarras.

Un Chef eſt abſolu, pluſieurs ne le ſont
 pas.

UN arbre reprochoit au Roſeau ſa 
foibleſſe :

Il vient un prompt orage, un vent ſoufle ſans ceſſe ;

L’Arbre tombe plûtoſt que de s’humi
lier,

Et le Roſeau ſubſiſte à force de plier.

L’Aſne diſoit au Loup, Je ſuis eſtropié

D’une épine, & voyez de quel air je
 chemine :

Comme à l’Aſne le Loup vouloit tirer l’épine,

L’Aſne au milieu du front luy tire un
 coup de pié.

LE Lievre & la Tortuë alloient pour
 leur profit :

Qui croiroit que le Lièvre eût demeuré
 derriere

Cependant je ne sçay comme cela ſe fit,

Mais enfin la Tortuë arriva la premiere.

UN jour au Porc-Epic diſoit le
 Loup ſubtil :

Croyez-moy, quittez-là ces piquans, ils
 vous rendent

Deſagreable & laid : Dieu m’en garde, 
dit-il,

S’ils ne me parent pas, au moins ils me
 défendent.

LE Renard pris au piege eſtoit mélancolique :

Helas, dit-il au Coc, daignez me ſoulager !

J’ay fouvent mis le deuil dans voſtre
 domeſtique,

Mais qu’il ſeroit honneſte à vous
 de m’obliger.

LE Renard ſe vantoit d’eſtre ſubtil
 & fin ;

Le Chat tout au contraire alloit ſon
 grand chemin :

Les Chiens viennent, le Chat deſſus un
 arbre monte,

Et le Renard s’écrie, Ha, j’en ay pour
 mon compte !

DU Coc-d’Inde le Coc fut jaloux, 
 & crût bien

Qu’il eſtoit ſon Rival, mais il n’en
 eſtoit rien ;

Car il faiſoit la roûë, & libre, & ſans 
affaire,

Pour avoir ſeulement le plaiſir de la faire.

LE Serpent trop civil par une grace
 extreſme

Reçoit le Heriſſon, après il s’en repent :

Sortez d’icy, dit le Serpent ;

L’autre, comme un ingrat, Sortez d’icy
 vous-meſme.

LE Loup dit au Renard, Comment ſe
 peut-il faire

Que tu ſoys dans ce Puits ? C’eſt une
 longue affaire,

Dit l’autre, à m’en tirer fais d’utiles efforts,

Je te conteray tout quand je ſeray dehors.

UN Bœuf affamé, las, & venu d’aſſez loin,

Ami, tu me parois d’une humeur bien étrange,

Dit-il au Chien grondant deſſus un tas de foin,

Ni tu n’en veux manger, ni ne veux que j’en mange.

LEs Oiſeaux en plein jour voyant le
 Duc pareſtre,

Sur luy fondirent tous à ſon hideux aſpec.

Quelque parfait qu’on puiſſe eſtre.

Qui n’a pas ſon coup de bec ?

DEux Maſtins ſe batoient, le Loup
 en ſentinelle.

Voulant prendre ſon tems, les fit ſe ra
lier.

Un nouveau differend ne fait pas oublier

Une vieille querelle.

L’Aigle par une adreſſe extreſme

Dans les airs enleve un Mouton :

Le Corbeau veut faire de meſme,

On le tuë à coups de baſton.

LE Chat veut ſur le Coc paſſer ſa groſſe faim,

Et cherchant un prétexte honneſte pour 
le faire,

Ah, dit-il, il mourra l’inceſtueux vi
lain,

Qui couche avec ſes Sœurs, & couche avec ſa Mère !

LA Poule du Milan connoiſſant les deſſeins,

Sans longer qu’elle-meſme en eſtoit
 pourſuivie,

Dans une cage enferma ſes Pouſſins,

Et les mit en priſon pour leur ſauver la
 vie.

LE Perroquet eût beau par ſon caquet

Imiter l’Homme, il fut un Perroquet ;

Et s’habillant en Homme, ſous le linge

Le Singe auſſi ne paſſa que pour Singe.

LE Renard en procès vint le Loup
 attaquer,

Le Singe comme Juge écouta leurs requeſtes,

Après il dit, Je ne sçaurois manquer

En condamnant deux ſi méchantes beſtes.

DU Renard pourſuivi la pate ſe dechire

Contre un Buiſſon qui dit en s’éclatant de rire,

Ta coutume eſt de prendre, Ami, pour ton repos

Tu t’es icy venu prendre mal à propos.

QUelqu’un las de prier un de
 ces Dieux frivoles,

Luy fend la teſte en deux, il en ſort 
des piſtoles.

Quel caprice, dit-il ? je n’en ay pas 
tant eû

Quand je l’ay reſpecté, que quand je l’ay batu.

UN Peſcheur en peſchant s’adonnoit aux chanſons,

Puis jettant ſon filet, Ces bizarres Poiſſons

De ma Flûte, dit-il, nullement ne s’émeuvent,

Et ſi toſt qu’ils ſont pris ils danſent tant qu’ils peuvent.

LE Paon eſt élû Roy comme un fort
 bel Oiſeau,

La Pie en murmure, & s’irrite

Qu’on ait peu d’égard au merite :

Eſt-il seur qu’on ſoit bon parce que l’on
 eſt beau ?

Àde méchans Oiſeaux le Laboureur ſubtil

Trouva dans ſes filets une Cicogne unie,

Qui luy criant merci, Tu mourras, luy dit-il,

Il ne faut pas hanter mauvaiſe compagnie.

UN Berger ennemi de la mélancolie

À faux, & ſans ſujet crioit au Loup 
toujours,

À la fin ſon Troupeau patit de ſa folie,

Quand ce fut tout de bon nul ne vint
 au ſecours.

LA Colombe ſauva la vie à la Fourmi,

Qui mordant par le pied l’Oiſeleur ennemi,

Sauva pareillement la vie à la Colombe.

Jamais l’ingratitude en un bon cœur ne tombe.

UN Enfant s’adonna de bonne heure au larcin,

Et commença de prendre au ſein de ſa Nourrice.

Depuis il acheva deſſus le grand chemin :

Belle gradation du vice !

JE voulois eſtre ſoule, & voulois avoir 
chaud,

Dit la Mouche, & j’en ay par-delà mon
 envie,

Je meurs dans la Marmite : helas, en 
cette vie

L’on a trop peu toûjours, ou trop de 
ce qu’il faut !

MErcure au Charpentier qui
 perdit ſa coignée

En offrit d’or, d’argent, ou de fer à ſon choix :

Il s’en tint à la ſienne, & les eût toutes 
trois.

Probité reconnuë ainſi que témoignée !

UN Homme à cheveux gris eſtoit
 des plus galans,

Deux Femmes le peignant ſans en faire ſcrupule,

La vieille oſtoit les noirs, la jeune oſtoit les blancs :

Il devint ſi pelé qu’il en fut ridicule.

UN Père à ſes Enfans qui s’entre-
mangeoient tous

Diſoit, Vous perirez avec voſtre divorce :

Ces verges brin à brin n’ont pas beaucoup de force,

Rien n’eſt plus ferme en gros ; ainſi ſera
 de vous.

MON Fils, ſi vous pleurez, le Loup
 vous mangera,

Dit la Nourice : il vint dés que l’En
fant pleura,

Mais elle n’eſtoit pas ſi folle

Que de luy tenir ſa parole.

UNe Tortuë eſtoit fiere au dernier 
degré,

Et ramper luy ſembloit le plus grand 
des deſaſtres :

Dans les ſerres de l’Aigle elle ſe ſceut 
bon gré

De ſe voir une fois au moins ſi près des 
Aſtres.

L'Écrevisse diſoit à ſa fille rétive

Il ne faut pas ainſi marcher à reculons :

Elle luy repartit, Hé bien, ma Mere, 
allons,

Montrez-moy le chemin qu’il vous
 plaiſt que je ſuive.

DE la peau du Lion une fois l’Aſne s’arme,

À tous les animaux donne une chaude alarme ;

Et ſon Maiſtre luy dit le connoiſſant au
 ton,

Vous faites le vaillant ? que de coups de baſton !

PArmi les Animaux une Grenouïlle 
avide

Trancha de l’Hipocrate, & trompa le 
plus fin :

À voir ſa bouche paſle, à voir ſon teint 
livide,

Js croy, dit le Renard, que c’eſt un 
Medecin.

QUelqu’un fit mettre au cou de ſon Chien qui mordoit

Un ballon en travers ; luy ſe perſuadoit

Qu’on l’en eſtimoit plus, quand un Chien vieux & grave

Luy dit, On mord en traiſtre auſſi ſouvent qu’en brave.

LE Chameau veut avoir des cornes ſur le front,

Et Jupiter luy dit, Qu’en avez-vous affaire ?

Il eft vray, les Taureaux pour leur défenſe en ont,

D’autres en ont auſſi qui n’en ſçavent
 que faire.

DEix Amis voyageoient & ren
contrent un Ours ;

L’un gagne un arbre haut, l’autre tout
 plat ſe couche ;

Ainſi, ſans les bleſſer, va l’Animal farouche :

On ſe ſauve ſouvent par differens dé
tours.

LE Pot de fer nageoit auprés du Pot
 de terre,

L’un en Vaiſſeau Marchand, l’autre en
 Vaiſſeau de Guerre,

L’un n’aprehendoit rien, l’autre avoit de l’effroy,

Et tous deux ſçavoient bien pourquoy.

LE Chat eſtant des Rats l’adverſaire
 implacable,

Pour s’en donner de garde un d’entr’eux
 propoſa

De luy mettre un grelot au coû ; nul ne 
l’oſa.

De quoy ſert un conſeil qui n’eſt point pratiquable ?

LE Bouc s’opoſe en laſche au Tau
reau malheureux,

Qui vouloit du Lion éviter la pourſuite.

Il arrive ſouvent que ceux qui ſont en
 fuite,

Ne font pas bien receûs des cœurs peu
 genereux.

DE tous les Animaux Jupiter vid la Race

Le Singe y vint qui fit une laide grimace,

Et parmi tant d’enfans de Beſtes, & 
d’Oiſeaux

Ne trouva que les ſiens de beaux.

LE Paon ſoupoit avec la Gruë,

Et comme il ſe vantoit pendant tout le
 repas,

Elle luy repondit ſans en pareſtre émuë,

Vous le portez bien haut, mais vous 
volez bien bas.

LE Tigre allant tout ſeul à la chaſſe
 autrefois

Receût un coup de flèche, & la chaſſe 
finie

Le Renatd humble & doux Iuy dit en
 fin matois,

Il auroit mieux valu chaſſer en compagnie.

COntre quatre Taureaux unis & préparez

Les forces du Lion ayant eſté frivoles,

Il les ſépara tous par de belles paroles,

Et les déchira tous les ayant ſéparez.

DU Singe icy l’adreſſe éclate,

Mais celle du Chat paroiſt peu,

Quand il donne à l’autre ſa pate

Pour tirer les marons du feu.

LE Buiſſon ſe faſcha de l’orgueil du
 Sapin,

Et ſon humilité s’en eſtant indignée,

Plus bas que moy, dit-il, je te puis voir
 enfin,

Si le Bûcheron vient avecque ſa coignée.

UN Peſcheur ſentit bien en retirant ſa Ligne

Qu’elle ne peſoit guère, & c’eſtoit mauvais ſigne,

Un ſi petit Poiſſon ne luy fit pas grand bien :

Mais il vaut mieux avoir peu de choſe
 que rien.

L’Aigle prit le Lapin, l’Eſcarbot ſon compere

Interceda pour luy touché de ſa miſere,

L’Aigle ne laiſſa pas pourtant de le manger,

L’autre caſſa ſes œufs afin de s’en venger.

ÔMalheur, dit quelqu’un ! ma cruche eſtoit d’or mat,

Elle eſt au fond du Puits : un Larron ſe 
dépouïlle,

Y deſcend ; & tandis qu’il fouïlle, & qu’il refouïlle,

L’autre prend ſes habits, & laiſſe là le Fat.

LE Lion qui voyoit la Chèvre au
 haut d’un Mont,

Luy crioit d’un air doux comme les
 Amans font,

Deſcendez, & venez paiſtre icy l’herbe
 molle,

Elle n’y voulut pas venir ſur ſa parole.

LA Corneille avoit ſoyf, juſqu’au fond
 d’un vaiſſeau

Son bec n’ateignant pas, ſoudain elle
 s’écrie,

Mettons-y des cailloux pour faire monter l’eau :

Tant la neceſſité réveille l’induſtrie.

LE Rat mordit au pied le Taureau
 qui fut tendre,

En ſi grande colere il ne s’eſtoit point 
mis :

Cependant ſa fureur ne ſceût à qui s’en
 prendre.

Dans le monde il n’eſt point de petits
 Ennemis.

ÀLa vieille Soury diſoit la jeune
 fille,

Je hay le petit Coc, j’aime le petit Chat :

Le Chat, répond ſa Mere ? Ha, c eſt un ſelerat !

Mais le Coc n’a point fait de mal à ta 
famille.

UN Laboureur pourveu d’un Taureau fort méchant

S’aviſa de ſcier ſes cornes ſur le champ ;

Bien loin que ſes fureurs en ſoyent pa
cifiées,

Il en fut plus méchant quand on les
 eut ſciées.

UN Homme aimoit ſa Chate, &
 de crainte du blâme

Venus à ſa prière en compoſa ſa femme,

Elle friande, & vive, oubliant le Mary,

Courut à la Soury.

UNHomme avoit une Oye, & c’é
toit ſon tréſor,

Car elle luy pondoit tous les jours un 
œuf d’or :

La croyant pleine d’œufs, le fou s’impatiente,

La tuë, & d’un ſeul coup perd le fonds, 
& la rente.

LE Leopard tenoit au Renard ce langage,

Lequel à voſtre avis eſt le plus beau de nous ?

De la beauté ſur moy vous avez I’avantage,

Mais, luy dit le Renard, j’ay plus d’eſprit que vous.

UN de ces Medecins qui font tant 
de viſites

Au malade giſant diſoit toujours, Tant 
mieux ;

Et le malade fait à ce ſtile ennuyeux

Diſoit, Mes heritiers penſent comme 
vous dites.

LE Charbonnier preſſoit le Foulon à 
toute heure

De venir avec luy partager ſa demeure,

Car ils eſtoient tous deux amis , & grands couſins

Mais, luy dit le Foulon, tu noircis tes voiſins.

LE Buiſſon ruiné de bien & de crédit

Semble ſe prendre à tout des pertes qu’il a faites,

Le Plongeon dans la Mer cherche ce qu’il perdit,

Et la Chauve-Souris ſe cache pour ſes
 dettes.

DEux Hommes diſputoient pour un Aſne perdu,

À ſe l’aproprier, & l’un & l’autre butte :

Il m’apartient dit l’un, l’autre dit, Il m’eſt dû

L’Aſne en ſe dérobant emporta la diſpute.

SOus la pate d’un Loup plûtoſt 
friand qu’avide,

Un Chien dit, Attendez, je ſuis maigre, & ſuys vuide,

Je m’en vais à la noce, & j’en revien
dray gras ;

Le Loup y conſentit, le Chien ne revint pas.

EMbraſſant ſes petits le Singe
 s’en défait

Par une tendreſſe maudite.

À force d’aplaudir ſoy-meſme à ce qu’on 
fait

L’on en étouffe le mérite.

UN Meurtrier fuyant ſon Juge, & ſon Bourreau

Évite cent perils, nul Prevoſt ne l’attrape :

À la fin il ſe noye en paſſant un ruiſſeau ;

Tant il efl ma-laiſé qu’un Meurtrier éehape.

DEux Bœufs patiens, & doux

Tiroient un chariot fort peſant, & fort 
large ;

L’Eſſieu crioit, les Bœufs luy dirent, 
Qu’avez-vous ?

À peine ſoufflons-nous nous qui traiſnons la charge.

LE Renard dit au Coc, Une paix éternelle

Eſt concluë entre nous, deſcens : Ouï, 
deux Levriers

Viennent, répond le Coc, m’en dire la
 nouvelle ;

Le Renard n’oſa pas attendre les Couriers.

TOutes les Fleurs diſoient à la
 Roſe nouvelle,

Vous l’emportez ſur nous par un commun aveu :

Il eſt vray, repartit la Roſe, je ſuis belle,

Mais helas que je dure peu !

LA Gruë interrogeoit le Cigne, dont le chant

Bien plus qu’à l’ordinaire eſtoit doux & touchant :

Quelle bonne nouvelle avez-vous donc receûë ?

C’eſt que je vais mourir, dit le Cigne à la Gruë.

CE Barbet en veut à ces Cannes,

Mais par elles il eſt inſtruit,

Qu’il eſt parfois des vœux auſſi vains
 que prophanes,

Et qu’on ne force pas toujours ce qu’on
 pourſuit.

UN Galand eſtoit chauve, & comme en pleine feſte

Sa perruque en tombant l’alloit défi
gurer,

Pourquoy ces faux cheveux tiendroient-
ils à ma teſte,

Dit-il, puiſqu’à leur teſte ils n’ont ſceû
 demeurer ?

SOus un Plaſne en eſté deux Voyageurs bien las,

À qui pour leur repos la place ſembloit
 bonne,

Trouvoient l’Arbre ſterile ; & l’Arbre
 dit, Ingrats,

Ne contez-vous pour rien l’ombre que je vous donne ?

LE Roſſignol ſurpris par I’Epervier agile

Crioit, Cherchez ailleurs de quoy faire
 un repas :

Mais, luy dit l’Epervier, je ſerois mal-
habile

De quitter ce que j’ay pour ce que je
 n’ay pas.

CÉtoit pour le Renard une horrible entreveûë

Que celle qui de luy ſe fit, & du Lion :

Le Renard humble & doux l’aborde,
 le ſaluë,

Et l’affaire ſe tourne en converſation.

UN Homme eſtant malade, & ne 
poſſédant rien,

Fait vœu d offrir cent Bœufs en cas qu’il
 en gueriſſe :

Sa Femme dit, Comment fournir au 
ſacrifice ?

Ma Femme, à cela prés, dit-il, portons-nous bien.

LE Crocodile noble, & d’une humeur hautaine,

Vantoit de ſa maiſon les titres anciens :

Pour moy, dit le Renard, j’ay beaucoup
 plus de peine

À ſçavoir où j’iray, qu’à ſçavoir d’où je
 viens.

LE filet peſoit fort, chaque Peſcheur 
tiroit.

Mais ce poids ne venoit que d’une groſſe pierre,

Et de peu de poiſſons que ce filet reſſerre.

En ce monde on n’a pas tout ce que 
l’on voudrait.

D’Un Marais deſſeché les triſtes habitantes

Voulant choiſir un Puits, une des plus
 prudentes

Qui pour leur ſeûreté trouvoit ce lieu ſuſpect

Dit, Que deviendrons-nous ſi le Puits 
devient ſec ?

DAns un meſme vaiſſeau preſt à faire naufrage

Deux ennemis eſtoient ſur le point de
 mourir,

Et chacun ſe diſoit en ſoy-meſme, Cou
rage,

Je m’en vais me noyer, mais l’autre va
 perir.

TAndis que contre un Ours un
grand Lion ſe bat,

Un Renard ſe ſaiſit du prix de leur com
bat,

Nous n’avons bien ſouvent d’intereſt que
 le noſtre,

Et nous nous tourmentons pour le pro
fit d’un autre.

UN jour une perſonne aux Aftres
 bien inſtruite

Regardoit vers le Ciel, & tomba lourdement.

Tel donne des leçons ſur la bonne conduite

Qui s’égare luy-meſme, & bronche à 
tout moment.

LA Taupe faiſant vanité

De voir clair, ſa mere l’écoute,

Qui luy répond, En verité,

Ma fille, vous ne voyez goute.

C’Eſt dommage d’un tel, mais je
 me perſuade

Qu’il ne pouvoit guerir, tant il eſtoit
 mal ſain :

Voilà ce qu’à peu prez un fort bon Me
decin

Diſoit au Foſſoyeur enterrant ſon malade.

UN Dauphin pourſuivoit un Ton,
 quand ſur les bords

Ils ſont jettez tous deux froiſſez, & demi-morts :

Nous voilà, dit le Ton, aſſez mal ce
 me ſemble ;

Mais quel plaiſir pour moy, que nous 
mourions enſemble !

L'Oiſeleur ſe trouva ſurpris

Eſtant piqué de la vipere,

Helas, dit-il, quelle miſere !

Je voulois prendre, & je ſuis pris.

UN Aſne malheureux autant qu’on
 le peut eſtre

Servit un Conroyeur qui fut ſon dernier Maiſtre,

Et ſous la cruauté de ce Tiran nouveau

Eût lieu plus que jamais de craindre
 pour ſa peau.

AU bruit d’une Grenouille un Lion
 qui repoſe,

Se leve, & ſe reproche à ſoy-meſme
 ayant veû

Que c’eſtoit ſi peu de choſe,

La honte de s’en eſtre émeû.

UN Homme paſſe & les nuits &
 les jours

À teindre un More, il y perd ſa teinture.

Ce qu’une fois nous ſommes par Nature

L’Art n’y foit rien, nous le ſommes toujours.

UN Marchand échapé d’un naufrage funeſte

Voyoit la Mer tranquile, & diſoit, Flots
 ingrats

Vous voudriez encore avoir ce qui me reſte,

Mais je ne me rembarque pas.

DEux Cocs eſtant rivaux ſe battoient de bon cœur,

L’Aigle vint tout à coup fondre ſur le vainqueur

Qui faiſoit trop de bruit à cauſe de ſa gloire,

Et laiſſa le vaincu jouir de la victoire.

LE Caſtor malheureux qui n’avoit
 point d’apuy,

Et que tant de Chaſſeurs preſſoient à toute outrance,

Retrancha de ſon corps, & s’oſta par
 prudence

La raiſon pour laquelle ils couroient 
après luy.

UN Berger nouriſſoit ſon Chien de brebis mortes,

Et comme la plus graſſe aprochoit du 
trépas,

De l’air, dit-il au Chien, dont tu te dé-
confortes,

Tu craindrois volontiers qu’elle ne mourût pas.

LAvare avec ſon cœur enterra ſon treſor :

On le vole ; Ha, dit-il, je ſuis à la beſace !

Mettez, repond quelqu’un, une pierre à la place,

Elle vous ſervira tout autant que votre or.

LE Fan du Cerf fon père exaltoit les merites,

Qu’il eſtoit grand, & fort, mieux armé que le Chien :

Mon fils, je ſuis d’accord de tout ce que vous dites,

Mais du coſté du cœur cela ne va pas bien.

POurquoy, dit le Renard au Sanglier, ſans ceſſe

T’éguiſes-tu les dents, lors que rien ne
 te preſſe ?

Attendray-je, dit l’autre, à me les éguiſer

Quand il ſera tems d’en uſer ?

UN pauvre Savetier qui n’eſtoit
 qu’une beſte

Devint Médecin riche, & des plus enviez,

Et tel imprudemment luy confia ſa teſte

Qui n’auroit pas voulu luy confier ſes piés.

SAiſis d’une frayeur qui leur cauſoit la fièvre,

Les Lievres ſe jettans dans une mare tous

Aux Grenouilles font peur : Courage, dit un Lievre,

Il eſt des Animaux plus timides que nous.

UN Trompette ſonnant la charge en un combat

Fut pris, Pardon, dit-il, je ne ſuis point
 Soldat,

Et je n’ay de ma main tué pas un des voſtres :

Non, mais c’eſt toy qui fais entre-tuër les autres.

UN Laboureur preſſé d’une faim continuë

Mangea juſques aux Bœufs qui traiſnoient ſa charuë,

Et ſes Chiens dirent, Sauvons-nous,

Sinon il nous mangera tous.

LE Lion, le Renard, & l’Aſne d’une bande

Chaſſoient, l’Aſne des parts s’apliqua la plus grande,

Il perit ; le Renard ſage aux dépens d’autruy

Donna tout au Lion, ne gardant rien pour luy.

DU Coc une Servante abregea le deſtin,

Croyant qu'elle pourroit s’en lever moins 
matin.

Ce fut encore pis, car après cette perte

Sa Maiſtreſſe inquiète en fut bien plus allerte.

L'ASNE qui ſe croyoit malheureux ſur la terre,

Du Cheval envia la nobleſſe, & les dons :

Mais quand il s’aperceût qu’il alloit à la guerre,

Il dit, Fi de la gloire, & vivent les chardons.

LE Renard écourté ne ſe pouvoit tenir

De dire qu’une queuë eſtoit fort incommode,

Alleguant qu’il falloit faire venir la mode

De n’avoir plus jamais de queuë à l’avenir.

UNE Vache railloit avec peu de
 juſtice

Un Bœuf qu’à la charuë elle voyoit tirer :

Mais comme on la menoit un jour au Sacrifice,

Adieu, luy dit le Bœuf, je m’en vais labourer.

UN Chien en trouve un autre, 
& luy dit, Où vas-tu ?

À la noce, viens-y, tu ne ſçaurois mieux
 faire :

Il y fut, mais helas ! il en revint batu,

Peſtant contre la bonne chere.

UN Vigneron mourant dit qu’un treſor inſigne

Eſtoit pour ſes enfans dans le fond de ſa Vigne

À force d’y fouiller, ſans y trouver de 
l’or,

Il en vint des raiſins, & ce fut le treſor.

UN Homme au bord d’un Puits ſe trouvant endormi,

La Fortune l’éveille, & luy dit, Mon Ami,

Tu n’aurois pas manqué d’accuſer la Fortune,

Si tu fuſſes tombé, c’eſt la plainte commune.

UNe Mule eſtant graſſe, & faiſant bonne chere,

Se vantoit qu’elle eſtoit la fille d’un Cheval ;

Mais quand elle fut maigre, & qu’on la traita mal,

Elle eût quelque ſoupçon qu’un Aſne eſtoit ſon pere.

un Fourbe prédiſoit au milieu d’une Place :

Quelqu’un vint qui luy dit, Vous pénétrez fort bien

L’avenir, & sçavez fort mal ce qui ſe paſſe,

Les Voleurs ſont chez vous qui ne vous laiſſent rien.

L'Hirondelle amenoit le beau
 tems avec elle ;

Un jeune débauché la voyant arriver,

Vendit le ſeul habit qu’il avoit pour l’hiver :

Le froid vint, il périt avecque l’Hirondelle.

DE ſa Femme en travail l’Époux
 entend les cris,

Et la voyant par terre en ſa douleur
 cruelle

Veut qu’on la mette au lit : Eſpérez-vous,
dit-elle,

Que le mal que je ſens finiſſe où je l’ay pris ?

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Autor
Isaac de Benserade
Título
Fables d’Ésope en quatrains
Lengua
francés
Época
Barroco
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-fables-desope-en-quatrains--isaac-de-benserade-424a06
Cita recomendada
Isaac de Benserade, «Fables d’Ésope en quatrains», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-fables-desope-en-quatrains--isaac-de-benserade-424a06.html

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