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Antony Deschamps · Romanticismo

Études italiennes

francés

NAPLES EN 1799

À LA MÉMOIRE D’ANTONIO PACINI

Compositeur jeté sur les pontons anglais malgré la capitulation signée
par le cardinal Ruffo.

Naple alors présentait un spectacle sublime,

Le vil bourreau toujours vaincu par la victime,

Carracciolo plus grand sur l’échafaud fatal

Que l’assassin Acton sur son haut piédestal ;

Mario Pagano, traitant de l’autre vie

Dans son livre immortel, honneur de l’Italie,

Cirillo, Carafa, mourant à son côté,

Et couvrant de leur sang la jeune Liberté.

Dans ce cercle sacré, le divin Cimarose,

Le gai Napolitain à la bouche de rose,

Étonné de se voir parmi tous ces lauriers,

Le frère des savants et celui des guerriers :

La jeune Pimentel montant à la potence,

Une main dans la main de la belle Décence,

Et les anciens Romains sortant de leurs tombeaux

Pour contempler ravis tous ces martyrs nouveaux ;

Et le Vésuve enfin tout à coup faisant taire

Les sourds mugissements de son vaste cratère,

Et comprimant sa rage et ses feux souterrains,

Pour laisser le champ libre aux fureurs des humains.

Cet éternel volcan qui de sa lave inonde

Depuis les jours d’Adam le sein brûlant du monde,

Et dans la Vicaria, rassasiés enfin,

Les assassins cuvant du sang au lieu de vin,

Et de mille couleurs la terre diaprée,

La lune se levant sur l’île de Caprée,

Le cadavre noyé de l’illustre amiral

Livide se dressant sous le balcon royal,

Et le roi Ferdinand voyant cette figure

Lui demander enfin la sainte sépulture,

Et la nuit poursuivant sa marche dans les cieux,

Et le ciel étoilé, splendide et radieux,

Comme aux heures de paix, de bonheur et de fête,

Qui des villas du golfe illuminaient le faîte ;

Le Pausilippe, où dort le poëte latin,

Silencieux et calme à l’horizon lointain,

Et la chèvre toujours grimpant d’un pied agile

Sur les rochers poudreux du tombeau de Virgile.

À TERESA CONFALONIERI

IMITÉ DE G. RICCIARDI

Si la démocratie est née avant le temps,

Et si sa fleur n’a pas attendu le printemps,

Il faut de plus d’amour l’environner encore,

Et de plus de baisers caresser son aurore,

Car ce dernier enfant des révolutions,

Il est le bien-aimé, l’élu des nations,

Et déjà vers le ciel lève sa tête blonde,

Belle comme le front de l’avenir du monde !

RÉPONSE DE GIUSTI À CETTE PAROLE :

L’ITALIE EST LA TERRE DES MORTS

Ô trépas glorieux, nuit pareille à l’aurore,

Ô magnifique deuil !

Vigilant fossoyeur, enterre, enterre encore,

Couvre bien le cercueil !

Cependant le soleil, dans l’atmosphère ardente,

Veille comme un flambeau,

Et la rose, et l’olive, et la vigne pendante,

Entourent le tombeau.

Autour du monument de l’antique poussière

Se taisent tous les vents ;

Quel divin catafalque et quel beau cimetière

Envié des vivants !

Chantez le Requiem, préparez tous les baumes

Qui conservent les corps,

Mais le Dies iræ n’est-il pas un des psaumes

De l’office des morts !

LA JEUNE FEMME

(LÉOPARDI)

La brise avec douceur caressait son visage

Et les petits oiseaux chantaient sur son passage.

Comme ils sont beaux et courts, au terrestre séjour,

Les moments du jeune âge et du premier amour !

Voilà que tout à coup la tempête s’élève,

Tout se trouble et s’émeut, dans l’air et sur la grève ;

La mer rugit et monte, et de sa voix d’airain

L’ouragan parle en maître et barre le chemin ;

Elle hésite un instant, la belle jeune femme,

Et le doigt sur la bouche interroge son âme,

Et puis baissant la tête elle presse le pas,

Et pour mieux résister se croise les deux bras ;

Comme le frêle esquif fend la vague marine,

Elle fendait le vent de sa tendre poitrine ;

À travers la tempête et le ciel en courroux,

La brave jeune femme allait au rendez-vous ;

Son châle et ses cheveux rejetés en arrière,

Intrépide elle avance en son âpre carrière,

Mais elle sent, hélas ! malgré tous ses efforts,

Ses vêtements mouillés se coller sur son corps ;

Et l’éclair éblouit et brûle sa paupière,

Et le tonnerre éclate, et la nature entière,

Autour d’elle évoquant les ombres du trépas,

Semble se conjurer pour arrêter ses pas ;

Cependant peu à peu s’apaisa la tempête,

Les collines au loin découvrirent leur tête,

Dans son manteau de pourpre, à l’horizon vermeil,

Le front humide encor, reparut le soleil ;

Et les oiseaux voyant sa féconde lumière,

Reprirent leurs chansons, mais elle… était de pierre !

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Expediente

Autor
Antony Deschamps
Título
Études italiennes
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-etudes-italiennes--antony-deschamps-6652ed
Cita recomendada
Antony Deschamps, «Études italiennes», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-etudes-italiennes--antony-deschamps-6652ed.html

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