CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaLouis Festeau

Louis Festeau · Romanticismo

Épître d’un Petit à un Grand (Louis Festeau)

francés

Toi, qu’un génie heureux en ce monde fit naître

Sur les riches coussins où s’étend le bien-être ;

Toi, que dès le berceau suit la faveur des dieux,

Connais-tu la valeur de leurs dons précieux ?…

Bénis-tu chaque jour l’aveugle providence

Qui jeta tes destins au sein de l’opulence ?…

Non ! pour tes sens blasés, ses bienfaits sont perdus :

Le bonheur, la richesse à tes pareils sont dus ;

Trompé par l’habitude et la sotte louange,

Tu crois tes fiers aïeux pétris d’une autre fange,

Et tu dis : Tout est bien, tout devait être ainsi,

Le riche est nécessaire, et l’indigent aussi.

À peine es-tu conçu, fœtus prédestiné !

Tu peux prétendre à tout, même avant d’être né.

Sur ta mère, avec soin, l’art et la médecine

Veillent pour activer les travaux de Lucine ;

Tu parais !… chaque œil suit tes moindres mouvements ;

On s’émeut, on s’afflige à tes vagissements ;

Sur ta beauté d’un jour la foule s’émerveille,

On admire tes yeux, on vante ton oreille ;

Maint convive, aviné, te prédit au dessert

Les destins de Bayard ou ceux du grand Colbert ;

Et des flatteurs adroits font de toi, sans obstacle

Ou le fils du destin, ou l’enfant du miracle.

Et sous le chaud tissu risquant tes faibles pas,

Tu braves sans péril le contact des frimas.

Tu grandis… Un savant, armé de patience,

En ton esprit rétif infuse la science ;

Pour t’épargner l’ennui des premiers éléments.

Il triture, il dissèque histoire et rudiments ;

Parfois encore, assis aux classes d’un collége,

En raison de ton rang le maître te protége ;

Il vante tes progrès et ta facilité,

T’enseigne avec respect, te gronde avec bonté :

Jamais les châtiments, les pensum, la férule

N’atteignent que les noms privés de particule ;

Et quand vient le concours, tes nonchalants travaux

Ravissent la couronne à tes jeunes rivaux.

Le jour, tu fais piaffer un fougueux étalon ;

Le soir tu vas languir, minauder au salon,

Ou perdre à l’écarté, sans que ton front sourcille,

Dix fois le gain annuel d’une honnête famille.

Pour amuser ton cœur et ton oisiveté,

Tu flétris en riant l’honneur et la beauté ;

Indulgent, le grand monde excuse tes caprices,

Et du nom d’homme aimable il décore tes vices.

Te voilà riche encor, mais triste et soucieux,

Car le dissipateur devient ambitieux ;

C’est peu d’être nommé, par acte de naissance,

Législateur quand même, et duc et pair de France,

Il te faut du crédit, des honneurs et des croix :

Qui pourrait contester ton savoir et tes droits ?

Les journaux amortis exaltent ton mérite,

Dans chaque ministère on court, on sollicite ;

Ta gloire à chaque instant s’amasse incognito,

En toi l’État possède un grand homme in petto.

On te fraye un chemin aux affaires publiques,

En disant tes talents et tes vertus civiques ;

Puis le prince, un matin, inscrit au Moniteur

Ton nom comme Ministre ou comme Ambassadeur ;

Chamarré de cordons et comblé de richesse,

À la cour, chez les rois, tu traînes ta vieillesse ;

Un médecin gagé, veillant les nuits, les jours,

De ta vie inutile alimente le cours,

Et lorsque le trépas vient fermer tes paupières

En arrêtant ton pouls, en glaçant tes artères,

Tous les corps de l’État, les pleureurs en grand deuil,

Attestent leurs regrets en suivant ton cercueil ;

Pour t’immortaliser, voix, burin, vers et prose

Élèvent un pavois pour ton apothéose.

Après ça, du tombeau vantez l’égalité :

Moi, j’y trouvé l’oubli ; toi, la célébrité….

Ou puiser, dans l’argot d’un frère ignorantin,

Le secret d’agrandir son âme et son destin…

Plus tard, sous l’œil d’un maître et pour un gain minime,

Courbé sur le rabot, la pioche ou la lime,

Il arrache avec peine à ses rudes labeurs,

Des aliments grossiers détrempés de sueurs ;

Réduit aux fonctions, au rang d’homme-machine,

Il ne doit pas sentir un cœur en sa poitrine ;

Par malheur, s’il comprend ses droits, sa dignité ;

S’il veut par des talents couvrir sa pauvreté ;

Si le travail mûrit sa mémoire et sa tête,

Alors l’infortuné ! que de maux il s’apprête !!

Excité par l’espoir, gonflé d’illusions,

Il court… pour se heurter à des déceptions ;

Tous ses plans généreux rencontrent l’égoïsme,

Par des calculs étroits on éteint son civisme ;

La loi, sanctionnant la peur, la vanité,

Le frappe de mutisme et d’incapacité ;

Partout les passe-droits, partout le privilége

Accourt et prend d’assaut les places qu’il assiége :

Le travailleur n’est bon tout au plus, en naissant,

Qu’à payer les impôts sur l’air et sur le sang.

En vain il veut monter, bravant du sort la griffe,

Sa besace est pour lui le rocher de Sisyphe :

En vain vers un but noble il élève ses pas,

Le fardeau trop pesant tombe et l’entraîne en bas.

Abruti par ses maux, vaincu par la misère,

Il vit, vieillit et meurt où végéta son père ;

Rien ne reste de lui, nul ne s’est aperçu

Que Bastien l’artisan ait souffert et vécu…

Ici-bas, sois semblable au fleuve généreux

Promenant ses bienfaits sur un terrain rugueux :

Par de secrets conduits s’infiltrant dans la plaine,

Il aide du zéphyr la créatrice haleine ;

Partout sur son passage, aux abords de son lit,

La nature en riant se pare et s’embellit ;

De son mouvant cristal la fraîcheur bienfaisante

Fait pousser le brin d’herbe et la tige puissante ;

Enfin, son flot vainqueur de la stérilité,

Au loin répand la vie et la fécondité….

Sigue explorando

Por su autor
Louis Festeau · 6 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

Le Congrès des Peuples (Louis Festeau) →

Expediente

Autor
Louis Festeau
Título
Épître d’un Petit à un Grand (Louis Festeau)
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-epitre-dun-petit-a-un-grand-louis-festeau--louis-festeau-5afd6f
Cita recomendada
Louis Festeau, «Épître d’un Petit à un Grand (Louis Festeau)», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-epitre-dun-petit-a-un-grand-louis-festeau--louis-festeau-5afd6f.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.