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PoetósferaLa BibliotecaLéon Cladel

Léon Cladel · Modernismo

En Quercy, l’été

francés

La campagne éclatait, embrasée ; & les blés

Jaunis succombaient sous leurs épis d’or brûlés ;

Il faisait un août à racornir les arbres,

Les cieux semblaient plaqués de pierres & de marbres,

Rien ne bougeait en haut, rien ne bougeait en bas,

Et si tout respirait, on ne l’entendait pas ;

Empourpré, le soleil allongeait en silence

Ses grands dards trisaigus comme des fers de lance,

Et le sol, assailli de toutes parts, fendu,

S’ouvrait aux rayons chauds comme le plomb fondu ;

Pas d’air ; à l’horizon d’immenses prés, dont l’herbe

Ourlait une forêt immobile & superbe ;

Un grand fleuve arrêté, comme s’il était las,

Réverbérant du ciel les splendides éclats ;

Et plus loin, dévoré par les baisers de l’astre,

Un mont, dans la lumière ; un mont, tel qu’un pilastre ;

Un mont qui, sous la voûte en feu du firmament,

Flamboyait, chauve & nu, dans le rayonnement

Immense des cieux.

Immense des cieux. Or, étendu sous un orme

Dont le soleil trouait la frondaison énorme,

Je regardais la roche âpre, chauffée à blanc,

Corrodée à la cime & corrodée au flanc,

Et, sous elle, l’abîme intense de la plaine

Avalant tout le feu dont la nue était pleine ;

Et je voyais flamber dans le miroir de l’eau

Les cheveux du soleil & les bras du bouleau ;

Mais, si loin que mes yeux lassés pouvaient s’étendre,

Rien de vert, rien de doux, rien d’ombreux, rien de tendre

Ne se montrait parmi l’irradiation

De la nature, tout entière en fusion.

Nul souffle. Aucun bruit. Rien ne remuait. Les terres,

Au nord comme au midi, rutilaient, solitaires

Sous ce ciel implacable & rempli d’un éclair,

Qui n’avait pas de trêve & qui dévorait l’air.

De ses langues de feu l’élémentaire flamme

Ardait tout, m’arrivant, subtile, jusqu’à l’âme,

Et je croyais qu’en proie à cet ardent baiser,

J’allais m’évanouir & me vaporiser ;

Et qu’altérés, chauffés au point de se dissoudre,

Incendiés, noircis, calcinés, mis en poudre,

Ravins & mamelons, encore tout fumants,

Se désagrégeraient sous ces cieux incléments ;

Et déjà je pleurais, hélas ! sur nos vallées…

Sur ma vallée autour de laquelle, empilées,

S’étagent dans l’azur des crêtes de granit,

Où l’aigle farouche a ses petits & son nid

Royal !

Royal ! O joie !…

Royal ! O joie !… Émus, les cieux impérissables

Se mouillent tout à coup, &, sur l’éclat des sables,

Mille atomes d’or pur, par un souffle enlevés,

Miroitent en dansant dans les airs avivés.

En vain le grand soleil agrandit son cratère,

Les gramens, les gazons ondulent sur la terre :

Avoines, blés, maïs, redressent leurs cheveux,

Et le saule, oscillant sur ses orteils baveux.

Incline vers les eaux sa difforme ramure

Où le vent, revenu, pleure, rit & murmure…

Tout renaît & palpite, & tout, monts, plaines, eaux,

Se meut ! Yeuses, sapins, houx, chênes & roseaux,

Les grands bois font sonner leurs cimes inégales ;

Et l’on entend des chants incertains de cigales

Et mille bruits charmants errant par-ci par-là :

Soudain, — j’en pleure encore, — un brave oiseau parla

Dans un arbre ! . . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Autor
Léon Cladel
Título
En Quercy, l’été
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-en-quercy-lete--leon-cladel-8a3153
Cita recomendada
Léon Cladel, «En Quercy, l’été», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-en-quercy-lete--leon-cladel-8a3153.html

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