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Antoine de Cournand · Romanticismo

Élégie faite dans un cimetière de campagne, imitation de l’anglais de Gray

francés

La cloche du soir sonne et plaint la mort du jour.

Les troupeaux, à pas lents, regagnent leur séjour ;

Le laboureur pensif rentre dans sa chaumière ;

Le deuil s’étend sur moi comme sur la lumière,

Ces plaines, ces lointains s’effacent à mes yeux ;

La lune roule en paix son char silencieux ;

À peine dans les airs quelque insecte bourdonne :

Tout se tait ; l’Univers au sommeil s’abandonne.

Seulement le hibou, triste enfant de la nuit,

Sous le lierre rampant, retiré loin du bruit,

Se plaint de l’importun que le hasard amène

Au pied de cette tour, son antique domaine

Là, parmi les monceaux de ces gazons nombreux

Où l’if funèbre épand ses rameaux ténébreux,

Reposent renfermés dans leurs tombes modestes,

Des pères du hameau les vénérables restes.

Ni le coq glapissant, le cor ni ses échos

Ne viennent les troubler dans ce dernier repos ;

Le vent frais du matin, le cri de l’hirondelle,

Rien de leur toit rustique aux champs ne les rappelle.

Le soir ne les rend plus à l’objet de leurs vœux ;

La flamme du foyer ne brille plus pour eux ;

Ils ne reverront plus leur famille si chère

Lutter innocemment pour les baisers d’un père.

Ils ont su maîtriser par l’effort de leurs bras

Une glèbe profonde et des sillons ingrats ;

Souvent à leurs sueurs la moisson s’est donnée.

Toujours d’utiles soins remplissaient leur journée,

Tantôt d’un air joyeux guidant leurs chars pesans,

Tantôt frappant un chêne endurci par les ans.

Que la fausse grandeur, que l’orgueil qui s’admire

Accueillent ces détails d’un dédaigneux sourire ;

Ici, rien n’éblouit de titres fastueux ;

Mais on peut être pauvre, obscur et vertueux.

Eh ! qu’importe d’un nom l’éclatante mémoire ?

Que servent la beauté, la fortune, la gloire ?

Tous attendent la mort ; le destin le plus beau

N’est jamais qu’un sentier qui nous mène au tombeau.

Si le pauvre est caché sous une pierre obscure,

Au moins de nos mépris épargnons-lui l’injure ;

S’il n’a point ces tombeaux de splendeurs revêtus,

C’est la faute du sort, et non de ses vertus.

Voit-on qu’à ces honneurs notre cendre s’éveille,

Que l’éloge d’un mort chatouille son oreille,

Que rien à son séjour l’appelle désormais

Ce souffle de la vie exhalé pour jamais ?

Peut-être ce gazon où ce saule s’incline

Couvre un cœur qui brûla d’une flamme divine,

Qui d’un peuple régi par d’équitables lois

Eût soutenu la gloire et conservé les droits.

Mais la scène des tems à leurs regards voilée

Pour eux, dans ses trésors ne s’est point déroulée ;

La peine, le besoin, le souci dévorant

De leur noble génie ont glacé le torrent.

L’Océan nous dérobe en ses grottes profondes,

Des perles d’un grand prix, vain trésor de ses ondes ;

Une charmante fleur dont le parfum se perd

Brille sans être vue, et meurt dans un désert.

Que sais-je ? Ici peut-être est la tombe ignorée

D’un Hambden de village, appui de sa contrée,

D’un Milton dont la lyre eût ravi les humains,

D’un Cromwell qui de sang n’eût point rougi ses mains.

La tribune jamais n’entendit leur menace ;

Ils n’ont point des tyrans déconcerté l’audace,

Ni lu dans les regards des peuples satisfaits,

L’histoire de leurs jours marqués par leurs bienfaits.

Le sort qui réprima leurs transports légitimes,

En gênant leurs vertus, leur épargna des crimes ;

L’ambition, peut-être, en eût fait des pervers

Dont le trône sanglant eût foulé l’Univers.

Leur ame eût étouffé la pudeur ingénue

De la vérité sainte, et par eux méconnue ;

Et leur muse vénale, aux gages des méchans,

De noms déshonorés eût avili ses chants.

Jamais dans les erreurs d’une foule insensée

La fureur des désirs n’entraina leur pensée ;

Disciples d’un instinct par la raison conduit,

Dans les champs de la vie ils ont passé sans bruit.

Une muse rustique, autour de leur image,

Traça d’une main pure, et leur nom et leur âge ;

Et le texte sacré venant la secourir,

Ce Socrate des champs nous apprend à mourir.

Ainsi la piété consacre à leur mémoire

Ce frêle monument qui s’élève sans gloire ;

Interprète muet de leur dernier désir,

Il demande aux passans le tribut d’un soupir.

Eh ! quel cœur approchant du terme de la vie

Ne souffre de l’oubli dont sa perte est suivie !

Quel stoïque mortel, au moment du départ,

Sur ce jour qui le fuit ne prolonge un regard ?

Ses yeux, en se fermant, cherchent une ame tendre,

Qui d’une larme au moins daigne mouiller sa cendre ;

Et du sein de la tombe où l’homme est enfermé,

S’élève encor ce feu dont il fut animé.

Pour moi qui d’une voix de douleur affaiblie,

Ai célébré sans art, ces morts que l’on oublie,

Si jamais un ami s’informait de mes jours,

Quelque homme du hameau lui tiendrait ce discours :

» Souvent nos yeux l’ont vu, dès la première aurore,

» Tandis que la rosée aux champs brillait encore,

» Sur les sommets voisins, chercher, en gravissant,

» Du lever du soleil le spectacle innocent.

» Vers midi, ce ruisseau dont les eaux paresseuses,

» Baignent de ce vieux tronc les racines noueuses,

» Le voyait, languissant, sur sa rive couché,

» Le front pâle, l’œil fixe, à ses flots attaché.

» Tantôt, aux bords d’un bois, de chagrins poursuivie

» Son ame, avec dédain, souriait à la vie.

» L’infortuné pleurait sur les peines du jour,

» Ou sur l’espoir trompé d’un malheureux amour.

» Un matin, retournant aux soins de ma charrue,

» L’arbre ni le ruisseau ne l’offrît à ma vue ;

» Le lendemain, je passe, et mes yeux alarmés

» Le cherchent, mais en vain, aux lieux accoutumés ;

» Le jour d’après, j’entends de funèbres cantiques ;

» J’aperçois d’un convoi les pas mélancoliques ;

» C’était lui qu’on portait ; tu sais lire, parcours

» Ces traits qui t’apprendront l’histoire de ses jours. »

Ici repose, au sein de la mère commune,

Un jeune homme inconnu, sans gloire, sans fortune ;

À son humble berceau les Muses ont souri ;

Mais de ses noirs poisons le chagrin l’a nourri.

Son cœur fut bon, sensible, et son ame sincère,

Il en obtint du ciel le plus digne salaire ;

Pauvre, il ne put donner qu’une larme au malheur ;

Mais il eut un ami ; c’était tout pour son cœur.

Ah ! crains de rechercher dans ce dernier asyle,

Parmi quelques vertus, les torts d’un cœur fragile ;

Tout repose en espoir, dans ce terrible lieu,

Sous les regards d’un père et dans le sein d’un Dieu.

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Autor
Antoine de Cournand
Título
Élégie faite dans un cimetière de campagne, imitation de l’anglais de Gray
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-elegie-faite-dans-un-cimetiere-de-campagne-imita--antoine-de-cournand-618a7c
Cita recomendada
Antoine de Cournand, «Élégie faite dans un cimetière de campagne, imitation de l’anglais de Gray», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-elegie-faite-dans-un-cimetiere-de-campagne-imita--antoine-de-cournand-618a7c.html

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