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Marivaux · Ilustración

Divertissement

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Livrez-vous, jeunes cœurs, au dieu de la tendresse ;

Vous pouvez, sans faiblesse,

Former d’amoureux sentiments.

La Raison, dont les lois sont prudentes et sages,

Ne vous défend pas d’être amants,

Mais d’être amants volages.

Quel plaisir de voir l’Amour,

Dans cet heureux séjour,

À la Raison faire sa cour !

Que ses armes

Ont pour nous de charmes !

Tous nos désirs,

Tous nos soupirs

Sont des plaisirs.

Jamais aucun regret ne vient troubler nos cœurs,

Dans cette île charmante,

D’une flamme innocente

Nous y ressentons les ardeurs,

Et la Raison gouverne les faveurs

Que l’Amour nous présente.

Toi qui fais l’important,

Ta superbe apparence,

Tes grands airs, ta dépense,

Séduisent un peuple ignorant ;

Tu lui parais un colosse, un géant.

Ici, ta grandeur cesse ;

On voit ta petitesse,

Ton néant, ta bassesse ;

Tu n’es enfin, chez la Raison,

Qu’un petit garçon,

Qu’un embryon,

Qu’un myrmidon.

Philosophe arrogant,

Qui te moques sans cesse

De l’humaine faiblesse,

Tu t’applaudis d’en être exempt :

Dans l’univers tu te crois un géant.

Par la moindre disgrâce,

Ton courage se passe,

Ta fermeté se lasse.

Tu n’es plus, avec ta raison,

Qu’un petit garçon,

Qu’un embryon,

Qu’un myrmidon.

Mortel indifférent,

Qui sans cesse déclames

Contre les douces flammes

Que fait sentir le tendre enfant,

Auprès de lui tu te crois un géant.

Qu’un bel œil se présente,

Sa douceur séduisante

Rend ta force i

mpuissante.

Tu n’es plus, contre Cupidon,

Qu’un petit garçon,

Qu’un embryon,

Qu’un myrmidon.

Qu’un nain soit opulent,

Malgré son air grotesque

Et sa taille burlesque,

Grâce à Plutus, il paraît grand :

L’or et l’argent de lui font un géant,

Mais sans leur assistance,

La plus belle prestance

Perd son crédit en France ;

Et l’on n’est, quand Plutus dit non,

Qu’un petit garçon,

Qu’un embryon,

Qu’un myrmidon.

Que tu semblais ardent,

Mari, quand tu pris femme !

De l’excès de ta flamme

Tu lui parlais à chaque instant :

Avant l’hymen, tu te croyais géant.

Six mois de mariage

De ce hardi langage

T’ont fait perdre l’usage.

Tu n’es plus, pauvre fanfaron,

Qu’un petit garçon,

Qu’un embryon,

Qu’un myrmidon.

Il n’y a pas longtemps

Que j’avais la barlue.

Ma foi, j’étais bian grue !

Chez vous, Messieurs les courtisans,

Je croyais voir les plus grands des géants.

Aujourd’hui la leunette

Que la raison me prête

Rend ma visière nette.

Je vois dans toutes vos façons,

Des petits garçons,

Des embryons,

Des myrmidons.

Partisans du bon sens,

Vous, dont l’heureux génie

Fut formé par Thalie,

Nous en croirons vos jugements.

Chez vous, des nains ne sont point des géants.

Si notre comédie

Par vous est applaudie,

Nous craindrons peu l’envie,

Vous contraindrez, par vos leçons,

Les petits garçons,

Les embryons,

Les myrmidons.

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Autor
Marivaux
Título
Divertissement
Lengua
francés
Época
Ilustración
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-divertissement--marivaux-4fbf02
Cita recomendada
Marivaux, «Divertissement», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-divertissement--marivaux-4fbf02.html

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