Oui, le reproche est juste, et je sens qu’à mes vers
La rime vient toujours se coudre de travers.
Ma Muse vainement du nom de négligence
A voulu décorer sa honteuse indigence ;
La critique a blâmé son mince accoutrement.
Travaillez, a-t-on dit, et rimez autrement.
Docile à ces leçons, corrigez-vous, ma Muse,
Et changez en travail ce talent qui m’amuse.
LA MUSE
Fixer l’attention du lecteur indécis,
Et par deux vers ornés d’une chute pareille
Satisfaire à la fois et l’esprit et l’oreille.
Mais pour parler d’amour il faut parler sans art ;
Qu’importe que la rime alors tombe au hasard,
Pourvu que tous vos vers brûlent de votre flamme,
Et de l’âme échappés arrivent jusqu’à l’âme ?
LE POÈTE
Parcourait à la fois ta lyre et tes appas,
Et te faisait jouir du renom qu’il n’a pas ?
Chaulieu rimait-il bien, quand sa molle paresse
Prêchait à ses amis les dogmes de Lucrèce ?
A-t-on vu du Marais le voyageur charmant
De la précision se donner le tourment ?
La Muse de Gresset, élégante et facile,
À ce joug importun fut parfois indocile ;
Et Voltaire, en un mot, cygne mélodieux,
Qui varia si bien le langage des Dieux,
Ne mit point dans ses chants la froide exactitude
Dont la stérilité fait son unique étude.
LE POÈTE
Au bout de chaque ligne attacher ma sonnette.
Mais ne vos plaignez point si quelquefois le sens
Oublié pour la rime…
LE POÈTE
LA MUSE