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PoetósferaLa BibliotecaPaul Desforges-Maillard

Paul Desforges-Maillard · Ilustración

Desforges-Maillard

francés

… Dès que le doux Printemps ranime la nature,

Je quitte, gai comme un pinçon,

Ma natale Bicoque, où le noir Aquilon

Fait durer plus qu’ailleurs la piquante froidure ;

Et je vais, afourché sur un mince grison,

Habiter en campagne une antique maison,

Dont la rusticité traça l’architecture.

Ce petit Castel, dont le nom

Fournirait à P** le sujet d’une histoire.

S’appelle Brédérac ; et sa terminaison

Gaillardement en ac, me laisse presque croire

Qu’établi par hasard dans le pays Breton,

Un Cadet de Gascogne eût été son patron.

L’œil découvre, approchant de ce manoir fertile,

Sur un riant donjon fait d’ardoise et d’argile,

Deux Canons braqués, dont le bruit

Ne réveilla jamais la bergère tranquille,

Qui jusqu’au chant du coq profite de la nuit.

Ces instruments guerriers, dont la bouche à personne

Ne dit jamais un petit mot,

Ne sont pas les enfans de l’airain qui bouillonne,

Mais la famille sage et bonne

De la coignée et du rabot.

Je les ai pourtant vus, moins propres pour Bellone,

Qu’au service galant de la belle Vénus ;

Je les ai cent fois même en sursaut entendus,

Lâcher avec fracas dans les airs leurs volées ;

Mais c’était de moineaux tendres et turbulents,

Nichés au retour du Printems,

Dans leurs cavernes reculées.

D’ailleurs, si, comme on dit, le signe vaut le jeu,

Muets simboles du tonnerre,

Paisibles ennemis et du fer et du feu,

Ces canons de forêt peuvent, en cas de guerre,

Intimider l’Anglois sur nos côtes poussé,

S’il parvenait à prendre terre,

À travers les écueils et le sable entassé.

Muse, allons plus avant : l’ocre vermeil rehausse

Et montre de loin mon portail,

Non pour y recevoir un superbe carosse,

Mais la charrue et le bétail

Tel était, si Maron me l’a bien fait entendre

Dans ses vers toujours pleins et de mœurs et de sens,

Le portail du palais d’Evandre,

Que son âme égaloit aux Rois les plus puissans.

L’escalier est de pierre, et la main maladroite

Du Ma[ç]on, dont jadis le goût défectueux

En fit la rampe trop étroite,

Sans prévoir de nos jours le goût voluptueux,

Oblige les Dames de Ville

De détacher en bas le volume inutile

De leurs paniers larges et fastueux :

Ornement de caprice, attirail difficile.

Qui comme les vaisseaux, frégate ou paquebot,

Fait naviguer sur terre Amarante à la voile,

Joüet de l’Aquilon, prête à faire capot,

Et grelotante dans sa toile.

Mais charmantes sans art, simples dans leurs façons,

Indépendantes de la mode,

Perrette au fin corsage, Alix aux yeux fripons,

Le montent sans froisser leurs légers cotillons,

Dont le contour modeste au degré s’accomode.

Cet escalier conduit du portail rubicon

Dans une claire galerie :

Suspendus par paquets l’échalotte et l’oignon,

La fay[e]nce et l’étain, font en toute saison

Ses bustes, ses tableaux et sa tapisserie.

Pour connoître en ces lieux de chaque appartement

Et la place et l’ameublement,

Il n’est pas besoin qu’on y mette

De numéro ni d’étiquette.

Les désignant pompeusement

Par chambre rouge, violette,

Jaune, verte, jonquille ; on voit en un moment

Ce que c’est que mon logement.

Premièrement une cuisine,

Une chambre à la file, au-dessus un prenier,

Où, quand la nuit revient, la gaillarde fouine

Danse le rigodon, capriole, lutine ;

Au niveau de la rue un pressoir, un cellier,

Où le raisin se foule, où son jus se rafine ;

À côté, l’étable confine

Aux Pénates du métayer,

Où, comme dans une coquille,

À l’étroit, je ne sçai comment,

Habite toute la famille,

À la Persanne apparemment.

Deux lits, mon pupitre, six chaises,

Une armoire, un bahu de gothique façon ;

Telle est la chambre, où le garçon,

Avec le peu qu’il a, de son mieux prend ses aises,

Mais sans hipothéquer la prochaine moisson.

De deux autres bons lits la Cuisine est garnie,

Dont les rideaux sur le satin

N’étalent point la broderie ;

Ils sont tout uniment de cadix gris-de-lin,

Dont la foible couleur par le tems s’est ternie,

Et de bergame rase, ornement précieux,

Qui tapissa chez nos ayeux

La salle de cérémonie.

C’est dans ces lits délicieux

Que je puis recevoir d’un cœur franc et joyeux

Un supplément de compagnie ;

Et ma servante, alors complaisante et polie

Déloge, et va coucher, traversant le chemin,

Avec la fille du voisin.

Quand la blonde Cérès, de son or salutaire

Déchargeant les guérets, et l’étalant sur l’aire,

S’apprête à nous combler de ses présens nouveaux,

Je m’amuse en dînant, je me distrais la vue

Par ma fenêtre défendue

Des rayons du Soleil, au moven des rézeaux,

Qu’entrelassent les verts rameaux

D’un antique pommier que le Zéphir remue.

Je vois huit moissonneurs reculer, s’approcher,

Leurs fléaux en l’air levés retomber pêle-mêle,

En cadence, en tournant, sans jamais se toucher,

Le blé, se dépouillant de sa tunique frêle.

Jaillir hors de la paille et bondir comme grêle.

Je lis quelques momens Tite Live ou Rollin,

Platon, Seneque ou la Bruyère ;

Et change tour à tour, sur le choix incertain,

Horace avec Rousseau, Virgile avec Voltaire…

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Autor
Paul Desforges-Maillard
Título
Desforges-Maillard
Lengua
francés
Época
Ilustración
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-desforges-maillard--paul-desforges-maillard-5c73bf
Cita recomendada
Paul Desforges-Maillard, «Desforges-Maillard», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-desforges-maillard--paul-desforges-maillard-5c73bf.html

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