Approchons en silence.
C’est ici qu’il viendra.
Quelle douce espérance !
Je dois le trouver là.
C’est Daphnis que je viens chercher.
Le seul Daphnis toucha mon âme.
S’il pouvait partager ma flamme !
Daphnis, ici, doit se cacher.
Eh quoi ! nous voilà toutes
Au même rendez-vous ?
Pourquoi nous trouvons-nous
Au même rendez-vous ?
Ne disons rien.
Ne disons rien. Vous paraissez rêveuse.
Ô ciel ! cachons l’objet de mon tourment.
(Haut.)
En effet, je pensais à notre vie heureuse
Quand nous suivions le char de Bacchus triomphant.
Alors, les bacchantes,
De la terre aux cieux,
Folles, inconstantes,
Régnaient en tous lieux.
Près du vieux Silène,
Toujours en chemin,
La main toujours pleine
De fleurs, de raisins !
Tous nos jours
Semblaient toujours courts ;
Les amours (bis)
En charmaient le cours.
II
.mw-parser-output .ws-mpom-strophe{display:inline-block;page-break-inside:avoid;break-inside:avoid}Jeunes bacchantes,
Soyons constantes,
Le dieu Pan nous récompensera.
C’est un mérite,
Mais partons vite,
Je reviendrai quand Daphnis sera là.
Jeunes bacchantes, etc.
Suis-moi dans ma course légère,
Mon bon Robin, fidèle ami ;
Toujours aime bien la bergère
Qui ne t’aime pas à demi.
Nul mouton n’a laine plus douce,
Assurément ;
Reste là, couché sur la mousse,
Bien mollement.
Ah ! Daphnis, qui nous guette,
Entend du vallon,
Du son de ta clochette,
Le doux carillon.
Hélas ! à ta chère maîtresse,
T’a demandé plus d’un berger ;
Il t’aurait fait mainte caresse,
Mais eût fini par te manger !
Va, ne crains pas que je te quitte,
Crois-en ma voix ;
Chez un époux si je m’abrite,
Nous serons trois.
Ah ! Daphnis, qui nous guette, etc.
Je le vois, ô bonheur !
Bats moins fort, ô mon cœur !
Un transport, une flamme,
A brûlé, charmé mon âme !
Je la vois, ô bonheur !
Bats moins fort, ô mon cœur !
Un transport, une flamme,
A brûlé, charmé mon âme !
Méchant, c’est toi, qui, sur ta route,
Faisais l’écho !
Faisais l’écho !L’écho ! mais non !
Ce n’était pas toi ?
Ce n’était pas toi ? Non, sans doute !
D’où ce baiser venait-il donc ?
Là-bas, je conduisais mes chèvres,
Et je puis jurer que mes lèvres
N’ont jamais su prendre un baiser.
Mais si tu m’embrassais, peut-être
Pourrais-je bien reconnaître
Si c’est toi qu’il faut accuser !
Je le vois, etc.
Je la vois, etc.
Si nous avions ici, Daphnis, un chalumeau !
(Pan jette son chalumeau entre les deux amants.)
(Regardant la statue.)
Ma voix est entendue !
Dieu ! quelle découverte !
C’est la flûte de Pan, creusée en un roseau !
Avec ces tendres harmonies,
Dont il possède les secrets,
Pan évoque tous les génies
Et les nymphes de nos forêts !
Pour entendre
Sa voix si tendre
Du fond des eaux,
Se lèvent les naïades,
Dans les roseaux ;
Et les chênes,
Disant leurs peines,
Agitent leurs rameaux !
Mon Dieu ! qu’il est bête !
Pour moi, c’est nouveau,
Jouer du chalumeau
Dans un tête-à-tête !
Hélas ! cet instrument divin,
En mes mains devient inutile !
Il est cependant bien facile
De se rappeler le refrain
Qui charme ces campagnes,
Et que sur les coteaux
Répètent mes compagnes
En menant leurs troupeaux.
De ta voix si tendre,
Daphnis veut l’apprendre !
Écoute bien
Ce doux refrain.
Le voilà (ter)
Pan pan pan,
Le dieu Pan
Fait pan pan
De son pied de chèvre
Pan pan pan,
Et le dieu Pan
Posant sa lèvre
Sur l’instrument.
Pan pan.
Pan pan pan pan,
Oui, le dieu Pan
Charme le tympan.
Pan pan.
Tu sais le rythme et la cadence,
Mieux que moi tu peux l’essayer !
Non, vraiment, je tremble d’avance,
Et ne ferais que bégayer.
Mon élève est vraiment jolie,
Et je me mets de la partie.
On l’a pu remarquer souvent,
Pan est un dieu très-complaisant !
Ah ! Chloé, que ta voix charmante
À l’instant
Ravisse mon cœur et l’enchante
Doucement.
Voyons,
Écoutons !
Ô prodige nouveau !
Sous mes doigts inhabiles,
Quoi, ce faible roseau
Rend des accents faciles !
Ô prodige nouveau ! etc.
Pan pan pan,
Oui, le dieu Pan, etc.
Même en fermant les yeux,
Je la verrai sans doute ;
Rêve que je redoute,
Pour moi, descends des cieux.
Oui, qu’un rêve ramène
Ces maux que nous aimons,
Pour que Chloé revienne,
Dormons !
II
Non, tu vas rester avec nous,
À nos vœux il faudra te rendre,
Ta Chloé saura bien t’attendre,
Non, tu vas rester avec nous.
Ah ! je vous implore à genoux,
Hélas ! ma Chloé va m’attendre,
Ne m’arrêtez pas davantage.
Nous te garderons pour otage,
Ou bien, pour payer ta rançon,
Tu nous diras cette chanson.
Tu nous diras cette chanson.
Nous la voulons.
Nous la voulons. Ah ! sans façon,
J’aime mieux dire ma chanson !
Néréa,
La nuit est sereine,
Néréa,
Mon âme est en peine,
Viens et n’attendons pas du jour
Le retour.
Je me meurs sans toi !
Prends pitié de mon délire !
Ah ! de Néréa, le sourire
Me fait plus heureux qu’un roi !
Néréa,
L’oiseau du bocage
À déjà
Son plus doux ramage.
Les roseaux
Frémissent au bord des eaux !
Je me meurs sans toi, etc.
Ah ! que peut-il faire ?
Ô douleur amère !
Je me désespère,
Il est loin de moi.
Quelle est ma souffrance !
Pendant son absence,
Je pleure en silence,
Et ne sais pourquoi.
Vite, vite, vite, reviens vite,
Chloé te désire et t’attend,
Elle t’attend.
N’entends-tu pas sa voix qui t’invite
À venir calmer mon tourment ?
Cruel tourment !
Vite, vite, vite, vite, Daphnis, reviens vite.
Plus d’ennuis,
Plus d’ennuis,
Près de toi, Daphnis.
Ah ! de ma candeur extrême,
Dieu Pan, je dois m’accuser ;
Car, hélas ! je ne sais pas même
Comment on prend un baiser.
J’aime ton ignorance,
Et sans plus de façon,
Cher amour, je commence
À présent, ma leçon.
Vers moi, tourne-toi d’un air tendre.
Comme ceci ?
Comme ceci ?Fort bien, vraiment.
Maintenant, voulez-vous m’apprendre ?…
Comment votre baiser (bis) se prend.
Que fait-il là, un baiser de sa bouche ?
Eh quoi ! déjà ta pudeur s’effarouche.
À mon Daphnis, j’irai le rendre (bis).
Quoi vous allez m’apprendre ?
Tout.
Mais pourrais-je comprendre ?
Tout.
Vous savez pour m’instruire ?
Tout.
Et vous allez me dire
Tout.
Tout, tout,
Tout, tout,
Ah ! quelle douce ardeur !
Voilà (bis) le vrai bonheur.
La petite est charmante,
Son doux minois m’enchante.
Pour réchauffer mon cœur,
Buvons cette liqueur (bis).
Et maintenant, dites-moi vite
Ce que je dois apprendre ensuite.
Quoi donc ? quoi donc ?
Mais vous devez comprendre.
Rien…
N’alliez-vous pas m’apprendre ?…
Rien.
J’espérais, pour m’instruire…
Rien !
Que vous alliez me dire…
Rien !
D’où vient son embarras ?
Je ne m’en souviens pas.
Je te disais je ne sais plus quoi ;
Et puis après quoi, je reste coi.
Je n’y comprends rien.
Tu me comprends bien.
Le dieu Vulcain,
La belle Vénus,
J’avais un chien,
Je ne l’ai plus.
Eh quoi ! rien après !
Garde mes secrets.
Eh quoi ! rien, rien !
Ah ! j’avais un chien.
Pourtant, j’ai pu comprendre.
Bien.
C’est ma main qu’il faut prendre.
Bien.
La serrer ferme et vite.
Bien.
Puis m’embrasser ensuite.
Bien.
Ah ! c’est charmant !
Quelle leçon facile !
En ce moment,
Soyons docile.
Maintenant à ton tour…
On fait asseoir sa belle.
On s’assoit auprès d’elle.
Bah !
Et puis ?
Alors, on cause
Bas,
Et puis…
Et puis… Et puis…
Et puis… Et puis… Je n’ose
Pas.
Oh ! c’est charmant !
Quelle leçon facile !
En ce moment,
Soyons docile.
Ah ! que notre vie est joyeuse !
Nous chantons, nous rions toujours.
Vénus n’est pas plus heureuse,
Vénus la reine des amours.
Dans l’Olympe, on doit vous attendre.
Eh bien, nous allons nous y rendre.
Oui, partons.
Oui, partons. Eh ! mais, qu’a donc le dieu Pan ?
Regarde-le.
Regarde-le. Pan, pan, pan, pan, pan, pan.
Chloé chérie,
Daphnis n’est pas mal ;
On se marie,
Ça m’est bien égal.
Nous serons unis.
Je ne sais où j’en suis.
Que de rien il ne te souvienne.
Eh quoi !
Eh quoi !De ma leçon, c’était la fin.
Il faudra terminer la mienne.
Nous la finirons demain ;
Mais, pour remercier les bacchantes,
Le dieu Pan et les corybantes,
Chantons (4 fois)
(Reprise du pan, pan, etc.)
Posant sa lèvre
Sur l’instrument.
Messieurs, pour cette bergerie…
Nous n’implorons pas de pardons.
Ce qui n’est pas bon on l’oublie.
Pour ce tableau, moi je vous prie,
Soyez doux comme des moutons.
Pan, pan, pan,
Faites pan, pan.
Un pan, pan,
Charme le tympan.