La nuit règne ; les vents assiègent en furie
La nef où Danaé va, dans la sombre mer,
Périr avec son fils, le fils de Jupiter !
Danaé de ses bras l’environne, et s’écrie :
« Nous ne reverrons plus les rivages d’Argos ;
Mon père nous condamne aux ombres éternelles.
Aimable et cher enfant, dors, bercé par les flots ;
Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !
« Ô mon fils ! tu ne crains ni le courroux des vents,
Ni la nuit sans clarté, ni la vague sonore ;
Ton doux et jeune cœur se rit des flots mouvants
Qui passent sur ton front sans le toucher encore.
Ah ! si tu comprenais nos dangers et nos maux,
Tu sentirais aussi mes alarmes mortelles.
Mais non… dors, mon enfant ; dors, bercé par les flots ;
Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !
« Tyndarides brillants, dont l’éclat toujours pur
Des turbulentes mers blanchit le noir azur,
Ô célestes gémeaux, que le nocher révère !
Ce fils, d’un sang divin, n’est-il pas votre frère ?
De Danaé plaintive écoutez les sanglots :
Veillez sur nous, du haut des voûtes éternelles.
Et toi, dors, mon enfant ; dors, bercé par les flots ;
Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !
« Cyclades, chastes sœurs, qui flottez sur la mer,
Et couronnez au loin les flots bruyants d’Égée !
Je me confie à vous : du fils de Jupiter
Attirez sur vos bords la barque protégée.
Sers une autre Latone, ô palmier de Délos !
Étends sur nous aussi tes feuilles immortelles.
Et toi, dors, mon enfant ; dors, bercé par les flots ;
Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !
« N’ai-je point découvert sur les flots aplanis
Tes enfants balancés mollement dans leurs nids,
Fille du dieu des vents, tutélaire Alcyone ?
N’ai-je pas entendu ta plainte monotone ?
Au nom de ton Céix englouti dans les eaux,
Que la docile mer se calme sous tes ailes !
Et toi, dors, mon enfant ; dors, bercé par les flots ;
Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !
« Déesse aux pieds d’albâtre, orageuse Thétis,
Du souverain des Dieux toi fille auguste et chère !
Tu sais, hélas ! quels pleurs coûtent les jours d’un fils ;
Mère, prête l’oreille aux plaintes d’une mère. »
Thétis entend sa voix, et dit : « Nymphes des eaux,
« Confiez leurs destins aux Cyclades fidèles !
« Et toi, dors, jeune enfant ; dors, bercé par les flots ;
« Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles ! »