Bourgongne, France, et l’amour et la muse
Me feit, me tint, me ravit, m’amusa,
Petit, grandet, jouvenceau, puis usa
Mes plus beaux ans auprès d’une Méduse.
Jà quelque peu de doctrine confuse
Ornoit mon chef quand l’amour s’opposa
Devant mes yeux et par eux embrasa
Mon pauvre cœur, qui dedans le feu s’use.
France me print encor plein de vergongne
Entre le sein de ma merc Bourgongne,
Puis, me sevrant, me monstre à l’univers.
Amour me veit d’un trop libre courage.
Me print, et puis, me mettant en servage,
M’apprint la danse et la Muse des vers.
D’avoir passé les monts pour courir l’Italie,
Turin, il te doit estre ores un grand tourment.
Ores il me doit estre un grand soulagement.
Tu avais à Dijon une parfaite amye,
Et j’avois dedans Dole une fière ennemie ;
La tienne d’un doux œil te traitoit doucement,
La mienne d’un rude œil me traitoit durement,
Ne me paissant jamais que de mélancolie.
Tu as laissé ton heur pour estre malheureux,
J’ay laissé mon malheur pour estre bien heureux :
Je plorois dans Bourgongne, et je ris dans Padoue,
Tu riois dans Bourgongne, et dans Padoue estant
Tu vas chez Bartholin tes amours regrettant.
Yoylà comment de nous ce petit dieu se joue.