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Fulgence Girard · Romanticismo

Charité (Girard)

francés

Si déjà nos forêts, par les vents dépouillées,

De leur feuillage aride ont jonché leurs allées ;

 Si la nature prend le deuil,

L’art nous rend les trésors que le temps nous enlève :

Au sein de nos hôtels un jour plus doux se lève :

 L’hiver n’ose en franchir le seuil.

Le plaisir, dont la voix aux fêtes nous convie,

Remplit nos cœurs d’amour, nos salons d’harmonie,

 Nos corridors de fleurs ;

Les jours sont aux festins, les nuits sont à la danse ;

Mais la saison des ris, qui pour nous recommence,

 Pour le pauvre est celle des pleurs !

Trop souvent l’indigent, en ces courtes journées,

Tend en vain au travail ses mains infortunées ;

 Or, pas de travail, pas de pain !

Puis, sur le soir, il voit se glisser sous son chaume

Son plus sombre ennemi : le froid, hideux fantôme,

 Plus redoutable que la faim !

Qui pourrait évoquer tous les drames funèbres

Dont ces fatales nuits voilent de leurs ténèbres

 Les secrets d’angoisse et de deuil ?…

C’est un pauvre vieillard, au front octogénaire,

Dont le vent glacé fait des haillons le suaire,

 Et du froid grabat le cercueil.

C’est une mère, en proie à toutes les détresses,

Qui n’a, pour réchauffer son fils, que ses caresses ;

 Et qui, sur son lit de douleur,

Invoque en vain le ciel, crie et se désespère

En sentant son enfant, créature éphémère,

Se glacer… jusque sur son cœur !

Il est si doux de rêver en silence

Aux larmes qu’on a pu tarir !

Vous l’avez bien compris ; vous êtes accourues,

Femmes au front candide et vierges ingénues,

 Âmes ardentes, tendres cœurs !

Oui, c’est la charité qui, sur ces bancs, déploie

Ce frais cercle d’atours, de blondes et de soie,

 Ce riant parterre de fleurs.

Car nos chants, loin d’aller irriter la misère,

Auront, pour tout écho, les vœux et la prière

 Qu’exhale un cœur reconnaissant.

Les roses du plaisir qu’ici votre main cueille,

S’échappant de vos doigts, s’en iront, feuille à feuille,

 Tomber sur le toit indigent.

Ce lustre, dont l’éclat en ces lieux vous éclaire,

Au-delà de ces murs projette sa lumière :

 Ses rayons purs et généreux

Pénétrant sous le chaume où gémit l’indigence

Iront, reflets d’amour, par leur douce influence,

 Y réchauffer le malheureux.

Et vous avez voulu, dans votre ardeur pieuse,

Religieux essaim et foule gracieuse,

 Apporter le sel et le pain

Au modeste banquet que notre main prépare.

Banquet où, grâce à vous, le pauvre, ce Lazare,

 Viendra prendre place demain.

Si vous saviez combien la bonté vous rend belles !

Quels doux feux son éclat allume en vos prunelles !

 Grâces, attraits, précieux dons,

Beauté, dont la fraîcheur se déflore et s’envole,

Que sont-ils donc auprès de la sainte auréole

 Dont la charité ceint vos fronts ?…

Quand il voulut créer la femme, Dieu lui-même

Emprunta trois rayons à son pur diadème :

Amour, bienfaisance, beauté !

Sa droite en condensa l’essence lumineuse

Pour en former le cœur, pléiade radieuse,

 Autre ineffable trinité !

Quelle âme ne s’émeut devant ces jeunes femmes

Qui, dans cet âge heureux où le cœur n’est que flammes,

 Où le monde n’est que splendeurs,

Rejetant leurs atours comme un linceul funeste

Pour mériter l’amour de leur époux céleste

 Se fiancent à nos douleurs !

C’est qu’aux regards charmés une clarté divine,

S’élevant de leur cœur sur leur front, l’illumine

 Du plus chaste rayonnement ;

Ainsi qu’une veilleuse, en sa prison d’opale,

De son toit précieux avivant le ton pâle,

 Le nacre de reflets d’argent.

Donnez semblable à ce nuage,

Qui formé des eaux du rivage,

Retombe en flots purs et féconds ;

Trésor qu’un divin souffle enlève

Vers le ciel, l’aumône s’élève

Pour redescendre sur nos fronts.

Vous, Mesdames, ô vous dont la tendre magie

Dore notre bonheur et charme notre vie,

 Enchanteresses aux doux yeux ;

Quittez parfois, quittez votre splendide sphère,

Et descendez semer, au seuil de la chaumière,

 Le grain que l’on récolte aux cieux.

Dieu met dans votre voix de suaves dyctames ;

Lisez en votre cœur, votre tâche est, ô femmes,

 De secourir et consoler ;

Des plus divins trésors, mystérieux mélanges,

Sous le toit du malheur vous paraissez des anges

 Qu’on s’attend à voir s’envoler.

Oh ! remplissez-la bien, votre tâche bénie ;

Soyez le pur esprit, soyez le bon génie

 Qui veille sur le malheureux ;

Quand il gémit, soyez l’écho qui lui réponde,

Soyez le doux soleil dont la chaleur féconde,

 Sèche les larmes dans ses yeux.

Étouffez ses soupirs et prévenez sa plainte ;

Versez, pour l’adoucir, dans sa coupe d’absinthe

 Quelques gouttes de votre miel.

Le Seigneur compte en haut vos bienfaits ; chaque aumône

Ajoute un diamant de plus à la couronne

 Qui vous attend un jour au ciel.

Donnez donc ! l’indigent que le bienfait console

Cherchera dans son cœur la plus douce parole

 Pour vous louer et vous bénir !

Donnez ! et vous verrez la vieillesse et l’enfance

Dont vos secours auront allégé la souffrance,

 Dans vos rêves se réunir.

Donnez !… riches, d’ailleurs le pauvre est votre frère !

Celui que, chaque soir, vous nommez votre Père

 N’est-il pas le père de tous ?

Le Prophète divin, celui dont le calvaire

Étendit les deux bras pour qu’il bénît la terre,

 Est mort pour lui… comme pour vous.

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Autor
Fulgence Girard
Título
Charité (Girard)
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-charite-girard--fulgence-girard-aa6b6c
Cita recomendada
Fulgence Girard, «Charité (Girard)», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-charite-girard--fulgence-girard-aa6b6c.html

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