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Léon Deubel · Modernismo

Chant pour l’amante

francés

Ô toi que je vénère à l’égal des Chimères

Qui ont armé tes doigts de leurs griffes d’acier,

Ô femme aux flancs flétris par l’œuvre de la mère

Je dépose humblement ma louange à tes pieds.

Au fond d’un bouge aveugle à la lumière d’or,

Parmi la double horreur de l’ivresse et des rides,

Un jour tu m’as tendu l’embûche de ton corps

Lové comme un serpent dans les ronces perfides.

Un jour j’ai recueilli la volupté divine

Au putride relent de ta bouche édentée ;

La vieillesse et la mort qui griffaient ta poitrine

Ont veillé mon sommeil au verger dévasté.

Et quand le désir fauve élargissant ses ondes

M’a grisé de son vin et souillé de sa lie,

Chaque fois j’ai senti de la minute immonde

Me remonter aux dents l’écume de la vie.

*

J’adulais chastement un idéal rageur

Et je priais les Dieux qui savaient mon amour

D’accorder la Très Chère et la Pure à mon cœur

Avant qu’il descendît le versant de mes jours.

Ma vie abandonnée aux mains blanches d’Elvire,

L’hymen eût pu m’offrir sa froide majesté,

Et, coquebin féru d’un spécieux délire,

J’aurais voué mon rêve à la fécondité.

Ô toi qui n’étais pas encore dans ma couche,

Ô toi qui m’apportas les fruits clairs de tes seins

Et qui devais plus tard faire saigner ma bouche

Lutée à la blancheur perverse de tes reins.

Tu devais m’enseigner qu’il n’est pas de dictame

Plus amer et plus doux que l’ardente blessure

Ouverte dans la chair fragile de la Femme

Quand l’orage des sens fait tonner sa luxure.

Beaux yeux embus de pleurs, doigts annelés de bagues,

Corps ivre de vin noir des pampres enchantés,

Vous deviez m’entraîner, roulé de vague en vague,

Vers le rivage en feu d’une autre éternité !

Capturé tout entier aux multiples liens

Que tresse sur mon cou ta chevelure torse,

Toi seule as su dompter en des jours anciens

Les fauves qui peuplaient les jungles de ma force.

Sur tes seins divergents qui fleurissaient ma bouche,

Maîtresse ! j’ai trouvé le refuge et l’asile,

Et je t’ai enlacée en un élan farouche,

Comme un python s’enlace au torse nu d’un psylle.

Par les aubes d’étain et les midis de plomb,

Ma poitrine ajustée à ton ventre convexe

Que semble couronner la mousse d’un vin blond,

Avidement, j’ai bu la coupe de ton sexe.

*

Sous les pans des rideaux passaient les mauvais anges

Qu’attirait le péché de tes boucles nocturnes

Et ton parfum, semblable à ceux des fleurs étranges

Macérées dans le lait fluide de la lune.

Souviens-toi ! j’ai crié dans la nuit de l’abîme

Comme un damné perdu dans l’enfer braséant

Qui regarde mourir sous l’éclatante cime

Le soleil glorieux qui caressa ses flancs.

Et des soirs j’ai voué ma joie à la tristesse

Alors que mon désir sonnait de l’olifant,

L’astre d’un diamant scintillait sur tes tresses

Et ta main dans ma main tremblait comme un enfant.

Souviens-toi ! l’univers nous entr’ouvrait l’histoire

Où nous allions rejoindre en leurs cercles ignés

Pour défier l’enfer et revêtir leur gloire,

Tous ceux que la luxure autrefois a damnés.

Et des pans d’azur noir croulaient sur nos chemins,

Et de la profondeur de l’ombre pathétique

Les Triomphes montaient, des palmes à la main,

Et les jours effarés fuyaient sous leurs portiques.

*

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Por su autor
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Autor
Léon Deubel
Título
Chant pour l’amante
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-chant-pour-lamante--leon-deubel-263cae
Cita recomendada
Léon Deubel, «Chant pour l’amante», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-chant-pour-lamante--leon-deubel-263cae.html

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