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Eugène Imbert · Modernismo

Chansons choisies d’Eugène Imbert — Mon voisin

francés

Vous le savez probablement :

Depuis tantôt dix ans j’habite

Le vingtième arrondissement.

On n’y vit pas en cénobite ;

On voisine et de temps en temps

Je vais flâner avec délice

Et passer quelques doux instants

Chez un vieil ami sans malice.

Il me parle des jours passés ,

C’est le seul sujet qui lui plaise.

Eh ! parbleu, vous le connaissez

Mon voisin : le père Lachaise.

Vous fait-il peur ? Sachez-le donc,

Ce n’est pas un vieillard morose.

Dans son jardin, près du chardon,

En juin fleurit aussi la rose.

Puis, le pinson, le rossignol,

En dépit des murs et des grilles,

Lancent, sans dicze ni bémol.

Leurs feux d’artifice de trilles,

Scntez-voiis l’espoir chanceler

Dès que sur vous le malheur pèse ?

Il est prêt à vous consoler.

Mon voisin le père Lachaise.

Incapable d’une noirceur.

Et muet, malgré son mérite,

Il ne fut jamais confesseur

D’un roi ni d’une favorite.

De reproches et de sermons

Il n’a pas la tôte remplie ;

Des vains hochets que nous aimons

Il nous pardonne la folio.

Il laisse notre jeune ardeur

Plonger dans l’humaine fournaise ;

Il sait où conduit la grandeur,

Mon voisin le père Lachaise.

Beaucoup de doute, un peu de foi,

Voilà pour sa bibliothèque.

La Fontaine, Raspail et Foy

Valent bien Moïse et Sénèque.

En fin matois qui s’y connaît.

Cachant ses leçons sous le liewe,

Il rit des dieux avec Volney,

Il rit des sots avec Molière ;

Il expose à ses visiteurs.

Toute la pléiade française :

Il aime trop les bons auteurs,

Mon voisin le père Lachaise.

Gens de travail, gens de loisir.

Que la terre soit blanche ou verte,

II vous accueille avec plaisir,

Et, pour vous, sa porte est ouverte.

Il abrite, sous ses tilleuls,

L’enfance aux bonheurs éphémères.

Et les soupirs des grands aïeuls

Répondent aux soupirs des mères.

Mais, sitôt qu’un clair soleil luit,

Comme il berce, comme il apaise

Ceux qui viennent dormir chez lui.

Mon voisin le père Lachaise.

Il est bien seul, durant l’hiver.

Et semble gémir sous les branches ;

Mais, dès qu’Avril pousse un brin vert,

Que de visites, les dimanches !

En face, on voit des cabarets

Où de bons amis, en famille,

Tâchent de noyer leurs regrets

En buvant frais sous la charaiilJe.

Pendant qu’à leurs joyeux repas

Ils s’arrosent de Beaune à seize,

Allez voir — mais n’y restez pas —

Mon voisin le père Lachaise.

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Dónde vive
La Biblioteca

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Expediente

Autor
Eugène Imbert
Título
Chansons choisies d’Eugène Imbert — Mon voisin
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-chansons-choisies-deugene-imbert-mon-voisin--eugene-imbert-68c1d7
Cita recomendada
Eugène Imbert, «Chansons choisies d’Eugène Imbert — Mon voisin», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-chansons-choisies-deugene-imbert-mon-voisin--eugene-imbert-68c1d7.html

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