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Eugène Imbert · Modernismo

Chansons choisies d’Eugène Imbert — Le Bouleau

francés

Au pays où le sol ne montre

Que neige et deuil, et glace et mort,

Le dernier arbre qu’on rencontre,

En montant vers le pôle nord,

C’est le bouleau, roi sans partage ;

Il est à lui seul sa forêt

Et domine une vaste plaine

Où pas un sapin ne vivrait !

À l’heure où la nuit est sombre,

Écoutez au bord de l’eau :

Ce qui murmure dans l’ombre,

C’est la chanson du bouleau. Bis.

Debout sur le rocher qu’il creuse,

Il brave les efforts du temps.

Son essence est si vigoureuse

Qu’il grandit jusqu’à soixante ans.

Ferme et vaillant sous la tempête,

C’est à peine encor si plus tard

Un siècle pesant sur sa tête

Courbe le robuste vieillard.

À l’heure où la nuit est sombre.

Écoutez au bord de l’eau :

Ce qui murmure dans l’ombre,

C’est la chanson du bouleau.

Sa racine drageonne et trace,

Et sous ses rameaux triomphants

Surgit, pour propager sa race,

Une pépinière d’enfants.

Quand le vent agite ses branches,

Le poëte qui va songeant

Ne sait, à voir ces feuilles blanches,

Si c’est du givre ou de l’argent.

À l’heure où la nuit est sombre,

Écoutez au bord de l’eau :

Ce qui murmure dans l’ombre,

C’est la chanson du bouleau.

Peu jaloux du tremble ou du frêne,

Et mieux qu’eux abritant les nids,

Le bouleau seul a plus de graine

Que dix peupliers réunis,

Avant que l’hiver nous inonde,

On voit s’envoler par les airs

Sa semence dure et féconde

Qui repeuplera les déserts.

À l’heure où la nuit est sombre,

Écoutez au bord de l’eau :

Ce qui murmure dans l’ombre,

C’est la chanson du bouleau.

Mais enfin il tombe. À ta tâche.

Homme du nord ! Va : que crains-tu ?

Fends, scie et taille sans relâche

Le géant sur l’herbe abattu.

De cet arbre, que la nature

Livre à ton bras par trahison,

Fais des timons pour la voiture

Et des balais pour la maison.

À l’heure où la nuit est sombre,

Écoutez au bord de l’eau :

Ce qui murmure dans l’ombre,

C’est la chanson du bouleau.

L’hiver ferme porte et fenêtre,

Et la bise ébranle nos toits :

Aussi bien que le bois du hêtre

Le bouleau réchauffe nos doigts.

Et si l’aubier dans l’âtre fume,

L’écorce enlevée à sa chair

Dégraisse, unit, tanne et parfume

Le cuir que Moscou vend si cher.

À l’heure où la nuit est sombre,

Écoutez au bord de l’eau :

Ce qui murmure dans l’ombre,

C’est la chanson du bouleau.

An printemps sa sève abondante

Se recueille à trois pieds du sol.

Le jus dans la cuve fermente

Et se transforme en alcool.

Le Russe en boit, perd l’équilibre ;

Il est ivre, il oublie, il dort.

Il est heureux : il se croit libre…

Au réveil, le knout et la mort !

À l’heure où la nuit est sombre.

Écoutez au bord de l’eau :

Ce qui murmure dans l’ombre,

C’est la chanson du bouleau. Bis.

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Autor
Eugène Imbert
Título
Chansons choisies d’Eugène Imbert — Le Bouleau
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-chansons-choisies-deugene-imbert-le-bouleau--eugene-imbert-0d8b5d
Cita recomendada
Eugène Imbert, «Chansons choisies d’Eugène Imbert — Le Bouleau», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-chansons-choisies-deugene-imbert-le-bouleau--eugene-imbert-0d8b5d.html

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