À deux cuartos,
À deux cuartos,
Des éventails pour s’éventer,
Des oranges pour grignoter !
À deux cuartos,
À deux cuartos,
Señoras et caballeros !
Des oranges, vite !
PLUSIEURS MARCHANDS, se précipitant.
LES AUTRES MARCHANDS.
Les voici ! voici la quadrille,
La quadrille des toreros !
Sur les lances, le soleil brille ;
En l’air, toques et sombreros !
Les voici ! voici la quadrille,
La quadrille des toreros !
Voici, débouchant sur la place,
Voici d’abord, marchant au pas,
L’alguazil à vilaine face…
À bas ! à bas ! à bas ! à bas !
Et puis saluons au passage,
Saluons les hardis chulos !
Bravo ! vivat ! gloire au courage !…
Voici les banderilleros !
Voyez quel air de crânerie,
Quels regards et de quel éclat
Étincelle la broderie
De leur costume de combat !
Une autre quadrille s’avance :
Les picadors… comme ils sont beaux !
Comme ils vont du fer de leur lance
Harceler le flanc des taureaux !
Puis l’espada, la fine lame,
Celui qui vient terminer tout,
Qui paraît à la fin du drame
Et qui frappe le dernier coup…
Bravo ! bravo ! Escamillo !
Escamillo, bravo !
Si tu m’aimes, Carmen, tu pourras, tout à l’heure
En me voyant à l’œuvre être fière de moi.
CARMEN.
Bravo ! bravo ! Escamillo !
Escamillo, bravo !
L’alcade ! l’alcade,
Le seigneur alcade !
Pas de bousculade !
Regardons passer
Et se prélasser
Le seigneur alcade.
Place, place au seigneur alcade !
Carmen ! un bon conseil : ne reste pas ici.
CARMEN.
C’est toi ?
JOSÉ.
CARMEN.
Carmen, il est temps encore,
Ô ma Carmen, laisse-moi
Te sauver, toi que j’adore,
Et me sauver avec toi !
Pourquoi t’occuper encore
D’un cœur qui n’est plus à toi ?
En vain tu dis : « je t’adore ! »
Tu n’obtiendras rien de moi.
Tu ne m’aimes donc plus ?
Tu ne m’aimes donc plus ?
CARMEN.
JOSÉ.
Vivat ! la course est belle ;
Sur le sable sanglant
Le taureau qu’on harcèle
S’élance en bondissant…
Vivat ! bravo ! victoire !
Frappé juste en plein cœur,
Le taureau tombe ! gloire
Au torero vainqueur !
Victoire ! victoire !
Où vas-tu ?…
CARMEN.
JOSÉ.
Vivat ! bravo ! victoire !
Frappé juste en plein cœur,
Le taureau tombe ! gloire
Au torero vainqueur !
Victoire ! victoire !…
Ainsi, le salut de mon âme,
Je l’aurai perdu pour que toi,
Pour que tu t’en ailles, infâme !
Entre ses bras, rire de moi…
Non, par le sang, tu n’iras pas,
Carmen, c’est moi que tu suivras !
Non ! non ! jamais !
JOSÉ.
CARMEN.
Eh bien ! damnée…
Toréador, en garde !
Et songe en combattant
Qu’un œil noir te regarde
Et que l’amour t’attend.
Vous pouvez m’arrêter… c’est moi qui l’ai tuée.
Ô ma Carmen ! ma Carmen adorée !…