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PoetósferaLa BibliotecaBonaventure Des Périers

Bonaventure Des Périers · Renacimiento

B. des Périers

francés

Un jour de may, que l’aube retournée

Refraichissoit la claire matinée

D’un vent tant doulx, lequel sembloit semondre

A prendre l’heure, ains que se laisser fondre

A la chaleur du Soleil advenir,

Je me levay, à fin de prévenir,

Et veoir le poinct du temps plus acceptable

Qui soit au jour de l’Esté délectable.

Pour donc un peu recreer mes Espritz,

Au grand verger, tout le long du pourpris,

Me pourmenois par l’herbe fresche et drue,

Là où je vis la rose espandue.

Et sur les choulx ses rondelettes gouttes

Courir, couler, pour s’entrebaiser toutes ;

Puis tout soudain devenir grosselettes

De l’eau tombée à primes goutelettes

Du Ciel serein : là vis semblablement

Un beau laurier accoustré noblement

Par Art subtil, non vulgaire ou commun,

Et le rosier de Maistre Jean de Meun,

Ayant sur soy mainte perle assortie.

Dont la valeur devoit estre amortie

Au premier ray du chauld soleil soleil levant.

Qui jà taschoit à se mettre en avant.

Le Rossignol (ainsi qu’une buccine)

Par son doulx chant faisoit au Rosier signe,

Que ses Bouttons à rosée il ouvrist,

Et tous ses biens au beau jour descouvrist.

L’aube duquel avoit couleur vermeille,

Et vous estoit aux Roses tant pareille,

Qu’eussiez doubté si la Belle prenoit

Des Fleurs le tainct ou si elle donnoit

Le sien aux Fleurs plus beau que nulles choses

Un mesme tainct avoient l’Aube et les Roses,

Une rosée, un mesme advenement,

Soubz d’un clair jour le mesme advancement,

Et ne servoient qu’une mesme Maistresse.

C’estoit Venus, la mignonne Déesse,

Qui ordonna que son aube et sa fleur

S’accoustreroient d’une mesme couleur.

Possible aussi que (comme elles tendoient

Un mesme lustre) ainsi elles rendoient

Un mesme flair de parfum précieux :

Quant à cestuy des roses, gracieux,

Que nous touchions, il estoit tout sensible ;

Mais celuy-là de l’aube, intelligible

Par l’air espars çà bas ne parvint point.

Les beaulx boutons estoient jà sur le poinct

D’eulx espanir, et leurs aisles estendre,

Entre lesquelz l’un estoit mince et tendre,

Encor tapy dessoubs sa cœffe verte :

L’autre monstroit sa creste descouverte,

Dont le fin bout un petit rougissoit ;

De ce bouton la prime Rose issoit.

Mais cestuy-cy demeslant gentement

Les menuz plis de son accoustrement,

Pour contempler sa charnure refaicte.

En moins de rien fut rose toute faicte :

Et desploya la divine denrée

De son pacquet, ou la graine dorée

De la semence estoit espaissement

Mise au milieu, pour l’embellissement

Du pourpre fin de la fleur estimée.

Dont la beauté, naguère tant aymée,

En un moment devint seiche et blesmye,

Et n’estoit plus la Rose que Demye.

Veu tel meschef me complaignis de l’aage.

Qui me sembla trop soudain et volage.

Et dis ainsi : « Las, à peine sont nées

Ces belles fleurs, qu’elles sont jà fannées…

Tant de joyaux, tant de nouveautez belles,

Tant de presens, tant de beautez nouvelles,

Brief, tant de biens que nous voyons florir.

Un mesme jour les faict naistre et mourir !

Dont nous, humains, à vous, dame Nature,

Plaincte faisons de ce que si peu dure

Le port des fleurs, et que, de tous les dons

Que de voz mains longuement attendons

Pour en gouster la jouissance deue,

A peine, las, en avons nous la veue.

Des roses l’aage est d’autant de durée,

Comme d’un jour la longueur mesurée ;

Dont fault penser les heures de ce jour

Estre les ans de leur tant brief séjour,

Qu’elles sont jà de vieillesse coulées

Ains qu’elles soient de jeunesse accollées.

Celle qu’hyer le soleil regardoit

De si bon cueur que son cours retardoit

Pour la choisir parmy l’espaisse nue.

Du soleil mesme a esté mescongnue

A ce matin, quand plus n’a veu en elle

Sa grand’beauté qui sembloit éternelle.

Or, si ces fleurs, de grâces assouvyes,

Ne peuvent pas estre de longues vies

(Puisque le jour, qui au matin les painct,

Quand vient le soir leur oste leur beau tainct,

Et le midy, qui leur rit, leur ravit),

Ce neantmoins, chascune d’elles vit

Son aage entier. Vous donc, jeunes fillettes,

Cueillez bientost les roses vermeillettes,

A la rosée, ains que le temps les vienne

A desseicher ; et, tandis, vous souvienne

Que ceste vie, à la mort exposée.

Se passe ainsi que roses ou rosée.

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Autor
Bonaventure Des Périers
Título
B. des Périers
Lengua
francés
Época
Renacimiento
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-b-des-periers--bonaventure-des-periers-64ac63
Cita recomendada
Bonaventure Des Périers, «B. des Périers», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-b-des-periers--bonaventure-des-periers-64ac63.html

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