Toute pensée est une fleur
Unique en son espèce,
Qui naît, s’ouvre et brille, lueur
Dans notre nuit épaisse.
Elle paraît et disparaît
Comme un rêve à l’aurore.
D’où vient-elle ? C’est un secret.
Où va-t-elle ? On l’ignore.
Dans son éclat, dans sa fraîcheur,
Avant qu’elle nous laisse,
Embaumons-la, forme et couleur,
La frêle enchanteresse.
Toute pensée est une fleur
Unique en son espèce.
C’était au premier jour d’avril.
Il m’en souvient, t’en souvient-il
De même ?
Un soir, sous le ciel, à genoux,
Vous m’avez dit ce mot si doux :
« Je t’aime ! »
Avril, peuplant l’air de chansons,
Gonflait prés, forêts et buissons
De sèves,
Quand le mot, tombé dans mon sein,
Y fit tourbillonner l’essaim
Des rêves.
Ce mot, qu’après tant de combats,
Heureux, nous redîmes tout bas
Ensemble,
Ce mot, par lequel fut lié
Mon cœur, l’auriez-vous oublié ?
Je tremble.
Vous m’avez dit : « Je reviendrai. »
Une femme à ce mot sacré
S’attache ;
Son cœur se donne sans retour,
Pour pouvoir demander l’amour
Sans tache.
La feuille a jauni dans les bois ;
L’oiseau s’est tu ; mois après mois
S’envole.
Votre cœur s’est-il endormi,
Quand le mien veille et souffre, ami ?…
Peur folle !
Je ne veux pas douter ; j’ai foi,
Bien que chacun autour de moi
S’étonne ;
Je ne puis pas douter, j’attends ;
Mon cœur ne connaît pas le temps
D’automne.
Mais ce long silence interdit…
« Je reviendrai, » m’avez-vous dit ;
C’est l’heure.
Te souviens-tu ?… je me souviens ;
Maître de ma vie, oh ! reviens,
Je pleure.