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Alphonse Germain-Lacour · Modernismo

Alphonse-Marie-Joseph Germain-Lacour

francés

Aujourd’hui restons en chemin ;

Reposons-nous : la cime est haute.

Nous monterons plus haut demain ;

Aujourd’hui restons à mi-côte.

Cherchons, au revers du coteau,

L’inclinaison des pentes douces,

Et, sur le sol, lepais manteau

Que font les gramens et les mousses.

Demandons aux arbres pensifs

L’abri de leur dôme qui tremble ;

Fuyons le vert sombre des ifs

Pour le vert adouci du tremble.

Sous ce rideau discret et sûr

Les clartés des cieux sont éteintes:

Goûtons l’attrait du clair-obscur

Et le charme des demi-teintes.

Les bruits lointains venus d’en bas

Vont s’apaisant dans les ramures,

Et nous écoutons les combats

Du silence avec les murmures.

Dans le vague du demi-jour

Les fleurs ont des nuances pâles

Oui nous rappellent tour à tour

Les turquoises et les opales.

Or, vibrant à chaque frisson,

Dans l’inconscience des causes,

L’âme se met à l’unisson

De l’indécision des choses.

Et c’est exquis. Et nous restons

— Ô Nature, c’est bien ta faute ! —

Pris au charme des demi-tons,

Paresseusement, à mi-côte.

(Les Clairières)

On ne les voit bien qu’à l’église,

Quand, dans la crainte du péché,

L’extase les immobilise

À genoux et le front penché.

Car les rencontrer dans la rue

Juste le temps d’être troublé,

Trop tôt l’image est disparue,

L’oiseau trop vite est envolé

Mais l’église, je veux m’y rendre.

Caché dans l’ombre d’un pilier,

Sar.s doute je saurai surprendre

Leur maintien grave et familier.

Elles seront là tout à l’heure ;

Et, tandis que je les attends,

Chacune a quitté sa demeure

Pour entendre la messe à temps.

Elles ne se douteront guère,

Quand elles seront à genoux,

Que dans la nef froide et vulgaire

Je leur ai donné rendez-vous ;

Rendez-vous à toutes ensemble :

C’est pour moi seul qu’elles viendront ;

S’il en manquait une, il me semble

Que toutes me feraient affront.

Pourquoi Dieu mit-il en nos âmes

Tant de regret du ciel perdu

Que l’amour de toutes les femmes

À chacun de nous semble dû ?

Voici des vierges, les plus pures :

Et j’ose penser en ce lieu

À m’attribuer les murmures

De leurs lèvres priant vers Dieu !

Et lorsque leur âme s’allège

Devant Lui, leur maître et leur roi,

Je fais ce rêve sacrilège

Qu’elles s’agenouillent pour moi !…

Oh ! c’est mal !… Et pourtant je pense

Que le pardon m’est accordé ;

L’expiation vaut l’offense :

Pas une ne m’a regardé !

(Les Clairières)

Immobiles, avec leurs ventres rebondis,

Ils traînent lentement leurs roucoulements graves,

Solennels et pensifs comme d’anciens burgraves

Qui regrettent, trop vieux, de n’être plus bandits.

Ils sont passés, pour eux, les voyages hardis !

Car l’âge sans égard pèse sur les plus braves.

Leurs ailes ont connu de subites entraves,

Et pour les longs trajets leurs vols sont alourdis.

hier qu’ils allaient, ce, sans compter les lieues,

Qu’ils regardaient, du haut des immensités bleues,

Le monde raguement perçu comme un décor.

Ils comparent ce temps aux tristesses présentes…

Mais, faibles et vieillis, ils admirent encor

Les reflets zinzolins de leurs gorges luisantes.

(Les Clairières)

Qu’un nouvel objet règne en ton âme, étouffant

Jusqu’au cher souvenir des récentes tendresses,

Soit! Mais n’immole pas sur l’autel que tu dresses

Tes amours d’autrefois à l’amour triomphant.

Prends garde de railler, — l’honneur te le défend, —

Pour plaire à Celle-ci, tes premières maîtresses ;

Elle a tout le présent et toutes les ivresses :

Réserve le secret de tes rêves d’enfant.

Qu’elles aient ton silence au moins, les Oubliées !

Et puisque, à tout ton être intimement liées,

Tu ne peux renier leur puissance d’alors,

Cache, pour l’y trouver aux heures plus amères,

Dans le coin de ton cœur où dorment les dieux morts,

L’asile inviolé des anciennes chimères.

(Les Clairières)

Comme il n’est point de bois si noir et si profond

Où la splendeur des deux par endroits n’apparaisse,

Trouant de flèches d’or l’obscure forteresse

Que la branche rugueuse et la feuille lui font,

Il n’est point d’âme aussi, si triste jusqu’au fond,

Que ne visite un jour, en sa grande détresse,

Ou la calme pensée ou la puissante ivresse,

Avec l’oubli des maux où le cœur se morfond.

Or, bien que tout soit morne et sombre autour de l’être,

Que la moindre clarté malaisément pénètre

Entre le mal de vivre et la peur de mourir,

Mon âme sait pourtant de douces accalmies,

Et découvre, parmi tout ce qui fait souffrir,

Dans le Rêve et l’Amour ses clairières amies.

(Les Clairières)

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Autor
Alphonse Germain-Lacour
Título
Alphonse-Marie-Joseph Germain-Lacour
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-alphonse-marie-joseph-germain-lacour--alphonse-germain-lacour-0b60a1
Cita recomendada
Alphonse Germain-Lacour, «Alphonse-Marie-Joseph Germain-Lacour», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-alphonse-marie-joseph-germain-lacour--alphonse-germain-lacour-0b60a1.html

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