Vous dont j’ai trop chéri l’empire,
Déités de mes jeunes ans,
Muses, reprenez votre lyre :
je vais à des Dieux plus charmans,
porter mes vœux & mon encens ;
l’amour est un plus doux délire ;
vous m’égarâtes, il m’inspire :
lui seul remplit tous nos momens ;
c’est par lui que le cœur desire ;
lui seul est l’intérêt du tems.
Près des biens dont sa main dispose,
que les fleurs du sacré vallon,
que les lauriers sont peu de chose !
L’épine croît sur l’Hélicon :
c’est à Paphos que naît la rose.
Hélas ! dans l’âge du desir,
Muses, faut-il qu’on vous immole
des jours destinés à jouir ?
Qu’importe une gloire frivole ?
L’éternité de l’avenir,
vaut-elle un moment qui s’envole ?
Dans ce gouffre où tout va finir,
voyez tomber & s’engloutir.
talens sublimes, noms célèbres ;
rien fur ces profondes ténèbres
ne fumage que le plaifïr ;
Se tandis qu’il vient me fourlre,
tandis qu’à fon foufïlî enchanteur,
mon cœur fe ranime & refpire
le feu doux & pur du bonheur ;
j’irois, efclave dans vos chaînes,
vivre dans un ancre écarté,
mourir en détail dans les pcinea
d’une trifte célébrité !
tranquille enfin fur le rivage,
J’irois encor chercher l’orage,
braver les dédains, le mépris
d’un public injufte & volage,
expofer mes frêles écrits
aux fureurs d’un cenfeur fauvare !
Non, il eft tems d’être plus fage :
cachons-nous fous l’aile des jeux ;
laifTons à Verdier l’avantage
de charmer un jour nos neveux :
écrire Se plaire eft fon partage ;
mon fort fera moins glorieux :
mais pour être heureux à mon âje,
a-t-on befoin d’un nom fameux ?
Près d’Hilas, la tendre Glyrérc,
qu’a-t-elle à demander aux Dieux ?
Ah rien 1 Hilas eft fous fes yeux,
& da ; is la grotte folitaùe
oîa l’amour feul eft avec eux,
Glycére, dans la paix profonde,
dans le calme délicieux
des plaiſirs donc ſon cœur s’inonde,
Glycére, toute à ſon berger,
a-t-elle le tems ds ſonger
s’il eſt une gloire en ce monde ?
Ainſi vont couler tous mes jours…
quels doux momens ! qu’ils ſeront courts !
près du charmant objet qu’on aime…
Que vois-je ? ô Ciel ! ah ! c’eſt lui-même !
Adieu donc, adieu pour toujours,
Muſes, reprenez votre lyre,
j’aime, & mon cœur & les amours,
bien mieux que vous, m’apprendront à le dire.