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Alfred de Musset · Romanticismo

Acte Cinquième

francés

.mw-parser-output .personnage{font-weight:bold;font-variant:small-caps}DÉIDAMIA.

LES FEMMES.

LES MONTAGNARDS.

Fut élevé dans l’air à côté de son ombre,

Et le marbre insensé tomba du piédestal.

Frank renaît : ce n’est plus cet homme au regard sombre,

Au front blême, au cœur dur, et dont l’oisiveté

Laissait sur ses talons traîner sa pauvreté.

C’est un gai compagnon, un brave homme de guerre,

Qui frappe sur l’épaule aux honnêtes fermiers.

Aussi, Dieu soit loué, ses torts sont oubliés,

Et nous voilà tous prêts à boire dans son verre.

C’est aujourd’hui sa noce avec Déidamia.

Quel bon cœur de quinze ans ! et quelle ménagère !

S’il fut jamais aimé, c’est bien de celle-là.

— Un soldat m’a conté l’histoire de la bière.

Il paraît que d’abord Frank s’était mis dedans.

Deux de ses serviteurs, ses deux seuls confidents,

Fermèrent le couvercle, et, dès la nuit venue,

Le prêtre et les flambeaux traversèrent la rue.

Après que sur leur dos les porteurs l’eurent pris :

« Vous laisserez, dit-il, un trou pour que l’air passe.

Puisque je dois un jour voir la mort face à face,

Nous ferons connaissance, et serons vieux amis. »

Il se fit emporter dans une sacristie ;

Regardant par son trou le ciel de la patrie,

Il s’en fut au saint lieu dont les chiens sont chassés,

Sifflant dans son cercueil l’hymne des trépassés.

Le lendemain matin, il voulut prendre un masque,

Pour assister lui-même à son enterrement.

Eh ! quel homme ici-bas n’a son déguisement ?

Le froc du pèlerin, la visière du casque,

Sont autant de cachots pour voir sans être vu.

Et n’en est-ce pas un souvent que la vertu ?

Vrai masque de bouffon, que l’humble hypocrisie

Promène sur le vain théâtre de la vie,

Mais qui, mal fixé, tremble, et que la passion

Peut faire à chaque instant tomber dans l’action.

Exeunt.

FRANK.

Le mépris le courbait, et la honte souffrante

Qui suit le pauvre était attachée à son dos.

L’univers et ses lois le remplissaient de haine.

Toujours triste, toujours marchant de ce pas lent

Dont un vieux pâtre suit son troupeau nonchalant,

Il errait dans les bois, par les monts et la plaine.

Et braconnant partout, et partout rejeté,

Il allait gémissant sur la fatalité ;

Le col toujours courbé comme sous une hache :

On eût dit un larron qui rôde et qui se cache,

Si ce n’est pis encore, — un mendiant honteux

Qui n’ose faire un coup, crainte d’être victime,

Et, pour toute vertu, garde la peur du crime,

Ce chétif et dernier lien des malheureux.

Oui, ma chère Mamette, oui, j’ai connu cet être.

DÉIDAMIA.

Le tenait embrassé, comme je te tiens là.

Il se tordait en vain sous le spectre sans âme ;

Il semblait qu’un noyé l’eût pris entre ses bras.

Cet homme infortuné… Tu ne m’écoutes pas ?

Voyons, viens m’embrasser.

DÉIDAMIA.

Frank, mon cher petit Charle, attends qu’on nous marie ;

Attends jusqu’à ce soir. — Ma mère va venir.

Je ne veux pas, monsieur. — Ah ! tu me fais mourir !

FRANK.

FRANK.

Il me serait cruel de penser qu’une femme,

Ô Mamette, moins belle et moins pure que toi,

Dans des lieux étrangers, par un autre que moi,

Pût être autant aimée. — Ah ! j’ai senti mon âme

Qui redevenait vierge à ton doux souvenir,

Comme l’onde où tu viens mirer ton beau visage

Se fait vierge, ma chère, et dans ta chaste image

Sous son cristal profond semble se recueillir !

C’est bien toi ! — je te tiens, — toujours fraîche et jolie,

Toujours comme un oiseau, prête à tout oublier.

Voilà ton petit lit, ton rouet, ton métier,

Œuvre de patience et de mélancolie.

Ô toi, qui tant de fois as reçu dans ton sein

Mes chagrins et mes pleurs, et qui m’as en échange

Rendu le doux repos d’un front toujours serein ;

Comment as-tu donc fait, dis-moi, mon petit ange,

Pour n’avoir rien gardé de mes maux, quand mon cœur

A tant et si souvent gardé de ton bonheur ?

DÉIDAMIA.

Vous verrez tout à l’heure, avec ma belle robe

Et mon tablier vert. — Vous riez, vous riez ?

FRANK.

DÉIDAMIA.

Au secours ! au secours ! on m’a frappée au cœur.

Déidamia tombe et sort en se traînant.

Juste Dieu ! c’est Mamette ! Ah ! son âme est partie.

Un stylet italien est entré dans son flanc.

Au meurtre ! Frank, au meurtre !

FRANK, rentrant dans la cabane avec Déidamia morte dans ses bras.

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Autor
Alfred de Musset (1810–1857) · Wikidata Q179680
Título
Acte Cinquième
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-acte-cinquieme--alfred-de-musset-7f46da
Cita recomendada
Alfred de Musset, «Acte Cinquième», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-acte-cinquieme--alfred-de-musset-7f46da.html

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