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PoetósferaLa BibliotecaNicolas Filleul

Nicolas Filleul · Renacimiento

Achille, tragédie françoise

francés

IA laiſſant ſon vieillard l’Aurore nous r’amene

Pouſſant la nuit plus bas, le travail, & la peine.

Et pour mieus mignoter d’vn berger le ſommeil,

La lune au front d’argent dõne place au ſoleil.

Ia deſia le malheur, ia le dœuil ia la perte,

Pauure Grece, à tes yeus tôt ſera découuerte,

Et les dieus courroucés te feront tột ſcauoir,

Qu’en noftre humanité le deſastre à pouuoir :

Que leger eſt ceſtui au pouvoir qui ſe fie,

Et ne ſe void en fin le ſubiect de l’enuie :

De l’enuie qui peut quelque fois l’abaiſſer

Plus bas, que la faueur haut ne la fait hauſſer.

Car ainſi que le chef d’Athos, ou d’Erimanthe,

Des vens touſiours reçoit la rage, & la tourmente :

Ainſi que l’Aquilon furieus iecte en bas

Le fore cheſne, un roſeau pourtant ne froiſſe pas :

La puiſſance d’un Prince au peuple est odieuſe,

Et pour ne flechir pas quelque fois malheureuſe.

Le pouuoir, la faueur, la richeſſe, l’honneur.

Aus arbres foreſtiers egallent leur grandeur,

Quiau chaue de l’eſté deffous leur fueille couurent

Les hommes en l’ombrage ou les ſerpens ſe trouvent.

Dequel doi malheureus fur fillé mon deſtin

Bornant de tant de maus ma miſerable fin ?

Languir, vef de plaiſir, eſclaue de detree,

Eft ce donc la faueur d’estre fils de Deeſſe ?

Plus tôc Theris, plus tôt Deéſe auec les dieus

Coucheril se falloit, Pelée foucieus

D’appeller à ſon lit une femme mortelle,

Euft détourné ce mal qui ſi fort se martelle,

Triſte og morne pour moi, donc adonc ne ſerois,

Adonc à ce grand Dien ta plainte ne ferois,

Pour voir ainſi la fin de ma vie avancée :

Voit tarace d’honneur ſi peu recompenſée,

Qui pour le peu de temps que de viure ell’auoit

Vanter ſon rare honneur ſus tout prince deuoit.

Las helasce malheur qui contraint que ie meure

Contre matriste fin traffaſes pas de l’heure

Que lepin creus ſautta du mont Theſſalien.

Dans la mer pour fingler au bore Lirneſien.

Mon cæur defia ble je me feust certain preſage

Que le deſtin verſoit ſus mon chef quelqu’orage.

Me voila donc par sont ſus la mer foudroiant,

Me voila les amis de la Troie effroiant,

Mais, leger, ie ne ſens dans mon corps que i’enſerre

Dacier pourl’aſſeurer ſe nourrir une guerre.

Ie ne ſens que les murs que i’alloi ruiner

Dans moi pour ſe vanger, ſe deuoient mutiner.

Quant mon caurſegarant ausgeus d’une caprine

Tout ſoudain alluma dans moi la flame viue

Quime feroit un iour l’Arride me priſer,

Qui me feroit un jour Parrocle deguiſer,

Deguiſerlas ! afin qu’une ſi grande plaie

Donnast d’un faus harnois une depouille vraie,

Er qu’un Achille faine, aus Troiens miſt la peur,

En moi miſtla de treffe, & aus Grecs miftl’horreur.

Parle vouloir des dieus, qui cent fois redoublée

Alaitant mon courrous noſtre armée à croublée

La cauſe de sa plaie Vyle donc ie luis,

Car le cæur aus Troiens mon courrons à remis,

Quant pour auoir pat erop ma Briſeide aimée,

De nos Grecs decoupés la campaigne eſt ſemée,

Ou mon plus grand malheur, quant i’alay le prier

Menecie, con fils à ma bande alier,

Er l’amenai d’Oponse au riuage d’Aulide

Vouer ſa vertu braue à ce conatt Atride.

Ori’ai-ie donc trahi ? mais las : fi le deſtin

N’a conduit nos deffains à plus heureuſe fon ?

Qui veule qu’un cercueil meſme à iamais nous retienne,

Quine veule que fans toi, de Troie ie reuienne !

Voire ſi le deſaſtre ingenieus commis

Pourtant eſtrangement ſepater deus amis

M’euft permis à la mort un long adieu te dire,

Prometere ta vengeance, cye montrer de quell ire

Cetui doit les Troiens de leur mur arracher,

Celui qui a tenu fon Patrocle ficher :

Ou bien qu’auecques toi de ma main la victoire

A l’ennemi vainceur exist arraché la gloire,

Qui d’un pareil combat, non pas d’un pareil caur,

Pallifant ſe feaſt die miferable vainceur :

Reportant aus enfers la bonte de faproneffe

Laifant ci haurgefir de ſon cercueil hatelje

Aron ombre pourtant un autelie ferai,

Ou de doute Troiens le ſang", immolerai.

Si faut il qu’a con corps mon veu premier ie paie,

Coupper mon poil ſus toi, ſangloter ſur la plaie.

Cendres de mon devoir les teſmoins, vous ſerez,

Cendres de mon devoir teſmoins : m’aguiterez,

Dudenoir que ie puis : car ma vois n’eſt babille

Paſſer ou Stix neuf fois tout autour ſe tortille.

Ie vais ie vais Achille, Achille la moitié

Demon ame, forcé de leſtroite amitié

D’un tant etroit lien qui nous lia de l’heure,

Que fans moiſon cherfils Menecie demeure,

Pour Æané meurtri, £ané trop hautain,

Qui premier honora la force de ma main.

A qui pour ne rougir ſous luy mon bore humide,

Peu feruift de nommer fon aieul Buviſide.

Lors bien peu au malheur ton Pelée penſoit

Quele Ciel ſur nous deus, crop cruel anançois.

Qui pour faire meurir noftre age plus muable

Nous poft flechir aus lois de Chiron l’equitable,

Qui pour ce qu’en vertu tout autre il ſurmonroic

Æſculape & Hercul ſes nourriſſons vanroit,

L’un pourſuiuir les pas de la courſe celeste,

L’autre à chaffer le mal qui les hommes molefte.

Mais ce monde tout plain de malheur & de l’heur

Prodigue aus uns forbien, ams autres ſon malheur,

Aus indignes ſon bien, ans plus fors la miferei

Ce qui feroit nommer maratre non pas mere

La nature n’estoit que mere ne veult pas

Sous un muable bien lier les ſiens cy bas,

Muable & qui pluftoft eſt une perte & peine,

D’autant que la veriu ſous la fortune il gene

Orpuis que son malheur non plus tien que le mien,

Pour viure encor ci bas recelle encor ton bien,

Efcoute le fouci qui pour toi m’empoinconne

(Carle mal des viuans les ombres paßionne)

Eſcoure, les deſtins les bons deſtins amis

Achille fon Petrocle en oubli ilz n’ont mis,

Ne voulant pas permetre aux Parques & deioindre

Cens qu’enſemble on a veu de tous priſer & craindre :

Mais d’une heureuſe mort toue l’homme ne meurt pas

Ains la meilleure part refte apres le trešpas,

Elle reſte cybas a lheureuſe perſonne

Apres l’heureux depart nom de Dieuelle donne :

Car l’honneur qu’on recoit en ce monde n’eftrien,

Aupourpre de la Roſe un tour ſemblable bien.

Ou l’heureuſe vertu de chacun eſt louee

Mais au triſte malheur de tous deſauouee.

Bien que le triſte dueil engraue ſus mon cheur

Es de toy, & de moy ſe foit fait le vaincueur

Et le regret que iay face que je deffie

Aillé de la fureur, l’uſufruict de ma vie

Encor n’eſtce pas tout il ſe faut bien venger Achille.

De cetui qui d’Achil’fiſt Patrocle etranger,

Quiſes bandes laiſſant par lui effeminees

Trouue au dueil de cent ans les ombres deſtinees

Ausyeus du nocher fourt eſclaue ſous lalong

Anbucheron egalle, o egalle a vn Roy.

Achille ne crois point que de ta main il meure

Car encores fillé la Parque n’a fon heure,

Sa maiſon lui nourrit, ie le peux deuiner,

Ceruy qui doit le cours de ſes ans terminer,

La Parque ne veule pas de ta main qu’il perijſe

De peur que ſon tombeau de la main n’orgueillife,

Er que quelqu’un des liens vantant ſon honneur vain,

Ne die que d’Achille il meritoit la main.

Il ſera tot meurtri cor encore coulpable

Clytemneſtre fera de la mort miſerable

Laiffe tandis Achile, Achille laiſſe en paix

Nos peuples deſastrez las filen fuſt iamais

Er qui ſans le ſecours du mollet Æacide

Se font campez en vain comme en vain de l’Aulide

Defancrames alors que des vens courontez.

Par Diane aux eſcueilz nous feuſmes repouffez,

D’une eſtrange fureur, par ce Roy meritee,

Qui forcenoir ſur nous a grand torr irritee.

Orle grec de ce lieu vaincueur ſeleuera,

Mais noftre honneur blefédesant il vengera

Pourtant ai-je pitié de ceſte Polixene

Qui n’atent comme elle eſt de ſes noces l’estrene

Et bien toſt on dira dedans ce champ Troien,

Voila ou a eſté le mur Neptunien.

La demeuroit Priam, & la Laomedonte,

La Ænce ſesdieux embarquoit dans le Ponte.

Mais las ce qui plus fort me gene, bleſſe, cg poind,

C’eſt que chacun dira, ce cercueil n’eſt il point

D’Hector, qui mort encor ces ruines honore ?

Las non. Il eſt facré d’Achille a la memoire.

Mais entre ces malheurs fi m’eſtce grand plaiſir

Que loin d’ici n’yras en la Grece geſir

Ains croiſtras auec moy ceſte poudre Troyenne.

Fraudant de ton tombeau ta gene Theſſalienne.

Hà Patrocle ou fuis tu arreſte arreſte un peu,

Mom Patrocle ou fuistu ? porte pour moy ce veu

A ces bons demi— Dieux deſquelz ie ſuis la race,

Veuſainet qu’ilz receurontpremier quela ie paſſe

le leur conſacre adonc baniſſant la pitie,

A l’horreur, & a eux, & a l’inimitié,

Hector, Troye, ſon Roy, leurs maiſons, & leur temple,

Ie conſacre aux fureursa iamais un exemple

Duquel au temps preſent, &go au temps aduenir

Se puiſſent nos nepueux a iamais fouuenir

Que tonnez vous o Dieux. Ja deſia ie me trace

Ce ſentier qui bien toſt me conduiſe a la place

Qu’a gaigné ma vertu, tout auprez du Torean

Reluite on me voirta d’embas aſtre nouueau,

Ou bien un peu plus haut, ou deſia ſe recule

Le Scorpion cruel, ca le Lion qui bruſle

Ce marchepied des Dieux, vous fuirez donc Troyens

Dedans le ſeur rampart de voz murs anciens

Le chef d’œuure des Dieux : ces Dieux pour les fallaires

Qu’ilz ont receu de vous feronc voz tutellaires

Devons eu voſtre Roy ilz ont ilz ont t’erreur

Plus fort que ne penſes emprainte ſus le cueur.

Et quant ainſi feroit, qui m’empeſche combatre

La fureur, les Dieux, le Ciel, & mon deſaftre ?

Iuppiter vous apprent a craindre ma fureur

Perdre ſon ciel luiſant pour moyil a eu peur,

Meſme affin que vers moy.de parent il ſ’aquite

Il faut que quelque lieu de ſon ciel il me quite.

Par neuf fois le Dieu de Dele

Sous la balance conduict,

Voir la troppe qui appelle

Ceres au facre de nuict

Nenffois le ruſtigue anare

Tond les fillons du Gargare,

Depuis las que le malheur,

Le malheur notre partage

Pour venger ce vieil outrage

Couppe de Troye lafleur.

De ce temps des dieux le pere

S’arma d’eclairs : & de feus,

Que rougißans de collere

Auroc plus voiſin des cicus

Du porteneige Cancale

Lia de laper la race

Ou de Laigle encor helas,

Menagere a trop grande care

D’animer une figure

Et miferable repas :

Le Dieu Boiteux la Pandore

D’une autre fange apreſta,

Faſché qu’Eſpimecheencore

Atellabeur ſe hafta,

Qui du parfaictmoins cupide

Ramaſſoitde ce grand vide

Ces quatres grans corps diuers,

Quifaçonnent de ce monde

Ce que ceine la voute ronde

Dans ſes abiſmes ouuers,

Tout ce que le ciel auare

En ſon eſpargne tenois,

Erles Dieux auoient plusrare,

Pour preſenton luy donnoit

Iunon l’or Pallas fa grace,

Pan ſes biens, Venus ſa face,

Apollon fa vois, & or

L’Aube ſes crins, & la boete

Du malheur ſeure retraite

Iupiter lui donne encor.

Plus legere que l’eſtoille

Qui ſemble tomber des cieus,

Pluſtoſt que ne ſent la voille

L’azur des champs eſcumeux,

Razant l’air elle ſe vire,

Et ce vollage elle attire

D’vn oeil tiré de trauers,

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Por su autor
Nicolas Filleul
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Autor
Nicolas Filleul
Título
Achille, tragédie françoise
Lengua
francés
Época
Renacimiento
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Identificador
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Cita recomendada
Nicolas Filleul, «Achille, tragédie françoise», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-achille-tragedie-francoise--nicolas-filleul-c63e54.html

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