Toi dont le gibet jette au monde qui commence,
Comme au monde qui va finir, une ombre immense,
John Brown, …………………………………………
Spectre, défais le nœud de ton cou, viens, ô juste,
Viens, et fouette cet homme avec ta corde auguste !
C’est grâce à lui qu’un jour l’Histoire en deuil dira :
— La France secourut l’Amérique, et tira
L’épée, et prodigua tout pour sa délivrance,
Et, peuples, l’Amérique a poignardé la France ! —
Nous oublions trop vite. Un peuple triomphant
Nous devait tout : c’était à moitié notre enfant.
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Eh bien ! ce peuple fort, riche, heureux et puissant,
Aurait pu, dédaigneux de sa dette de sang,
À la France vaincue et roulant de son trône
Envoyer sa pitié, du moins, comme une aumône !
Car nous ne demandions ni troupes ni vaisseaux.
Le Yankee aurait pu, sans rompre les faisceaux
De ses fusils, aider la France moribonde
Avec un mot jeté de l’autre bout du monde.
C’était trop, paraît-il. Le Yankee a fait mieux,
Et de l’immensité des vagues et des cieux,
Nous vîmes, un matin, échouer au rivage
L’ignominieux cri de sa haine sauvage.
Quand le voyageur sort d’Oyarzun, il s’étonne,
Il regarde, il ne voit, sous le ciel noir qui tonne,
Que le mont d’Oyarzun, médiocre et pelé.
— Mais ce Pic du Midi, dont on m’avait parlé,
Où donc est-il ? Ce Pic, le plus haut des Espagnes,
N’existe point. S’il m’est caché par ces montagnes,
Il n’est pas grand. Un peu d’ombre l’anéantit. —
Cela dit, il s’en va, point fâché, lui petit,
Que ce mont qu’on disait si haut ne soit qu’un rêve.
Il marche, la nuit vient, puis l’aurore se lève.
Le voyageur repart, son bâton à la main,
Et songe, et va disant tout le long du chemin :
— Bah ! s’il existe un Pic du Midi, que je meure !
La montagne Oyarzun est belle, à la bonne heure ! —
Laissant derrière lui hameaux, clochers et tours,
Villes et bois, il marche un jour, deux jours, trois jours.
— Le genre humain dirait trois siècles : — il s’enfonce
Dans la lande, à travers la bruyère et la ronce.
Enfin, par hasard, las, inattentif, distrait,
Il se tourne, et, voici qu’à ses yeux reparaît
La plaine dont il sort et qu’il a traversée,
L’église et la forêt, le puits et le gazon.
Soudain, presque tremblant, là-bas, sur l’horizon,
Que le soir teint, de pourpre et le matin d’opale,
Dans un éloignement mystérieux et pâle,
Au delà de la ville et du fleuve, au-dessus
D’un tas de petits monts sous la brume aperçus,
Où se perd Oyarzun avec sa butte informe,
Il voit dans la nuée une figure énorme ;
Un mont blême et terrible emplit le fond des cieux ;
Un pignon de l’abîme, un bloc prodigieux
Se dresse, aux lieux profonds mêlant les lieux sublimes ;
Sombre apparition de gouffres et de cimes,
Il est là ; le regard croit, sous son porche obscur,
Voir le nœud monstrueux de l’ombre et de l’azur,
Et son faîte est un toit sans brouillard et sans voile
Où ne peut se poser d’autre oiseau que l’étoile ;
C’est le Pic du Midi.
L’Histoire voit le Cid.