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Albert Delpit · Modernismo

À Jules Sandeau après la mort de son fils

francés

Ainsi trente ans de pure gloire,

Qui protégeront ta mémoire

Contre l’assaut du temps vainqueur,

N’ont pu de même te défendre

Contre la mort qui venait prendre

La meilleure part de ton cœur ?

Que dirai-je, pauvre poète ?

Tu pleures, tu courbes la tête,

Brisé par l’effroyable deuil…

Ta douleur devenait la mienne,

Quand je t’ai vu, qu’il t’en souvienne,

Chancelant près de ce cercueil !

Quoi ! forts de leur grandeur passée,

Tes livres, fils de ta pensée,

Vivent et jamais ne mourront,

Quand ton enfant, — quelle ironie ! —

Moins vivace que ton génie,

Meurt la jeunesse sur le front !

Pourtant ton œuvre est sans souillure,

Et jamais une page impure

Ne mérita ce châtiment.

Veux-tu savoir quel est ton crime ?

Pourquoi tu deviens la victime

Du sort qui frappe aveuglément ?

Apprends-le donc. J’ai la croyance

Que Dieu choisit pour la souffrance

Ceux qu’il choisit pour le talent ;

Comme s’il voulait faire en sorte

Que l’épreuve que l’on supporte

Haussât le cœur en le brûlant !

De même que la foudre injuste,

Pardonnant toujours à l’arbuste,

N’épargne le chêne jamais ;

De même que l’énorme trombe

Quand il lui faut une hécatombe

Ne ravage que les sommets ;

En voyant ton front qui dépasse,

L’âpre destin, que rien ne lasse,

Voulut t’écraser sous sa loi ;

Et cherchant ce qu’il pouvait faire,

Il comprit que c’était le père

Qu’il atteindrait le mieux en toi !

Tu l’adorais tant, ce jeune homme !

Et comme il t’admirait ! et comme

L’un de l’autre vous étiez fiers !

Lui de ton œuvre glorieuse,

Toi de la course audacieuse

Qu’il faisait par delà les mers !

« — Mon fils, l’officier de marine !.. »

Tu le disais, et ta poitrine

Se gonflait de joie et d’orgueil…

Las ! que reste-t-il à cette heure ?

Il reste une mère qui pleure,

Une tombe, — et le père en deuil !

Ah ! n’attends pas que je te dise,

Devant le sanglot qui te brise

Un seul mot pour te consoler ;

Mais pense à Dieu, le Dieu qui t’aime,

Car il te bénit, alors même

Que sa main semble t’accabler.

Incline-toi sous la tempête :

Dans la souffrance le poète

Ne se console qu’à prier.

Ce sont les volontés divines…

Toujours les couronnes d’épines

Près des couronnes de laurier !

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Por su autor
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Autor
Albert Delpit
Título
À Jules Sandeau après la mort de son fils
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-a-jules-sandeau-apres-la-mort-de-son-fils--albert-delpit-b80f15
Cita recomendada
Albert Delpit, «À Jules Sandeau après la mort de son fils», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-a-jules-sandeau-apres-la-mort-de-son-fils--albert-delpit-b80f15.html

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