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PoetósferaLa BibliotecaClaudius Popelin

Claudius Popelin · Modernismo

1876 — Sursum corda

francés

Le ciel est pâle, et la rosée

Jaillit partout, perle posée

A la pointe du gazon vert.

Les lointains ont des tons de mauve,

La feuille prend sa couleur fauve,

Dernier feuillet du livre ouvert.

La vendange est faite en Bourgogne ;

L’année a fini sa besogne,

Le temps a filé son linceul ;

La blonde automme échevelée,

Ainsi qu’une reine exilée,

A déjà le pied sur le seuil.

Elle part sans fermer la porte ;

Princesse effarée elle emporte

Ses perles et ses joyaux d’or.

Son festin reste sur la table ;

Elle fuit l’amant redoutable,

Le triste archange au morne essor.

Sous les froides nuits qui les mouillent

Les arbres géants se dépouillent

De leurs cheveux longs et vermeils.

Voici venir comme un homme ivre

Le dur hiver vêtu de givre

Conduit par les pâles soleils.

Adieu le beau soir écarlate,

Voici venir le noir pirate

Sur sa flotte aux cent mille mâts.

Ses pavillons sont les gelées

Qui sur les choses désolées

S’étendent en sombres frimas ;

Ses matelots, sinistres têtes,

Pour signaux ont pris les tempêtes,

Pour avirons les coups de vent.

Ses larges voiles éployées,

Dans la brume, formes noyées,

Masqueront le soleil levant.

Adieu la danse des Almées

Sur les pelouses parfumées ;

Adieu les joyeuses chansons ;

Adieu, sous les vertes charmilles,

Les chœurs rhythmés des jeunes filles,

La ronde des bruyants garçons.

Adieu, sous les joncs, le Satyre

Dont le lascif éclat de rire

Fait frissonner la nymphe Écho.

Adieu l’amour, adieu le rêve,

Adieu la gaîté qui soulève

Les basques de son caraco.

Adieu les nymphes toutes nues,

Au bord des fontaines venues,

Qui, se mirant au pur cristal,

Dans le mystère bleu des ondes

Laissent baiser leurs tresses blondes

Aux flots amoureux du canal.

Adieu, belles Hamadryades,

Toutes les mille myriades

Des petits êtres animés,

Le froid sous ses larges sandales,

Vous écrase avec les pétales

Dans les calices embaumés,

Adieu l’agreste cornemuse ;

Adieu le fifre qui s’amuse

A brocher sur le tambourin ;

Tout s’enfuit et tout déménage,

Tout s’en va, pour le grand voyage,

Pêle-mêle dans le chemin.

Pas même un seul fruit : la main leste

A presque tout cueilli, le reste

Les moineaux francs l’ont tout mangé.

Déjà l’hirondelle déloge,

Il semble qu’en la grande horloge

Le mouvement soit dérangé.

Le paysan, dans sa chaumière,

Compte, auprès de sa ménagère,

Ses larges écus de métal.

Les bœufs retournent à l’étable,

Le chien se couche sous la table,

Et les marquises vont au bal.

On ne voit plus que des fumées ;

Les syrènes sont enrhumées ;

L’arbre n’est plus qu’un madrier ;

Les chants ne pendent plus aux lèvres,

Et, comme on ne voit plus les chèvres,

On n’entend plus le chevrier.

Ainsi l’automne est envolée,

Et la nature désolée

A perdu jusqu’à son manteau ;

L’hiver se couche sur la Terre

Pareil à l’image de pierre

Qui, muette, ferme un tombeau.

La grande Corne d’abondance

A tari sa munificence

Et, maintenant, ce qu’il en sort

C’est le regret, c’est la tristesse,

C’est la douleur, c’est la vieillesse,

C’est l’ennui sombre et c’est la mort.

Ainsi nous voyons que tout lasse

Et que tout casse et que tout passe,

Ainsi nous croyons tout perdu,

Ainsi de nous rien ne résiste,

Ainsi nous pensons, chose triste !

Que rien ne nous sera rendu.

Comme si rien, de ce bas monde,

Et de tant d’astres à la ronde,

Temple infini, devait finir !

Sans songer qu’il faut qu’on sommeille,

Et sans songer que Dieu qui veille

A fait la mort pour l’avenir.

Va donc vaillamment, cœur timide,

Car l’hiver est la chrysalide

D’où s’échappera le printemps.

Et la mort, peut-être, est la voûte

Qui, passant sous le sombre doute,

Conduit aux parvis éclatants.

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Autor
Claudius Popelin
Título
1876 — Sursum corda
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-1876-sursum-corda--claudius-popelin-303ba0
Cita recomendada
Claudius Popelin, «1876 — Sursum corda», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-1876-sursum-corda--claudius-popelin-303ba0.html

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